À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Identifier les principaux stratotypes français et leur correspondance géographique
- Comprendre pourquoi tant d’étages portent des noms de lieux français
- Distinguer stratotypes historiques et GSSP modernes
- Saisir l’importance patrimoniale et scientifique de ces sites
1. Pourquoi tant de stratotypes français ?
De nombreux étages de l’échelle stratigraphique portent des noms français : Bajocien, Bathonien (en fait anglais), Oxfordien (anglais), Kimméridgien, Cénomanien, Turonien, Stampien, Burdigalien, Aquitanien. La raison est historique : la stratigraphie a été fondée au XIXᵉ siècle par des géologues européens (français, britanniques, allemands, suisses), qui travaillaient sur les terrains de leurs régions natales.
La France a la particularité de présenter sur son territoire presque toute la colonne stratigraphique du Phanérozoïque, des roches primaires du Massif armoricain aux dépôts quaternaires des Landes. Cette diversité a permis aux pionniers français du XIXᵉ siècle (Brongniart, Cuvier, d’Orbigny, Coquand, Munier-Chalmas, Dollfus) de définir un grand nombre d’étages à partir de stratotypes locaux.
2. Étages jurassiques : la richesse normande et bourguignonne
2.1 Bajocien (170,3 à 168,2 Ma) — Bayeux, Calvados
Le Bajocien a été défini par d’Orbigny en 1842 à partir des calcaires du Calvados, autour de la ville de Bayeux. Le nom vient du latin Bajocas (= Bayeux). Caractérisé par des associations d’ammonites précises (Stephanoceras, Sonninia).
2.2 Oxfordien (163,5 à 157,3 Ma) — Oxford, Angleterre
Bien que portant le nom d’une ville anglaise, l’Oxfordien a été défini en France et en Angleterre simultanément. C’est un étage important pour les calcaires de Bourgogne et du Jura.
2.3 Kimméridgien (157,3 à 152,1 Ma) — Kimmeridge, Dorset (Angleterre)
Nom anglais, mais étage très bien représenté en France : calcaires lithographiques de la côte normande, marnes de Bourgogne.
2.4 Tithonien et Berriasien — frontière Jurassique/Crétacé
Le Tithonien (terminaison du Jurassique, ~152 à 145 Ma) doit son nom à Titan, géant de la mythologie grecque (allusion à sa proximité avec le sommet du Jurassique). Le Berriasien (base du Crétacé) tire son nom de Berrias, village d’Ardèche.
3. Étages crétacés : géologie française du Sud-Ouest et du Bassin parisien
3.1 Cénomanien (100,5 à 93,9 Ma) — Le Mans, Sarthe
Le Cénomanien a été défini par Alcide d’Orbigny en 1847 à partir des sables et calcaires de la région du Mans (Cenomanum en latin). L’étage est marqué par d’importantes transgressions marines et la diversification des nautiloïdes et inocérames.
3.2 Turonien (93,9 à 89,8 Ma) — Touraine
Le Turonien tire son nom de la Touraine (Turonia). Représenté par les fameuses craies de Touraine, exploitées pour la pierre de construction (tuffeau).
3.3 Coniacien (89,8 à 86,3 Ma) — Cognac, Charente
Défini par Henri Coquand en 1857 à partir des terrains crétacés de la région de Cognac.
3.4 Santonien (86,3 à 83,6 Ma) — Saintes, Charente-Maritime
Défini par Coquand à partir des dépôts crétacés autour de Saintes (Santonum).
4. Étages cénozoïques : Aquitaine et Bassin parisien
4.1 Stampien (33,9 à 27,8 Ma) — Étampes, Essonne
Le Stampien (ou Rupélien selon la nomenclature moderne internationale) a été défini par Brongniart au début du XIXᵉ siècle à partir des sables et grès d’Étampes dans l’Essonne (Stampae). C’est un étage classique du Bassin parisien.
4.2 Aquitanien (23,0 à 20,4 Ma) — Aquitaine
L’Aquitanien tire son nom de l’Aquitaine. C’est le premier étage du Miocène (Néogène). Défini par Karl Mayer-Eymar à partir des dépôts molassiques du Sud-Ouest français.
4.3 Burdigalien (20,4 à 16,0 Ma) — Bordeaux
Le Burdigalien doit son nom au nom latin de Bordeaux (Burdigala). Représenté par les fameux faluns bordelais, riches en fossiles marins (mollusques, oursins, dents de requins).
4.4 Yprésien et Lutétien
L’Yprésien (56,0 à 47,8 Ma) tient son nom d’Ypres, ville belge — étage classique du début de l’Éocène. Le Lutétien (47,8 à 41,2 Ma), défini par Albert de Lapparent, doit son nom à Lutèce (Paris). Les calcaires lutétiens sont à la base des constructions parisiennes (Notre-Dame, Louvre, Panthéon).
5. Une carte mentale des stratotypes français
| Étage | Lieu | Région | Période |
|---|---|---|---|
| Berriasien | Berrias | Ardèche | Crétacé inf. |
| Bajocien | Bayeux | Calvados | Jurassique moy. |
| Cénomanien | Le Mans | Sarthe | Crétacé sup. |
| Turonien | Touraine | Indre-et-Loire | Crétacé sup. |
| Coniacien | Cognac | Charente | Crétacé sup. |
| Santonien | Saintes | Charente-Maritime | Crétacé sup. |
| Lutétien | Lutèce / Paris | Île-de-France | Éocène |
| Stampien | Étampes | Essonne | Oligocène |
| Aquitanien | Aquitaine | Aquitaine | Miocène inf. |
| Burdigalien | Bordeaux | Gironde | Miocène inf. |
6. Du stratotype historique au GSSP
Les stratotypes du XIXᵉ siècle ont été choisis empiriquement, dans un contexte national. Depuis les années 1970, la Commission internationale de stratigraphie (ICS) sélectionne des GSSP (Global Boundary Stratotype Section and Point) pour définir chaque limite d’étage de façon universelle. Un clou d’or physique est planté sur l’affleurement choisi.
Quelques GSSP sont en France : la limite Sélandien-Thanétien à Zumaia (Espagne, proche de la frontière française), des affleurements pyrénéens en cours de validation. La majorité reste en Angleterre, Allemagne, Italie ou Espagne — héritage historique.
L’héritage français de la stratigraphie reste considérable : plus d’une vingtaine d’étages portent des noms de lieux français. Visiter Étampes, Bayeux, Saintes ou Bordeaux avec un œil de géologue, c’est marcher sur des terrains qui ont défini la chronologie du monde entier.
7. Patrimoine géologique et géotourisme
De nombreux stratotypes français sont devenus des sites de géotourisme et de protection du patrimoine géologique :
- Réserve naturelle géologique de Haute-Provence : la plus vaste d’Europe, autour de Digne-les-Bains. Riche en stratotypes jurassiques et crétacés.
- Réserve naturelle géologique de Saucats – La Brède (Gironde) : faluns burdigaliens, fossiles marins miocènes.
- Sites classés de la côte normande : falaises de Vaches Noires (jurassique), falaises d’Étretat (craie crétacée).
- Géoparc UNESCO du Beaujolais, des Bauges, du Chablais : intégrations géologie-paysage-tourisme.
Ces sites sont des ressources pédagogiques uniques pour les enseignants et étudiants en SVT.
Ce qu’il faut retenir
- La France a été un foyer majeur de définition des étages stratigraphiques au XIXᵉ siècle
- Plus d’une vingtaine d’étages portent des noms de lieux français : Bajocien (Bayeux), Cénomanien (Le Mans), Stampien (Étampes), Aquitanien, Burdigalien (Bordeaux), Lutétien (Paris)…
- Les pionniers français : Brongniart, Cuvier, d’Orbigny, Coquand, Lapparent
- Les GSSP modernes (clous d’or) remplacent progressivement les stratotypes historiques pour harmoniser les définitions au niveau mondial
- Le patrimoine géologique français est protégé dans des réserves naturelles géologiques et des géoparcs UNESCO
🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.
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