Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 3 — Information et accompagnement des personnes et de leur entourage · C6, C7
Topic 1 · Leçon 1-2
Comment une société explique-t-elle la maladie ? Par les microbes, par les dieux, par les esprits, par une rupture d’harmonie ? Ces explications ne sont pas anodines : elles déterminent les recours thérapeutiques, l’observance des traitements et la façon dont le malade est traité par son entourage. L’anthropologie de la maladie donne aux infirmiers des clés pour comprendre ces représentations sans les hiérarchiser.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Identifier les grandes étiologies profanes de la maladie selon Laplantine.
- Distinguer les systèmes médicaux (biomédecine, médecines traditionnelles).
- Comprendre le pluralisme thérapeutique et ses enjeux pour les soins.
- Identifier l’itinéraire thérapeutique du patient.
🧭 Plan
- Étiologies profanes de la maladie (Laplantine)
- Systèmes médicaux dans le monde
- Pluralisme thérapeutique
- Itinéraire thérapeutique
1. Étiologies profanes de la maladie (Laplantine)
François Laplantine (1986) a recensé les principales explications profanes de la maladie à travers les cultures :
| Modèle étiologique | Explication de la maladie | Exemples |
|---|---|---|
| Ontologique | Entité extérieure qui s’introduit dans le corps (virus, démon, mauvais sort) | « Je suis attaqué par un microbe » ou « quelqu’un m’a jeté un sort » |
| Relationnel | Rupture de l’harmonie entre l’individu et son environnement (naturel, social, spirituel) | Médecines chinoises et ayurvédiques (rupture du yin/yang, des doshas) |
| Moral/religieux | La maladie est une punition divine ou la conséquence d’une faute morale | « Je suis malade parce que j’ai mal vécu » ou « Dieu me teste » |
| Écologique | La maladie est causée par l’environnement (pollution, climat, alimentation) | « Mon cancer est dû aux produits chimiques de mon ancien travail » |
Les modèles moral et ontologique (sort jeté) peuvent conduire à culpabiliser le malade ou sa famille. Un patient qui pense « j’ai eu un cancer parce que j’ai mal vécu » peut ressentir honte et culpabilité en plus de la maladie. L’infirmier doit identifier ces représentations pour ne pas les renforcer et pour proposer une vision moins culpabilisante.
2. Systèmes médicaux dans le monde
La biomédecine (médecine occidentale scientifique) n’est qu’un système médical parmi d’autres. Les principaux systèmes :
| Système médical | Fondement | Diffusion |
|---|---|---|
| Biomédecine | Biologie moléculaire, essais cliniques, preuve d’efficacité | Mondiale (dominant dans les systèmes de soins) |
| Médecine traditionnelle chinoise (MTC) | Énergie vitale (Qi), équilibre yin/yang, méridiens d’acupuncture | Asie, diaspora chinoise, intérêt mondial croissant |
| Médecine ayurvédique | Doshas (Vata, Pitta, Kapha), équilibre des humeurs indiennes | Sous-continent indien et diaspora |
| Ethnomédecines africaines | Équilibre entre vivants et ancêtres, purification rituelle, plantes | Afrique subsaharienne, diaspora africaine |
| Chamanisme | Médiation du chaman entre monde visible et invisible, esprits | Peuples autochtones d’Asie, Amériques, Sibérie |
3. Pluralisme thérapeutique
Le pluralisme thérapeutique désigne la pratique courante de combiner plusieurs systèmes de soins — consulter un médecin ET un guérisseur traditionnel AND un ostéopathe AND prier. En France :
- 40 % des Français ont recours aux médecines complémentaires et alternatives (ostéopathie, homéopathie, acupuncture, phytothérapie, naturopathie…).
- Le pluralisme est encore plus marqué dans les populations issues de l’immigration.
Certaines plantes médicinales utilisées dans les médecines traditionnelles peuvent interagir avec les traitements biomédicaux (ex : millepertuis → réduction de l’efficacité de nombreux médicaments ; ginkgo biloba → risque hémorragique + anticoagulants). L’infirmier doit systématiquement demander « prenez-vous d’autres produits, plantes ou traitements en dehors de ceux que nous vous prescrivons ? »
4. Itinéraire thérapeutique
L’itinéraire thérapeutique (Janzen, 1978) est la séquence des recours utilisés par un patient face à un problème de santé — de l’automédication à la consultation spécialisée en passant par les réseaux profanes (famille, tradipraticiens).
Composantes de l’itinéraire thérapeutique :
- Secteur profane : automédication, conseils de la famille, internet.
- Secteur populaire : guérisseurs, tradipraticiens, prières, remèdes de grand-mère.
- Secteur professionnel : médecin généraliste, spécialiste, hôpital.
Comprendre l’itinéraire thérapeutique du patient permet d’identifier les raisons des retards de consultation, les représentations de la maladie, et les éventuelles interactions entre traitements parallèles.
🧠 À retenir absolument
- Étiologies profanes (Laplantine) : ontologique, relationnel, moral/religieux, écologique.
- La maladie comme punition morale peut générer culpabilité et honte — représentations à identifier et ne pas renforcer.
- Pluralisme thérapeutique : 40 % des Français combinent plusieurs systèmes de soins. Risque d’interactions médicamenteuses avec les plantes.
- Itinéraire thérapeutique (Janzen) : profane → populaire → professionnel. À explorer lors de l’anamnèse.
- Toujours demander : « Prenez-vous d’autres produits ou traitements ? »
Sources : Laplantine F. — Anthropologie de la maladie (1986) · Janzen J. — The Quest for Therapy in Lower Zaire (1978) · OMS — Médecines traditionnelles — Stratégie 2014–2023 · INSERM — Médecines complémentaires (2020) · Arrêté 20 février 2026.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.2