Chapitre 15 — Hormones et procréation humaine · Thème 3.A : Procréation
et sexualité humaine · Leçon 2.3
L’interruption volontaire de grossesse (IVG) est un acte médical encadré par
la loi qui permet de mettre fin à une grossesse. En France, elle est légale depuis 1975
grâce à la loi portée par Simone Veil, et son accès s’est régulièrement élargi. Cette leçon présente,
dans un cadre strictement scientifique et neutre, les deux méthodes disponibles, leurs mécanismes,
ainsi que le cadre légal et l’histoire de la mifépristone (RU-486).
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Situer les grandes étapes de l’histoire légale de l’IVG en France.
- Distinguer IVG médicamenteuse et IVG chirurgicale (délai, principe).
- Expliquer le mécanisme d’action de la mifépristone (RU-486).
- Différencier clairement IVG et contraception d’urgence.
- Analyser la recherche fondamentale d’Étienne-Émile Baulieu (INSERM).
🧭 Plan de la leçon
- Histoire légale de l’IVG en France et en Europe.
- L’IVG médicamenteuse : mifépristone + misoprostol.
- L’IVG chirurgicale : aspiration.
- Chiffres, cadre médical et distinction avec la contraception d’urgence.
- Argument scientifique : Baulieu et la découverte du RU-486.
1. Histoire légale de l’IVG
En France, l’IVG a été dépénalisée par la loi Veil du 17 janvier 1975,
qui l’autorisait jusqu’à 10 semaines de grossesse. Les étapes suivantes ont
progressivement élargi l’accès :
| Année | Loi / évolution |
|---|---|
| 1975 | Loi Veil : dépénalisation jusqu’à 10 semaines de grossesse |
| 1982 | Remboursement par la Sécurité sociale (loi Roudy) |
| 2001 | Délai porté à 12 SA (semaines d’aménorrhée) |
| 2022 | Délai porté à 14 SA (soit 16 semaines d’aménorrhée depuis les dernières règles) |
| Mars 2024 | Inscription de la liberté de recourir à l’IVG dans la Constitution française |
En Europe, la plupart des pays autorisent l’IVG, mais avec des délais variables (~12 semaines
en moyenne). Quelques pays maintiennent des cadres plus restrictifs. En France, l’IVG est
prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, y compris pour les mineures,
qui peuvent y accéder sans autorisation parentale.
Deux unités sont utilisées pour dater une grossesse : la SG (semaine de
grossesse, comptée à partir de la fécondation) et la SA (semaine d’aménorrhée,
comptée à partir du 1er jour des dernières règles). 1 SG = 2 SA
environ. Ainsi, « 14 SA » correspond à environ 12 semaines de
grossesse.
2. L’IVG médicamenteuse
L’IVG médicamenteuse est possible jusqu’à 9 SA (soit 7 semaines de
grossesse). Elle peut être réalisée en ville (chez un médecin ou une sage-femme) ou en établissement
de santé. Elle repose sur l’association séquentielle de deux médicaments :
- Mifépristone (RU-486) : molécule qui bloque les récepteurs à la
progestérone. Or la progestérone est indispensable au maintien de la grossesse (elle
entretient l’endomètre). Sans progestérone active, l’endomètre se détache et l’embryon décroche. - Misoprostol : prostaglandine administrée 24 à 48 h plus tard, qui
provoque des contractions utérines et l’expulsion.
Efficacité : ~97 %. Un contrôle médical est réalisé environ 15 jours
plus tard pour vérifier l’expulsion complète.
3. L’IVG chirurgicale (aspiration)
L’IVG chirurgicale est possible jusqu’à 14 SA. Elle est réalisée
en établissement de santé, sous anesthésie locale ou générale.
Il s’agit d’une procédure ambulatoire (sortie le jour même) d’environ 15 minutes,
consistant en une aspiration douce du contenu utérin après dilatation du col.
Les deux méthodes présentent une sécurité médicale élevée lorsqu’elles sont
pratiquées dans le cadre légal, avec un taux de complications faible (données HAS, CNGOF). Le choix
entre les deux méthodes dépend du terme de la grossesse, de considérations médicales et de la
préférence de la personne.
4. Chiffres, cadre médical, distinction avec la contraception d’urgence
En France, on recense environ 220 000 IVG par an, un chiffre
stable depuis plusieurs décennies (données Santé publique France, DREES). Il
n’existe pas de corrélation entre l’accès facilité à l’IVG et une augmentation du
nombre d’IVG : au contraire, un meilleur accès à la contraception tend à les réduire.
Le parcours médical prévoit : consultation d’information, temps de réflexion possible,
consentement libre et éclairé, respect de l’intimité, prise en charge intégrale
par l’Assurance Maladie. Un accompagnement psychologique est proposé mais jamais imposé.
Contraception d’urgence (leçon 2.2) : agit avant la
nidation en empêchant ou retardant l’ovulation. Non abortive.
IVG : interrompt une grossesse déjà commencée, après
nidation. Encadrée par la loi.
Ce sont deux actes médicaux radicalement différents, à ne jamais confondre.
La mifépristone (RU-486) figure sur la Liste des médicaments
essentiels de l’OMS depuis 2005. Elle est utilisée dans plus de 60 pays
et a considérablement réduit la mortalité maternelle liée aux avortements pratiqués dans des
conditions non sécurisées. Son inventeur, Étienne-Émile Baulieu, a reçu de
nombreuses distinctions internationales pour cette contribution majeure à la santé publique.
5. Argument scientifique : la découverte du RU-486
Comment est née la possibilité d’interrompre médicalement une grossesse précoce, sans
intervention chirurgicale ? L’histoire de la mifépristone illustre parfaitement le passage
de la recherche fondamentale à une avancée majeure de santé publique.
Question de départ : Peut-on interrompre médicalement une grossesse
précoce sans intervention chirurgicale, en bloquant sélectivement l’action de la progestérone ?
Protocole : Dans les années 1980, l’équipe d’Étienne-Émile
Baulieu (INSERM, en collaboration avec le laboratoire Roussel-UCLAF) procède au
criblage de milliers de molécules pour identifier un antagoniste sélectif du
récepteur à la progestérone. Le composé RU-38486, rebaptisé
mifépristone, émerge en 1980. Il est ensuite soumis à des essais précliniques
(culture cellulaire, modèles animaux), puis à des essais cliniques dans plusieurs pays.
Autorisation française en 1988.
Résultats observés : L’antagonisme sélectif de la progestérone provoque
la desquamation de l’endomètre et le décrochement de l’embryon
en 24 à 48 heures. Associé au misoprostol pour compléter l’expulsion, on obtient une
efficacité de 95–97 % avant 7 SA. Les effets secondaires sont modérés
et transitoires ; la sécurité est comparable ou supérieure à celle de l’IVG
chirurgicale.
Conclusion : La mifépristone représente une avancée médicale
majeure qui a démédicalisé et rendu plus accessible l’IVG précoce. Utilisée dans plus
de 60 pays, elle figure sur la Liste des médicaments essentiels de l’OMS
et illustre concrètement l’apport de la recherche fondamentale à la santé
publique.
Version courte, réutilisable en devoir surveillé (moins de 100 mots) :
« L’IVG est légale en France depuis la loi Veil du 17 janvier 1975 (10 semaines),
élargie à 14 SA en 2022 et inscrite dans la Constitution en 2024. Deux méthodes : (1)
médicamenteuse jusqu’à 9 SA, mifépristone (RU-486, Baulieu, INSERM) qui bloque les récepteurs
à la progestérone + misoprostol qui provoque les contractions ; (2) chirurgicale par
aspiration jusqu’à 14 SA. Prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, ~220 000
IVG/an en France, sans autorisation parentale pour les mineures. »
🧠 À retenir absolument
- Loi Veil 17 janvier 1975 : dépénalisation ; loi 2022 : 14 SA ;
Constitution mars 2024. - IVG médicamenteuse : jusqu’à 9 SA, mifépristone (antagoniste
progestérone) + misoprostol (contractions). - IVG chirurgicale : jusqu’à 14 SA, aspiration en établissement de
santé. - ~220 000 IVG/an, chiffre stable ; prise en charge à
100 %. - IVG ≠ contraception d’urgence : l’une interrompt une grossesse, l’autre l’empêche.
❓ Questions fréquentes
Une mineure a-t-elle besoin de l’autorisation de ses parents pour une IVG ?
Non. Depuis 2001, une mineure peut recourir à l’IVG sans autorisation
parentale, à condition d’être accompagnée d’une personne majeure de son choix
(parent, ami, professionnel de santé). Le respect de la confidentialité est
garanti par la loi.
L’IVG peut-elle avoir des conséquences sur la fertilité future ?
Non, dans le cadre légal et médicalisé. Les études au long cours (INSERM,
CNGOF) montrent que l’IVG pratiquée dans les conditions légales n’a pas d’impact sur la
fertilité ultérieure ni sur le déroulement des grossesses futures. Ce n’est pas le cas des
avortements clandestins, pratiqués hors cadre médical, associés à une forte mortalité et
morbidité.
Quelle est la différence entre la pilule du lendemain et l’IVG médicamenteuse ?
Elles n’ont ni la même finalité ni le même moment d’action. La pilule du lendemain
(contraception d’urgence) agit avant la nidation, en retardant l’ovulation. L’IVG
médicamenteuse interrompt une grossesse déjà installée, en bloquant les récepteurs à
la progestérone. Les molécules, les délais et le cadre légal sont totalement différents.
Pourquoi l’inscription dans la Constitution en 2024 ?
Le Parlement français a inscrit la « liberté garantie » de
recourir à l’IVG dans la Constitution en mars 2024. Cette évolution vise à protéger ce droit
contre d’éventuelles remises en cause futures, dans le contexte où certains pays étrangers ont
restreint l’accès à l’IVG. C’est une première mondiale.
Qui a découvert la mifépristone ?
Étienne-Émile Baulieu, endocrinologue français, chercheur à l’INSERM. En
collaboration avec le laboratoire Roussel-UCLAF, son équipe a identifié le RU-486 en 1980. Cette
découverte lui a valu de nombreuses distinctions internationales (Prix Lasker 1989) et incarne
un exemple exemplaire de recherche fondamentale française ayant débouché sur
une application médicale majeure.
🚀 Pour aller plus loin
Tu veux revoir la contraception et poursuivre avec l’AMP ?
- Leçon 2.1 — La pilule : mode d’action et molécules leurres
- Leçon 2.2 — Contraception d’urgence et contraception masculine
- Leçon 3.1 — AMP : FIV, ICSI, insémination
Sources scientifiques : Baulieu E.-E.,
The abortion pill (INSERM, Roussel-UCLAF) ; HAS, Interruption volontaire de
grossesse par méthode médicamenteuse ; CNGOF, Recommandations pour la pratique
clinique — IVG ; OMS, Safe abortion : technical and policy guidance ;
DREES/Santé publique France, Les IVG en France, données annuelles ; Ministère
de la Santé, ivg.gouv.fr.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.