Chapitre 1 — Les membranes biologiques · Topic 1 : Composition et asymétrie · Leçon 1.2
Les deux feuillets de la membrane ne sont pas identiques : ni leurs phospholipides, ni leurs protéines ne s’y répartissent au hasard. Cette asymétrie, activement maintenue, a des conséquences capitales — jusqu’à servir de signal de mort cellulaire.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- nommer les deux feuillets de la membrane ;
- décrire l’asymétrie des phospholipides et le rôle des flippases ;
- expliquer ses conséquences (charge, signalisation, apoptose) ;
- distinguer les 3 types d’association des protéines à la membrane ;
- citer des exemples (spectrine, cavéoline, Gα, GPI/PrPc).
🧭 Plan de la leçon
- Les deux feuillets : nomenclature
- L’asymétrie des phospholipides et les flippases
- Les conséquences de l’asymétrie (dont l’apoptose)
- Les trois associations des protéines à la membrane
1. Les deux feuillets : nomenclature
La membrane est faite de deux feuillets. Pour la membrane plasmique : le feuillet interne = cytosolique (au contact du cytosol, tourné vers l’intérieur de la cellule) et le feuillet externe (tourné vers l’extérieur). Pour les membranes d’organites : le feuillet cytosolique est tourné vers le cytosol, et le feuillet luminal vers la lumière (l’intérieur) de l’organite.
2. L’asymétrie des phospholipides et les flippases
Les deux feuillets n’ont pas la même composition en phospholipides :

- le cholestérol est réparti également entre les deux feuillets ;
- la sphingomyéline et la phosphatidylcholine sont surtout sur le feuillet externe ;
- la phosphatidylsérine, la phosphatidyléthanolamine et le phosphatidylinositol sont surtout sur le feuillet cytosolique.
Cette asymétrie est maintenue par les flippases, des transporteurs qui consomment de l’ATP, sont spécifiques, et font passer un phospholipide d’un feuillet à l’autre. Retiens la méthode du concours : savoir localiser chaque phospholipide, pas en connaître le pourcentage.
3. Les conséquences de l’asymétrie
| Phospholipide | Conséquence |
|---|---|
| Phosphatidylsérine et phosphatidylinositol | Chargés négativement à pH 7 (pH physiologique) → la face cytosolique est plutôt chargée négativement, ce qui contribue à la différence de potentiel de part et d’autre de la membrane. |
| Phosphatidylinositol | Substrat de kinases : sert à synthétiser le PIP3 (phosphatidylinositol-3,4,5-trisphosphate), un médiateur de la signalisation cellulaire. |
| Phosphatidylsérine (apoptose) | Lors de l’apoptose, des scramblases mélangent les phospholipides des deux feuillets → la phosphatidylsérine est exposée à la face externe : c’est un signal qui marque la cellule comme « anormale », reconnu par les macrophages qui la phagocytent. |
Deux transporteurs aux rôles opposés : la flippase maintient l’asymétrie (avec de l’ATP, de façon spécifique) ; la scramblase, activée à l’apoptose, détruit l’asymétrie en mélangeant les phospholipides. C’est ce « mélange » qui fait surgir la phosphatidylsérine à l’extérieur — le drapeau « mangez-moi » des macrophages.
4. Les trois associations des protéines à la membrane
Les protéines membranaires sont elles aussi réparties de façon asymétrique, et peuvent être associées à la membrane de trois façons.

- Protéines transmembranaires : traversent la bicouche par un ou plusieurs domaines hydrophobes (souvent en hélices α) qui s’insèrent dans la membrane.
- Protéines périphériques : pas de contact direct avec la bicouche ; elles interagissent avec les protéines transmembranaires par des liaisons faibles non covalentes (face intra- ou extracellulaire). Exemples : spectrine et ankyrine du globule rouge.
- Protéines à ancrage lipidique : liées de façon covalente à un lipide inséré dans un feuillet. Le type d’ancrage dépend du lipide ajouté et du lieu de la modification post-traductionnelle.
Deux localisations d’ancrage lipidique :
- Face cytosolique (réaction dans le cytosol) : la cavéoline (endocytose, fixée par plusieurs acides palmitiques, contribue à la courbure de la vésicule) ; la sous-unité Gα des protéines G hétérotrimériques (α, β, γ), ancrée par acides myristique et palmitique (sur α) et farnésyl (sur γ).
- Face externe : les protéines à ancre GPI (glycosyl-phosphatidyl-inositol), liées dans la lumière du RE par glypiation, puis exposées à la face externe après fusion vésiculaire. Exemple : la PrPc (protéine normale), qui devient la protéine du prion quand elle est mutée (maladie de la vache folle).

Une protéine périphérique ne touche pas la bicouche : elle s’accroche à d’autres protéines. À ne pas confondre avec la protéine à ancrage lipidique, qui est, elle, reliée à la membrane via un lipide inséré dans un feuillet.
🧠 À retenir absolument
- Feuillets : interne = cytosolique / externe (membrane plasmique) ; cytosolique / luminal (organites).
- Asymétrie phospholipides : cholestérol = égal ; externe = sphingomyéline + phosphatidylcholine ; cytosolique = phosphatidylsérine + phosphatidyléthanolamine + phosphatidylinositol. Flippases (ATP, spécifiques) maintiennent l’asymétrie.
- Conséquences : face cytosolique négative (PS, PI → potentiel) ; PI → PIP3 (signalisation) ; apoptose = scramblases → PS externe = signal de phagocytose par les macrophages.
- 3 associations des protéines : transmembranaires (domaines hydrophobes, hélices α) ; périphériques (liaisons faibles, sans contact bicouche ; spectrine/ankyrine) ; ancrage lipidique (covalent).
- Ancrage : cytosolique (cavéoline, Gα) ou externe (GPI, ex. PrPc/prion).
❓ Questions fréquentes
Comment l’asymétrie des phospholipides est-elle maintenue ?
Par des flippases : des transporteurs qui consomment de l’ATP, sont spécifiques, et font passer un phospholipide d’un feuillet à l’autre. Elles entretiennent activement la différence de composition entre les deux feuillets.
Quel est le rôle de la phosphatidylsérine dans l’apoptose ?
Lors de l’apoptose, des scramblases mélangent les phospholipides des deux feuillets et exposent la phosphatidylsérine sur la face externe. Cette exposition constitue un signal : les macrophages reconnaissent la cellule comme anormale et la phagocytent.
Quelle différence entre protéine périphérique et protéine à ancrage lipidique ?
Une protéine périphérique n’a aucun contact direct avec la bicouche : elle se lie par liaisons faibles à des protéines transmembranaires (ex. spectrine, ankyrine). Une protéine à ancrage lipidique est liée de façon covalente à un lipide qui, lui, s’insère dans un feuillet de la membrane.
Qu’est-ce qu’une ancre GPI ?
C’est un ancrage par glycosyl-phosphatidyl-inositol, réalisé dans la lumière du RE par glypiation. La protéine se retrouve sur le feuillet externe de la membrane après fusion vésiculaire. Exemple : la PrPc, qui devient la protéine du prion lorsqu’elle est mutée.
🚀 Pour aller plus loin
Reste le troisième constituant, les glucides, toujours du même côté :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.