Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 3 — Information et accompagnement des personnes et de leur entourage · C6, C7
Le repérage précoce de la souffrance psychique est l’une des missions les plus précieuses de l’infirmier. La dépression est sous-diagnostiquée dans les services de soins somatiques, la crise suicidaire est identifiable si l’on sait quoi chercher, et l’orientation rapide change le pronostic. Cette leçon vous donne les outils concrets pour ne pas passer à côté.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Identifier les signes précoces de dépression, d’anxiété sévère et de crise suicidaire.
- Utiliser les outils de repérage validés (HAD, PHQ-9, Columbia C-SSRS, Mini-GDS).
- Distinguer tristesse réactionnelle et dépression caractérisée.
- Appliquer l’algorithme d’orientation selon le niveau de risque.
- Connaître les facteurs de risque et de protection du risque suicidaire.
🧭 Plan de la leçon
- Signes précoces de dépression et distinction avec la tristesse réactionnelle
- Repérage de l’anxiété sévère
- Crise suicidaire : reconnaître et évaluer
- Outils de repérage validés
- Algorithme d’orientation selon le niveau de risque
1. Signes précoces de dépression et distinction avec la tristesse réactionnelle
L’épisode dépressif caractérisé (EDC) exige ≥ 5 critères parmi 9 (DSM-5) pendant ≥ 2 semaines, dont obligatoirement la tristesse persistante ou la perte d’intérêt (anhédonie). Les signes les plus faciles à repérer en soins :
- Humeur triste, abattue, exprimée spontanément (« vide intérieur »)
- Perte d’intérêt pour les activités (refuse les visites, ne regarde plus la télévision)
- Troubles du sommeil (insomnie de fin de nuit ou hypersomnie)
- Ralentissement psychomoteur : mouvements lents, voix monocorde, latences allongées
- Fatigue disproportionnée à l’effort
- Pleurs fréquents, irritabilité inexpliquée
- Autodépréciation (« je ne mérite pas les soins », « je suis une charge »)
La tristesse réactionnelle est proportionnée à la situation, fluctuante et s’atténue avec le soutien. La dépression caractérisée est persistante (≥ 2 semaines), pervasive, envahit tous les domaines et s’accompagne de symptômes végétatifs (sommeil, appétit) et cognitifs. L’enjeu est de ne pas « normaliser » une vraie dépression en la qualifiant de simple réaction compréhensible.
2. Repérage de l’anxiété sévère
L’anxiété est normale face à la maladie. Elle devient pathologique quand elle est disproportionnée, incontrôlable, envahissante et invalidante. Signes à repérer :
- Inquiétudes multiples et persistantes débordant la situation médicale
- Tension musculaire, agitation physique, maux de tête
- Irritabilité, difficultés de concentration (« tête dans le brouillard »)
- Attaques de panique (tachycardie, dyspnée, sensation de mort imminente, début brutal)
- Évitement (refus d’examens, de visites)
- Ruminations nocturnes, insomnie d’endormissement
3. Crise suicidaire : reconnaître et évaluer
La crise suicidaire est un état de souffrance intense, transitoire et réversible, durant lequel le suicide apparaît comme la seule issue. Elle n’est pas irréversible si reconnue et prise en charge.
| Catégorie | Facteurs de risque | Facteurs protecteurs |
|---|---|---|
| Individuels | Antécédent de tentative de suicide, trouble psychiatrique, impulsivité, abus de substances | Coping efficace, estime de soi positive, sens du futur |
| Relationnels | Isolement social, rupture récente, deuil, perte d’emploi | Soutien familial solide, lien de confiance avec un soignant |
| Cliniques | Douleur chronique non soulagée, maladie grave récemment annoncée | Traitement efficace, suivi régulier |
| Accès aux moyens | Médicaments en grande quantité, armes à disposition | Sécurisation de l’environnement |
Poser directement la question (« Est-ce qu’il vous arrive d’avoir des pensées de mort ou de vous faire du mal ? ») ne majore pas le risque suicidaire, mais peut briser l’isolement et ouvrir la voie à une prise en charge. Ne jamais promettre le secret en cas de risque suicidaire : la sécurité prime sur la confidentialité.
4. Outils de repérage validés
| Outil | Mesure | Seuil d’alerte | Usage infirmier |
|---|---|---|---|
| HAD | Anxiété (sous-échelle A) et dépression (sous-échelle D) en milieu hospitalier, 14 items | ≥ 11/21 par sous-échelle | Auto-questionnaire rapide, facile à proposer |
| PHQ-9 | Sévérité de la dépression, 9 items (0–27) | ≥ 10 = dépression modérée à sévère | Suivi de l’évolution, évaluation initiale |
| Columbia (C-SSRS) | Idéations suicidaires et comportements suicidaires | Présence d’idéation active | Entretien structuré, évaluation du risque |
| Mini-GDS (4 items) | Dépression chez la personne âgée | ≥ 1 item positif = investigation | Dépistage rapide en gériatrie |
5. Algorithme d’orientation selon le niveau de risque
| Niveau | Situation | Action infirmière | Délai |
|---|---|---|---|
| Urgence absolue | Idéation suicidaire avec plan, TS en cours ou récente | Ne pas laisser seul, appel médecin + psychiatre immédiat | Immédiat |
| Urgence relative | Idéation passive, dépression sévère (PHQ-9 ≥ 15) | Transmission médicale, avis psychiatrique dans la journée | Même journée |
| Suivi programmé | Dépression modérée (PHQ-9 10–14), anxiété modérée (HAD-A 8–10) | Transmission, orientation CMP ou psychologue dans la semaine | Dans la semaine |
| Soutien infirmier | Détresse situationnelle légère, tristesse réactionnelle | Écoute active, relaxation, réévaluation régulière | En continu |
🧠 À retenir absolument
- Dépression caractérisée (DSM-5) : ≥ 5 critères dont tristesse ou anhédonie, pendant ≥ 2 semaines.
- Tristesse réactionnelle : proportionnée, fluctuante. Dépression : pervasive, persistante, végétative.
- HAD-A ≥ 11 ou PHQ-9 ≥ 10 = orientation spécialisée.
- Crise suicidaire : état transitoire et réversible — la reconnaître et agir sauve des vies.
- Idéation suicidaire avec plan = urgence absolue, ne pas laisser seul.
- Ne jamais promettre le secret face à un risque suicidaire.
❓ Questions fréquentes
Comment aborder le sujet du suicide avec un patient ?
Directement, avec calme : « J’ai remarqué que vous semblez très abattu. Est-ce qu’il vous arrive d’avoir des pensées de mort ou de vous faire du mal ? » Si oui, explorer le plan, l’intention et l’accès aux moyens. Transmettre immédiatement au médecin. Ne jamais promettre le secret.
Qu’est-ce que l’anhédonie et pourquoi est-elle importante ?
L’anhédonie est la perte de plaisir ou d’intérêt pour les activités autrefois agréables. Symptôme cardinal de la dépression avec la tristesse persistante, elle signe une atteinte du circuit dopaminergique de récompense. Un patient qui ne trouve plus de plaisir à rien est à haut risque de rechute et de passage à l’acte suicidaire.
Sources : DSM-5, APA (2013) · HAS, Épisode dépressif caractérisé — repérage et prise en charge initiale (2017) · Columbia Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS) · HAD (Zigmond & Snaith, 1983) · Référentiel IFSI 2026.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.3