Chapitre 7 — Cellules souches, reprogrammation et thérapies · Topic 3 : Les cellules souches en médecine · Leçon 3.2
Et si la meilleure source de cellules souches était… notre graisse ? Faciles à prélever et abondantes, les cellules souches adipeuses font rêver la médecine régénérative. Mais cette dernière leçon du module a aussi une vertu : elle apprend à garder l’esprit critique face aux promesses thérapeutiques.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- comparer les différents types de cellules souches ;
- décrire l’isolement des cellules souches adipeuses (hASC) ;
- préciser leurs capacités de différenciation ;
- analyser leur usage dans l’arthrose (espoirs et bilan critique) ;
- peser la balance bénéfices / risques de la thérapie cellulaire.
🧭 Plan de la leçon
- Comparer les types de cellules souches
- Les cellules souches adipeuses (hASC)
- L’arthrose : un espoir à nuancer
- Autres applications et balance bénéfices/risques
1. Comparer les types de cellules souches
Avant de se concentrer sur les cellules adipeuses, faisons le point sur les différentes sources :
| Type | Usage / particularité |
|---|---|
| Cellules souches embryonnaires (ES) | Non utilisables chez l’humain (éthique). |
| Cellules iPS | Utilisables chez l’humain : grand espoir en médecine. |
| Cellules satellites (muscle) | Cellules souches adultes du muscle. |
| Cellules souches hématopoïétiques | Fabriquent le sang ; déjà utilisées (greffe de moelle). |
| Cellules souches adipeuses | On cherche à recréer des organes ; plus nombreuses que dans la moelle, prélèvement moins douloureux qu’une ponction iliaque. |
L’atout des cellules adipeuses : elles sont abondantes et faciles d’accès (le prélèvement est moins douloureux qu’une ponction dans l’os iliaque). Les utiliser est aussi plus simple qu’une reprogrammation en iPS.
2. Les cellules souches adipeuses (hASC)
Les cellules souches du tissu adipeux sont des cellules souches mésenchymateuses, appelées hASC (Adipose Stem/Stromal Cells). Leur isolement suit quelques étapes :

- éliminer la matrice extracellulaire (riche en collagènes) en ajoutant des collagénases ;
- après centrifugation, on obtient la fraction stromale vasculaire (SVF), qui contient les cellules souches adipeuses ;
- ces cellules s’accrochent facilement au plastique : on peut donc les isoler simplement des autres cellules.
On a d’abord cru les cellules adipeuses pluripotentes (capables de donner adipocytes, tendon, cartilage, os, voire neurones). En réalité, elles semblent plutôt multipotentes mésodermiques : les devenirs neural ou endodermique sont peu reproductibles. Elles sont moins pluripotentes que les iPS.
3. L’arthrose : un espoir à nuancer
L’application phare est le traitement de l’arthrose : une dégradation massive du cartilage et une inflammation de la membrane synoviale, pouvant aller jusqu’à l’atteinte de l’os. On injecte des cellules souches adipeuses dans le genou.

En théorie, c’est séduisant : ces cellules sécrètent énormément de cytokines (qui stimulent les cellules du cartilage) et de molécules anti-inflammatoires et anti-apoptotiques. On observe une prolifération des chondrocytes et un blocage de la dégradation du cartilage. Effets qui semblent bénéfiques.
Un bilan récent tempère l’enthousiasme :
- pas d’effet significatif sur la douleur : pas plus efficace qu’une simple infiltration de corticoïdes, mais bien plus cher et lourd à mettre en place ;
- les hASC ne restent pas sur le site de la lésion (d’où des recherches sur des biomatériaux) ;
- les hASC ne se différencient pas en chondrocytes sur place.
Conclusion : pour l’arthrose, les bénéfices ne justifient pas (encore) l’usage des cellules souches. Un bel exemple d’esprit critique scientifique.
4. Autres applications et balance bénéfices/risques
D’autres pistes existent. Pour les lésions de la moelle épinière (un enjeu majeur), un essai clinique a testé des oligodendrocytes dérivés de cellules ES humaines ; il a toutefois été arrêté (coûts très élevés, effets décevants). Les iPS apporteront peut-être une solution.

Au final, comment peser le pour et le contre ?
| Type | Avantage | Risque |
|---|---|---|
| Cellules adipeuses | Cellules naturelles, non modifiées : bonne approche. | Pourraient se différencier de façon aberrante → tumeur. |
| Cellules iPS | Grand potentiel. | Cellules très transformées, faible recul (≈ 10 ans). |
Le risque tumoral est inhérent à toute cellule souche (leur capacité à proliférer). Aujourd’hui, l’utilisation thérapeutique des cellules souches « penche encore trop du côté des risques ». Mais les promesses sont réelles : on a déjà refabriqué des cellules de pancréas (diabète) et progressé sur des greffes au niveau de l’œil pour des personnes malvoyantes.
🧠 À retenir absolument
- Cellules souches : ES (non utilisables, éthique), iPS (utilisables, grand espoir), satellites, hématopoïétiques, adipeuses.
- Les cellules adipeuses sont abondantes, faciles à prélever ; isolées via collagénases → SVF → accrochage au plastique. Plutôt multipotentes mésodermiques.
- Arthrose : les hASC sécrètent cytokines + anti-inflammatoires, MAIS le bilan est décevant (pas mieux que les corticoïdes, ne restent pas, ne se différencient pas en chondrocytes).
- Le risque tumoral existe pour toute cellule souche ; l’usage thérapeutique penche encore du côté des risques.
- Promesses réelles : cellules de pancréas (diabète), greffes au niveau de l’œil.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi s’intéresse-t-on aux cellules souches du tissu adipeux ?
Parce qu’elles sont plus nombreuses que dans la moelle osseuse et que leur prélèvement est moins douloureux qu’une ponction dans l’os iliaque. Les utiliser est aussi plus simple qu’une reprogrammation en iPS.
Comment isole-t-on les cellules souches adipeuses ?
On élimine la matrice extracellulaire (riche en collagènes) avec des collagénases, puis on centrifuge pour obtenir la fraction stromale vasculaire (SVF). Les cellules souches qu’elle contient s’accrochent facilement au plastique, ce qui permet de les isoler simplement.
Les cellules souches adipeuses sont-elles pluripotentes ?
On l’a d’abord pensé, mais elles semblent plutôt multipotentes mésodermiques : les devenirs neural ou endodermique sont peu reproductibles. Elles sont moins pluripotentes que les cellules iPS.
Les cellules souches sont-elles efficaces contre l’arthrose ?
Le bilan est décevant : malgré la sécrétion de cytokines et de molécules anti-inflammatoires, l’injection n’est pas plus efficace qu’une infiltration de corticoïdes (mais plus chère et plus lourde). De plus, les cellules ne restent pas sur le site et ne se différencient pas en chondrocytes.
Quel est le principal risque de la thérapie par cellules souches ?
Le risque tumoral : toute cellule souche peut se différencier de façon aberrante et donner une tumeur, du fait de sa capacité à proliférer. Aujourd’hui, l’utilisation thérapeutique penche encore trop du côté des risques, même si les promesses (pancréas, œil) sont réelles.
🚀 Pour aller plus loin
Félicitations : tu viens de terminer le module de biologie du développement ! Pour consolider :
- Leçon 3.1 — Les cellules souches hématopoïétiques
- Topic 2 — Reprogrammation et cellules iPS
- Chapitre 1 — Introduction à la biologie du développement
(Remplace les ancres « # » par les URL réelles de tes leçons Tutor LMS.)
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.