Chapitre 1 — Introduction au monde du vivant · Topic 3 : Généralités et outils d’étude en biologie · Leçon 3.3
Le microscope montre quelques cellules en détail. Mais comment faire quand il faut compter et trier des milliers de cellules — par exemple analyser le sang d’un patient ? On change d’outil : la cytométrie en flux ne produit pas d’image, elle mesure, cellule par cellule et à grande vitesse, des signaux qui permettent de les compter, de les caractériser et même de les trier. C’est l’un des appareils les plus utilisés des laboratoires de biologie et d’analyse médicale.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- expliquer le principe de la cytométrie en flux ;
- distinguer la taille (FSC) et la granularité (SSC) et leur usage (numération sanguine) ;
- comprendre le comptage de cellules marquées par fluorescence (marqueurs CD) ;
- expliquer le tri cellulaire (FACS) ;
- différencier la cytométrie du microscope.
🧭 Plan de la leçon
- Le principe : des cellules en file devant un laser
- Compter et caractériser : taille et granularité
- Identifier des cellules marquées : la fluorescence
- Trier les cellules : le FACS
1. Le principe : des cellules en file devant un laser

Le principe est élégant : on fait passer une suspension de particules (cellules) une à une dans un fin capillaire, devant un faisceau laser. Chaque particule modifie le faisceau à son passage.
Des détecteurs enregistrent, pour chaque cellule, plusieurs caractéristiques mesurables. L’appareil ne « voit » pas la cellule (pas d’image) : il la caractérise par des signaux, et ce à très grande cadence.
2. Compter et caractériser : taille et granularité
Sans aucun marquage, le cytomètre mesure déjà trois informations : le nombre de particules, leur taille et leur granularité. Deux paramètres de diffusion de la lumière sont au cœur de la méthode :
| Paramètre | Ce qu’il mesure |
|---|---|
| FSC (Forward Scatter) | La taille de la cellule (diffusion vers l’avant). |
| SSC (Side Scatter) | La granularité / complexité interne (diffusion latérale). |

Application phare : la numération de formule sanguine (NFS). Les éléments du sang (globules rouges, globules blancs) ont des couples taille/granularité caractéristiques. En comparant chaque particule à des échelles de référence, l’appareil détermine la population cellulaire : lymphocytes, monocytes, polynucléaires…
Retiens le couple : FSC = taille, SSC = granularité. À eux seuls, ces deux paramètres permettent déjà de séparer les grandes familles de cellules sanguines.
3. Identifier des cellules marquées : la fluorescence


Pour aller plus loin et identifier des populations précises, on ajoute la fluorescence (rappel de la leçon 3.2). Le cytomètre est équipé d’un laser et de miroirs dichroïques qui dirigent la lumière émise vers des détecteurs. On peut utiliser :
- des fluorochromes marquant l’ADN (ex. bromodésoxyuridine, BrdU) ;
- des protéines fluorescentes (GFP) ;
- des anticorps fluorescents dirigés contre un marqueur de surface.
Exemple concret : pour repérer les lymphocytes CD4, on incube le prélèvement sanguin avec un anticorps fluorescent anti-CD4. L’intensité de fluorescence reflète la quantité d’anticorps fixés : certaines cellules sont CD4⁻ (non marquées), d’autres CD4⁺ (marquées). On peut alors compter les cellules marquées. En combinant deux anticorps (par ex. CD4 et CD8) avec deux couleurs, on distingue même plusieurs sous-populations sur un seul échantillon.
C’est exactement cette technique qui permet de compter les lymphocytes T CD4 dans le sang — un examen clé pour le suivi de l’infection par le VIH. La cytométrie en flux n’est donc pas qu’un outil de recherche : c’est un instrument de routine médicale.
4. Trier les cellules : le FACS

Certains cytomètres vont plus loin : ils trient les cellules. C’est le FACS (Fluorescence-Activated Cell Sorting) — une option, car tous les cytomètres n’en sont pas équipés.
Le système repère par informatique les cellules présentant le degré de fluorescence souhaité, puis les charge électriquement pour les dévier et les récupérer séparément. On obtient ainsi une population purifiée, exploitable pour d’autres expériences.
- « La cytométrie donne une image des cellules » — Non : elle mesure des signaux (diffusion, fluorescence), pas d’image. Pour une image, c’est le microscope.
- « Tous les cytomètres trient les cellules » — Non : le tri (FACS) est une option.
- Confondre FSC et SSC — FSC = taille, SSC = granularité.
🧠 À retenir absolument
- Principe : cellules alignées une à une devant un laser ; mesure de signaux pour chacune, à grande vitesse (pas d’image).
- FSC = taille, SSC = granularité → numération de formule sanguine (lymphocytes, monocytes, polynucléaires).
- Fluorescence : anticorps (ex. anti-CD4/CD8), fluorochromes (BrdU), GFP → identifier et compter des populations précises.
- FACS = tri des cellules (option) : charge électrique + déviation pour récupérer les cellules d’intérêt.
- Outil de recherche ET de routine médicale (ex. comptage des CD4).
❓ Questions fréquentes
Quel est le principe de la cytométrie en flux ?
On fait passer une suspension de cellules une à une, dans un fin capillaire, devant un faisceau laser. À chaque passage, la cellule modifie le faisceau, et des détecteurs enregistrent ses caractéristiques (taille, granularité, fluorescence). L’appareil ne produit pas d’image : il caractérise chaque cellule par des signaux, et analyse ainsi des milliers de cellules par seconde.
Que mesurent les paramètres FSC et SSC ?
Le FSC (Forward Scatter), la diffusion vers l’avant, mesure la taille de la cellule. Le SSC (Side Scatter), la diffusion latérale, mesure sa granularité, c’est-à-dire sa complexité interne. Ensemble, ces deux paramètres permettent de distinguer les grandes populations de cellules sanguines (lymphocytes, monocytes, polynucléaires) lors d’une numération de formule sanguine.
Comment identifie-t-on une population cellulaire précise, comme les lymphocytes CD4 ?
On incube l’échantillon avec un anticorps fluorescent dirigé contre un marqueur de surface, par exemple anti-CD4. Les cellules portant ce marqueur deviennent fluorescentes (CD4⁺) et peuvent être comptées, tandis que les autres restent non marquées (CD4⁻). En combinant plusieurs anticorps de couleurs différentes (CD4 et CD8), on distingue plusieurs sous-populations en une seule analyse.
Quelle est la différence entre un cytomètre et un trieur (FACS) ?
Tout cytomètre analyse et compte les cellules. Le trieur (FACS, Fluorescence-Activated Cell Sorting) ajoute une fonction : après analyse, il isole physiquement les cellules d’intérêt en les chargeant électriquement et en les déviant vers un tube collecteur. Le tri est une option : tous les cytomètres n’en sont pas équipés.
Cytométrie en flux ou microscope : quelle différence ?
Le microscope donne une image détaillée de quelques cellules. La cytométrie en flux ne donne pas d’image : elle mesure des signaux (taille, granularité, fluorescence) sur un très grand nombre de cellules, rapidement, et permet de les compter, les caractériser et les trier. Les deux outils sont complémentaires : voir en détail d’un côté, quantifier en masse de l’autre.
🚀 Pour aller plus loin
Tu sais compter et trier les cellules ; reste à savoir comment les faire vivre et se multiplier au laboratoire :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.