Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 2 — Appréciation de l’état clinique d’une personne · C4, C5
Une personne s’effondre dans le couloir d’un service. Un patient agité hurle et se blesse. Un enfant ne répond plus. Dans ces situations, les premières minutes sont décisives : la capacité à identifier correctement l’urgence et à déclencher la bonne réponse détermine souvent le pronostic vital. Cette leçon vous donne les clés pour ne pas rester paralysé face à l’inattendu.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Distinguer urgence somatique et urgence psychiatrique.
- Identifier les critères de gravité immédiate (défaillances vitales).
- Décrire les étapes de la chaîne de survie intrahospitalière et extrahospitalière.
- Connaître les numéros d’urgence et le rôle de chaque acteur (SAMU, SMUR, pompiers).
- Initier une prise en charge en attendant les secours spécialisés.
🧭 Plan de la leçon
- Définitions : urgence vitale, somatique et psychiatrique
- Repérer les signes de détresse immédiate
- La chaîne de survie
- Alerter les secours : numéros et informations clés
- Initier la prise en charge en attendant les secours
1. Définitions : urgence vitale, somatique et psychiatrique
Une urgence médicale est une situation clinique mettant potentiellement en jeu le pronostic vital ou fonctionnel et nécessitant une intervention rapide. On distingue :
| Type | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Urgence vitale absolue | Défaillance d’une ou plusieurs fonctions vitales, risque de mort immédiat | Arrêt cardio-respiratoire, état de choc, détresse respiratoire sévère, coma |
| Urgence somatique relative | Situation grave mais sans risque de mort dans les minutes qui suivent | Fracture ouverte, douleur thoracique atypique, traumatisme crânien léger |
| Urgence psychiatrique | Trouble mental aigu constituant un risque pour la personne ou pour autrui | Crise suicidaire, agitation psychomotrice, décompensation psychotique aiguë |
Un patient agité peut présenter une cause somatique à son agitation : hypoglycémie, encéphalopathie, intoxication médicamenteuse, AVC. L’élimination d’une cause organique est systématique avant toute orientation psychiatrique.
2. Repérer les signes de détresse immédiate
L’évaluation rapide d’un patient en situation d’urgence suit le schéma ABC primaire (Airway–Breathing–Circulation), adapté en milieu hospitalier par le score NEWS2 (National Early Warning Score 2) ou la méthode ABCDE :
| Lettre | Évaluation | Signes d’alarme |
|---|---|---|
| A — Airway | Perméabilité des voies aériennes | Stridor, tirage, corps étranger visible, impossibilité de parler |
| B — Breathing | Ventilation, SpO2, FR | FR <8 ou >25/min, SpO2 <92 %, cyanose, respiration agonique |
| C — Circulation | Pouls, TA, TRC, couleur | Absence de pouls, TRC >2 s, marbrures, TA systolique <90 mmHg |
| D — Disability | Conscience (Glasgow), glycémie | Score Glasgow <9, anisocorie, glycémie <0,6 g/L |
| E — Exposure | Déshabillage, température | Hémorragie active, éruption purpurique, hypothermie <35 °C |
Le score de Glasgow évalue la conscience sur 15 points (ouverture des yeux + réponse verbale + réponse motrice). Un score ≤ 8 signe un coma et impose la protection des voies aériennes. Un score de 15 correspond à un patient parfaitement conscient et orienté.
3. La chaîne de survie
Le concept de chaîne de survie, défini par l’ILCOR et repris par l’ERC (2021), décrit les maillons indissociables permettant d’optimiser la survie après un arrêt cardiaque. En milieu extrahospitalier, on distingue 5 maillons :
- Reconnaissance précoce et appel aux secours — identifier l’ACR et appeler le 15 ou le 18 immédiatement.
- RCP précoce par les témoins — débuter les compressions thoraciques sans délai (objectif : <1 min).
- Défibrillation précoce — utiliser un DAE dès qu’il est disponible (objectif : <3 min).
- Réanimation avancée — prise en charge par les équipes SMUR (intubation, médicaments).
- Soins post-réanimation — soins intensifs, neuroprotection, traitement de la cause.
En milieu intrahospitalier, la chaîne est adaptée : l’appel concerne le chariot d’urgence et l’équipe de réanimation, la défibrillation est réalisée par le moniteur-défibrillateur du service.
4. Alerter les secours : numéros et informations clés
| Numéro | Organisme | Indication |
|---|---|---|
| 15 | SAMU / CRRA | Urgence médicale, conseil médical, régulation SMUR |
| 18 | Pompiers (SDIS) | Incendie, accident, urgence avec nécessité de désincarcération |
| 17 | Police / Gendarmerie | Trouble à l’ordre public, agression, accident de la route |
| 112 | Numéro européen d’urgence | Accessible depuis tout téléphone mobile, y compris sans carte SIM |
| 3114 | Numéro national de prévention du suicide | Crise suicidaire, détresse psychologique sévère |
Lors de l’appel au 15, la transmission d’informations structurée (méthode SBAR adaptée) est indispensable : Situation (qui, où, quoi), Background (antécédents, traitements), Assessment (évaluation clinique ABCDE), Request (que demander au SAMU).
5. Initier la prise en charge en attendant les secours
Dans l’attente des secours spécialisés, les actions prioritaires varient selon le type d’urgence :
| Situation | Actions immédiates |
|---|---|
| Inconscience, respiration absente | RCP immédiate (30 compressions / 2 insufflations) + DAE |
| Inconscience, respiration présente | Position latérale de sécurité (PLS), surveillance, oxygène si disponible |
| Hémorragie externe | Compression directe, garrot si membre et hémorragie massive |
| Détresse respiratoire | Position semi-assise, oxygénothérapie, désobstruction si corps étranger |
| Hypoglycémie (patient conscient) | Resucrage oral (sucre, jus de fruit) |
| Crise suicidaire / agitation | Environnement sécurisé, parole apaisante, appel au 15 ou 3114, éviter la contention physique isolée |
La PLS est indiquée pour tout patient inconscient qui respire. Elle maintient les voies aériennes libres et prévient l’inhalation de vomissures. La technique : genou supérieur fléchi en appui au sol, tête légèrement basculée en arrière, bouche légèrement ouverte vers le bas. Surveiller la ventilation toutes les minutes.
🧠 À retenir absolument
- L’urgence somatique et psychiatrique peuvent coexister : toujours éliminer une cause organique.
- L’évaluation ABCDE permet une reconnaissance rapide et structurée des défaillances vitales.
- La chaîne de survie comprend 5 maillons : reconnaissance, RCP, défibrillation, réanimation avancée, soins post-réanimation.
- Numéros clés : 15 (SAMU), 18 (pompiers), 112 (européen), 3114 (suicide).
- Glasgow ≤ 8 = coma, protection des voies aériennes obligatoire.
- En cas d’inconscience avec respiration, PLS systématique.
❓ Questions fréquentes
Quelle différence entre le SAMU, le SMUR et les pompiers ?
Le SAMU (Service d’Aide Médicale Urgente) est le centre de régulation médicale (numéro 15) : il reçoit les appels, évalue la situation et décide de la réponse adaptée. Le SMUR (Structure Mobile d’Urgence et de Réanimation) est l’équipe médicalisée mobile (médecin + infirmier) dépêchée sur place. Les pompiers (numéro 18) interviennent pour les secours à personne, les incendies et les accidents — ils réalisent les gestes de premiers secours et assurent le transport si nécessaire.
L’infirmier peut-il pratiquer un garrot ?
Oui. En cas d’hémorragie massive d’un membre avec compression directe insuffisante, le garrot est indiqué et peut être posé par tout professionnel de santé — et même par un citoyen. En milieu hospitalier, on utilise un garrot pneumatique ou un garrot de toile. Il faut noter l’heure de pose et ne pas le retirer en dehors d’un contexte médicalisé.
Quels sont les signes d’une urgence psychiatrique nécessitant une hospitalisation sans consentement ?
Les critères d’une hospitalisation sous contrainte (SPDT — Soins Psychiatriques À la Demande d’un Tiers, ou SPDRE — À la Demande du Représentant de l’État) incluent : trouble mental sévère rendant impossible le consentement éclairé, danger imminent pour la personne ou autrui. La décision appartient au médecin ; l’infirmier sécurise l’environnement et assure la surveillance jusqu’à l’évaluation psychiatrique.
🚀 Pour aller plus loin
Sources : European Resuscitation Council Guidelines 2021 · ILCOR 2020 Consensus on Science · Circulaire FGSU, Ministère des Solidarités et de la Santé · Référentiel IFSI 2026 (Arrêté du 20 février 2026) · HAS, Prise en charge de l’urgence psychiatrique.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.3