Chapitre 1 — Introduction au monde du vivant · Topic 3 : Généralités et outils d’étude en biologie · Leçon 3.4
Pour étudier des cellules, encore faut-il pouvoir les faire vivre hors de l’organisme, dans une boîte. C’est tout l’enjeu de la culture cellulaire : recréer en laboratoire les conditions qui permettent aux cellules de survivre, de se multiplier et d’être entretenues sur la durée. Mais toutes les cellules ne se valent pas comme modèles d’étude : cette leçon te présente comment on cultive les cellules, puis les grands modèles disponibles, avec leurs forces et leurs limites.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- décrire les conditions de la culture cellulaire (stérilité, milieu, incubateur) ;
- expliquer l’entretien d’une culture (trypsine, repiquage) ;
- distinguer les modèles cellulaires (culture primaire, lignées, souches, tumorales, transformées) ;
- peser les avantages et limites de chaque modèle ;
- comprendre pourquoi la culture primaire est la plus proche de l’in vivo.
🧭 Plan de la leçon
- Comment cultive-t-on des cellules ?
- Faire vivre la culture : multiplication et repiquage
- Les différents modèles cellulaires
1. Comment cultive-t-on des cellules ?
La culture s’effectue sur un support adapté : une boîte de Pétri (pour les cellules qui adhèrent) ou une flasque (pour les cellules en suspension).
Le protocole repose sur trois exigences :
- stérilité : tout est manipulé sous enceinte stérile (éviter les contaminations) ;
- milieu de culture : un milieu nutritif (souvent coloré) baigne les cellules ;
- conditions contrôlées : incubateur à 37 °C, atmosphère saturée en eau, 5 à 10 % de CO₂.
2. Faire vivre la culture : multiplication et repiquage

Une fois ensemencées, les cellules se multiplient jusqu’à occuper le support. Pour entretenir la culture, on procède au repiquage :
- on détache les cellules adhérentes grâce à une enzyme, la trypsine ;
- on les divise et on les répartit dans de nouvelles boîtes, où elles repartent de plus belle.
Le cycle ensemencement → multiplication → repiquage permet de maintenir des cellules en culture sur de longues périodes.
La trypsine ne tue pas les cellules : c’est une enzyme qui les décolle de leur support pour permettre le repiquage. Et retiens les conditions d’incubation : 37 °C, humidité saturante, 5-10 % de CO₂.
3. Les différents modèles cellulaires
Selon la question posée, on choisit un modèle cellulaire différent. Chacun a ses avantages et ses limites :
| Modèle | Définition | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Culture primaire | Cellules isolées directement d’un organe (peau, foie, tissu adipeux…). | Propriétés proches du tissu → résultats les plus proches de l’in vivo. | Toutes ne se divisent pas (ex. neurones) → refaire un prélèvement → variabilité interindividuelle. |
| Lignées cellulaires | Cellules issues de divisions successives d’une cellule originelle, aux mêmes caractères. | Se cultivent durablement, reproductibles. | Caractéristiques fonctionnelles pas exactement celles des cellules d’origine. |
| Cellules souches | Cellules non spécialisées. | Divisions illimitées + capacité à se différencier. | — |
| Cellules issues de tumeur | Cellules prélevées sur une tumeur. | Divisions nombreuses. | Modèles anormaux, porteurs de mutations → à interpréter avec précaution. |
| Cellules transformées | Cellules « immortalisées » au laboratoire. | Immortalisées par un virus (RSV, EBV) ou un oncogène (c-myc) dont on connaît les effets. | Comportement modifié par la transformation. |
- « Une lignée a exactement les propriétés du tissu d’origine » — Non : ses caractéristiques fonctionnelles diffèrent. La culture primaire est la plus fidèle à l’in vivo.
- « Les cellules tumorales sont un modèle parfait » — Non : elles sont anormales (mutations), à interpréter avec prudence.
- « La trypsine tue les cellules » — Non : elle les détache du support pour le repiquage.
La toute première lignée humaine immortelle, les cellules HeLa, a été établie en 1951 à partir des cellules cancéreuses d’une patiente, Henrietta Lacks. Cultivées dans le monde entier depuis, elles ont permis d’immenses avancées (dont le vaccin contre la poliomyélite). Leur histoire est aussi devenue un cas d’école d’éthique : les cellules avaient été prélevées sans consentement éclairé.
🧠 À retenir absolument
- Conditions : support (boîte de Pétri / flasque), stérilité, milieu de culture, incubateur 37 °C / humidité saturante / 5-10 % CO₂.
- Entretien : ensemencement → multiplication → repiquage ; la trypsine détache les cellules.
- Culture primaire : la plus proche de l’in vivo, mais ne se renouvelle pas indéfiniment (variabilité interindividuelle).
- Lignées : cultivables durablement, mais propriétés un peu modifiées. Cellules souches : divisions illimitées + différenciation.
- Cellules tumorales : nombreuses divisions mais anormales. Cellules transformées : immortalisées (virus EBV/RSV, oncogène c-myc).
❓ Questions fréquentes
Dans quelles conditions cultive-t-on des cellules ?
Les cellules sont déposées sur un support (boîte de Pétri pour les cellules adhérentes, flasque pour les cellules en suspension), dans un milieu de culture nutritif, et le tout est manipulé sous enceinte stérile pour éviter les contaminations. Les boîtes sont placées dans un incubateur réglé à 37 °C, en atmosphère saturée en eau et à 5-10 % de CO₂.
Comment entretient-on une culture cellulaire, et à quoi sert la trypsine ?
Une fois multipliées, les cellules occupent tout le support. On procède alors au repiquage : on les détache à l’aide d’une enzyme, la trypsine, puis on les divise et on les répartit dans de nouvelles boîtes. Ce cycle ensemencement → multiplication → repiquage entretient la culture dans le temps. La trypsine décolle les cellules sans les tuer.
Qu’est-ce qu’une culture primaire, et quels sont ses atouts et limites ?
Une culture primaire est obtenue en isolant des cellules directement d’un organe (peau, foie, tissu adipeux…). Son grand avantage : les cellules gardent les propriétés du tissu, donnant les résultats les plus proches de la réalité de l’organisme (in vivo). Sa limite : toutes les cellules ne se divisent pas (les neurones, par exemple), ce qui oblige à refaire des prélèvements sur d’autres individus et introduit une variabilité interindividuelle.
Qu’est-ce qu’une lignée cellulaire ?
Une lignée cellulaire est un ensemble de cellules issues, par divisions successives, d’une même cellule originelle, et partageant les mêmes caractères structurels et fonctionnels. Elle se cultive durablement et de façon reproductible, ce qui est pratique. En revanche, ses caractéristiques fonctionnelles ne sont pas exactement celles des cellules d’origine : il faut en tenir compte dans l’interprétation des résultats.
Pourquoi utiliser des cellules tumorales ou transformées, et avec quelle précaution ?
Les cellules issues de tumeur se divisent de nombreuses fois, et les cellules transformées sont « immortalisées » au laboratoire par un virus (RSV, EBV) ou un oncogène (c-myc), ce qui en fait des modèles pratiques et abondants. Précaution essentielle : ce sont des cellules anormales (mutations, comportement modifié), donc leurs résultats doivent être interprétés en gardant ces biais à l’esprit.
🚀 Pour aller plus loin
Tu sais faire vivre des cellules au laboratoire ; reste à comprendre la démarche qui transforme une observation en connaissance :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.