Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 3 — Information et accompagnement des personnes et de leur entourage · C6, C7
Topic 2 · Leçon 2-2
Le tabac tue 75 000 Français par an. L’alcool est impliqué dans 49 000 décès annuels. Les dépendances ne sont pas des vices ou des faiblesses de caractère : ce sont des maladies chroniques du cerveau, avec des déterminants biologiques, psychologiques et sociaux. Comprendre les addictions comme enjeux sociaux complexes, c’est dépasser le jugement moral pour offrir un soin de qualité.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Définir l’addiction et ses composantes (dépendance physique, psychologique, craving).
- Identifier les principales substances addictives et leurs effets physiologiques.
- Comprendre les déterminants sociaux des addictions.
- Connaître les outils de repérage et les stratégies de prise en charge addictologique.
🧭 Plan
- Définition et physiopathologie des addictions
- Principales substances et leurs effets
- Déterminants sociaux des addictions
- Repérage et prise en charge infirmière
1. Définition et physiopathologie des addictions
L’addiction (terme recommandé par la SFA — Société Française d’Addictologie, en remplacement de « dépendance ») est définie par :
- Perte de contrôle : incapacité à contrôler la consommation malgré la volonté.
- Craving : envie impérieuse et irrépressible de consommer (composante centrale).
- Poursuite malgré les conséquences négatives : médicales, sociales, professionnelles.
Physiopathologie — circuit de la récompense : toutes les substances addictives activent le circuit mésocorticolimbique (VTA → noyau accumbens → cortex préfrontal) via la libération de dopamine. Avec la répétition des consommations, une neuroadaptation se produit : la tolérance (besoin de doses plus élevées) et la dépendance physique (syndrome de sevrage à l’arrêt) apparaissent.
Dépendance physique : syndrome de sevrage à l’arrêt brutal (alcool → tremblement, convulsions, delirium tremens ; opioïdes → douleurs, diarrhée, anxiété).
Dépendance psychologique : besoin psychique de consommer pour se sentir « normal », soulager une souffrance ou obtenir du plaisir.
2. Principales substances et leurs effets
| Substance | Mécanisme principal | Risques aigus | Risques chroniques |
|---|---|---|---|
| Alcool | Potentialisation GABA, inhibition NMDA | Ivresse, coma éthylique, accidents | Cirrhose, cancer (6 cancers), neuropathie, démence, cardiopathie |
| Tabac | Nicotine → récepteurs nicotiniques | Irritation aiguë des voies respiratoires | BPCO, cancers (poumon, ORL, vessie), maladies cardiovasculaires |
| Cannabis | THC → récepteurs cannabinoïdes (CB1) | Attaque de panique, syndrome cannabinoïde aigu | Psychose chez sujets prédisposés, altération mémoire, BPCO (si fumé) |
| Opioïdes | Agonistes récepteurs μ (morphine, héroïne, fentanyl) | Dépression respiratoire, overdose, mort | Dépendance sévère, VIH/VHC si injection, infections bactériennes |
| Cocaïne | Blocage recapture dopamine/noradrénaline | IDM, AVC, arythmies, psychose cocaïnique | Cardiomyopathie, perforation cloison nasale |
| Alcool — sevrage | Hyperactivité glutamatergique rebond | Convulsions, delirium tremens (mortel sans traitement) | — |
3. Déterminants sociaux des addictions
Les addictions ne sont pas un choix individuel irresponsable : elles sont fortement déterminées par des facteurs sociaux :
- Précarité économique et sociale : les addictions sont beaucoup plus fréquentes dans les milieux défavorisés. Le chômage, l’absence de logement, l’exclusion sociale multiplient les risques.
- Traumatismes précoces : enfance difficile (maltraitance, négligence, violence) multiplie par 4–7 le risque d’addiction à l’âge adulte (étude ACE — Adverse Childhood Experiences).
- Normes sociales et culturelles : l’alcool est profondément ancré dans la culture française (apéro, vinification), rendant difficile sa désignation comme drogue.
- Stress et conditions de travail : certains milieux professionnels (restauration, BTP, santé) ont des taux de consommation problématique plus élevés.
- Disponibilité et accessibilité : la proximité des points de vente d’alcool et de tabac influe sur la consommation.
Le DSM-5 reconnaît le trouble du jeu (jeu pathologique, gambling) comme une addiction comportementale à part entière, avec les mêmes mécanismes neurobiologiques (circuit de la récompense) et les mêmes critères (perte de contrôle, craving, poursuite malgré les conséquences). D’autres comportements sont étudiés (jeux vidéo, achats compulsifs, pornographie) mais ne bénéficient pas encore d’un diagnostic officiel en dehors de la CIM-11 pour le trouble du jeu vidéo.
4. Repérage et prise en charge infirmière
Outils de repérage :
- AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test) : 10 questions, repérage de la consommation problématique d’alcool. Score > 8 → usage nocif, score > 12 → suspicion de dépendance.
- CAGE : 4 questions rapides (Cut down, Annoyed, Guilty, Eye-opener). 2 réponses « oui » → suspicion de dépendance.
- Fagerström : 6 questions, évalue la dépendance à la nicotine.
Approche motivationnelle (Miller et Rollnick, 1991) :
- Les stades de changement (Prochaska et DiClemente) : précontemplation → contemplation → préparation → action → maintien → rechute éventuelle.
- L’entretien motivationnel est une approche centrée patient, non-directive, qui vise à renforcer la motivation intrinsèque au changement.
- La rechute fait partie du processus de changement — non pas un échec, mais une étape.
Traitements de substitution aux opioïdes (TSO) : méthadone (traitement de ville ou hôpital, solution buvable) et buprénorphine haut dosage (Subutex®, Suboxone® — voie sublinguale). Ces traitements réduisent la mortalité par overdose, les infections (VIH, VHC) et la délinquance liée à l’héroïne.
Le delirium tremens est une complication grave du sevrage alcoolique (48–72h après le dernier verre). Il se manifeste par : agitation, confusion, hallucinations (visuelles/tactiles — « zoopsie »), tremblements, tachycardie, hyperthermie, sueurs. C’est une urgence médicale (mortalité 5–15 % sans traitement). Traitement : benzodiazépines IV, réhydratation, vitamine B1 (thiamine) IV.
🧠 À retenir absolument
- Addiction : perte de contrôle + craving + poursuite malgré les conséquences. ≠ faiblesse morale.
- Circuit de la récompense (dopamine, VTA → noyau accumbens) — commun à toutes les addictions.
- Delirium tremens (sevrage alcool à 48–72h) : urgence médicale → benzodiazépines + vitamine B1 IV.
- AUDIT : score > 8 = usage nocif. CAGE : 2 « oui » = suspicion dépendance.
- TSO (méthadone, buprénorphine) : réduisent mortalité overdose et infections. La rechute est une étape du processus de changement, pas un échec.
Sources : DSM-5-TR (APA 2022) · Santé Publique France — Alcool/Tabac 2024 · Miller W., Rollnick S. — Motivational Interviewing (1991) · Prochaska J., DiClemente C. — Stages of change (1982) · OFDT · HAS — Mésusage de l’alcool (2021) · Arrêté 20 février 2026.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.2