Impacts humains sur la biodiversité
On estime qu’il y a actuellement entre 8 et 10 millions d’espèces sur Terre.
On en a décrit environ 2 millions.
Et on en perd à un rythme 100 à 1 000 fois supérieur au taux d’extinction naturel.
Les activités humaines ont profondément transformé 75 % de la surface terrestre et 66 % des océans.
Cette leçon examine les cinq principales pressions que nous exerçons sur la biodiversité — et leurs mécanismes.
🎯 Objectifs de la leçon
- Identifier et illustrer les cinq principales causes de perte de biodiversité
- Expliquer les mécanismes de la fragmentation des habitats et de l’effet de lisière
- Comprendre le mécanisme d’invasion des espèces exotiques envahissantes
- Analyser les effets de la pollution chimique et plastique sur les écosystèmes
📋 Plan
- Les cinq pressions sur la biodiversité (IPBES)
- Destruction et fragmentation des habitats
- Espèces exotiques envahissantes
- Pollution chimique et plastique
- Surexploitation des ressources biologiques
1. Les cinq pressions sur la biodiversité (IPBES)
L’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité, équivalent du GIEC pour la biodiversité) a identifié en 2019 cinq grandes pressions humaines sur la biodiversité, par ordre d’importance décroissante.
| Rang | Pression | Impact estimé |
|---|---|---|
| 1 | Destruction et modification des habitats (déforestation, artificialisation, drainage des zones humides) | Principale cause de perte de biodiversité terrestre |
| 2 | Surexploitation (pêche excessive, chasse, commerce d’espèces sauvages) | 33 % des stocks de pêche mondiaux surexploités |
| 3 | Changement climatique (réchauffement, acidification, événements extrêmes) | Impact croissant, première cause prévue d’ici 2050 |
| 4 | Pollution (pesticides, nitrates, plastiques, lumière, bruit) | Déclin des insectes de 75 % en Europe en 30 ans |
| 5 | Espèces exotiques envahissantes | Impliquées dans 60 % des extinctions d’espèces documentées |
2. Destruction et fragmentation des habitats
La destruction des habitats est la première cause de perte de biodiversité.
Chaque année, des millions d’hectares de forêts tropicales sont détruits (déforestation), des zones humides drainées, des prairies retournées en champs cultivés, des littoraux artificialisés.
En 30 ans, la forêt amazonienne a perdu une superficie équivalente à 5 fois la France.
Même quand les habitats ne sont pas complètement détruits, leur fragmentation cause des dommages considérables.
La construction d’une route, d’une ligne à haute tension ou d’un lotissement coupe un habitat continu en « îles » séparées.
Les espèces ne peuvent plus se déplacer librement pour se reproduire, trouver de la nourriture ou migrer.
Les petites populations isolées sont plus vulnérables à la consanguinité, aux maladies et aux catastrophes locales.
🌿 L’effet de lisière
Quand un habitat est fragmenté, le rapport entre la surface et le périmètre (la lisière) change.
La lisière (la zone de bordure entre la forêt et l’espace ouvert) a un microclimat différent : plus de lumière, plus de vent, plus chaud, plus sec.
Des espèces généralistes et souvent invasives y prolifèrent (sangliers, corneilles, ronces).
Les espèces forestières spécialisées (pics, carnivores forestiers, plantes d’ombre) reculent vers le cœur du fragment.
Un fragment de forêt de 100 ha peut avoir 100 % de sa surface affectée par l’effet de lisière — il n’y a plus de « cœur » de forêt.
3. Espèces exotiques envahissantes
Une espèce exotique envahissante (EEE) est une espèce introduite volontairement ou involontairement dans un milieu où elle n’est pas naturellement présente, et qui y prolifère au détriment des espèces locales.
Elles sont impliquées dans 60 % des extinctions d’espèces documentées depuis 1500.
Mécanisme : quand une espèce arrive dans un nouvel environnement, elle peut n’avoir ni prédateurs naturels, ni parasites, ni concurrents adaptés à elle.
Sans contrôle, elle peut envahir rapidement l’espace et les ressources.
Elle peut aussi apporter des maladies contre lesquelles les espèces locales n’ont pas d’immunité.
Exemples en France :
La Jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora), originaire d’Amérique du Sud, envahit les zones humides françaises, formant des tapis denses qui étouffent les plantes aquatiques locales et réduisent l’oxygénation.
La Tortue de Floride (Trachemys scripta), abandonnée dans les rivières par des propriétaires qui ne voulaient plus de leur animal de compagnie, concurrence les tortues d’eau locales.
La Frelon asiatique (Vespa velutina), arrivé en 2004 dans un colis de poteries chinoises, décime les ruches d’abeilles européennes.
Le Ragondin (Myocastor coypus), élevé pour sa fourrure puis relâché, détruit les berges et la végétation des zones humides.
4. Pollution chimique et plastique
Les pesticides n’affectent pas que les espèces cibles. Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine), utilisés pour protéger les cultures, se retrouvent dans le pollen et le nectar.
Les abeilles et bourdons exposés perdent leur sens de l’orientation, ont du mal à se reproduire et meurent plus vite.
Une étude allemande publiée dans la revue PLOS ONE (2017) a montré une diminution de 75 % de la masse des insectes volants en 27 ans dans des zones naturelles protégées d’Allemagne.
La pollution lumineuse perturbe les animaux nocturnes.
Les insectes nocturnes (papillons de nuit, coléoptères) sont attirés par les lumières artificielles et meurent épuisés ou mangés par des prédateurs.
Les oiseaux migrateurs perdent leur orientation la nuit.
Les tortues marines confondent la luminosité des plages éclairées avec le reflet de la lune sur la mer.
Les microplastiques sont des fragments de plastique de moins de 5 mm.
Ils proviennent de la dégradation des macroplastiques, du lavage des vêtements synthétiques (fibres de polyester), des pneus (poussières).
On les retrouve partout : dans les océans (la vortex de plastique du Pacifique Nord), dans les organismes marins, dans les eaux douces, dans les sols, et même dans le sang et les poumons humains.
Les oiseaux et tortues marins confondent les microplastiques avec de la nourriture et s’empoisonnent.
5. Surexploitation des ressources biologiques
La surexploitation désigne le prélèvement de ressources biologiques à un rythme supérieur à leur taux de renouvellement naturel.
La surpêche est la forme la plus documentée.
La FAO estime que 33 % des stocks de pêche mondiaux sont surexploités (pêchés plus vite qu’ils ne se reconstituent) et que 60 % sont exploités à leur niveau maximum soutenable.
La morue de Terre-Neuve : surpêchée depuis les années 1960, son stock s’est effondré en 1992, forçant la fermeture de la pêche et la disparition de 35 000 emplois.
Le stock ne s’est jamais complètement reconstitué, 30 ans plus tard.
Le braconnage et le commerce illégal d’espèces sauvages (ivoire, cornes de rhinocéros, tigres, requins pour leurs ailerons) génèrent un trafic mondial estimé à 23 milliards de dollars par an, le 4e trafic illégal mondial après les drogues, les armes et la traite humaine.
Le rhinocéros blanc du Nord est en danger critique avec seulement 2 femelles connues en 2024.
📌 L’essentiel à retenir
- Les cinq pressions sur la biodiversité sont : destruction des habitats (principale cause), surexploitation, changement climatique, pollution et espèces invasives.
- La fragmentation des habitats isole les populations, les rendant vulnérables à l’effet de lisière, à la consanguinité et aux catastrophes locales.
- Les espèces exotiques envahissantes prolifèrent sans contrôle naturel ; elles sont impliquées dans 60 % des extinctions documentées depuis 1500.
- Les pesticides (néonicotinoïdes) causent le déclin des insectes (−75 % en 30 ans en Europe) ; les microplastiques contaminent tous les milieux.
- La surpêche touche 33 % des stocks mondiaux ; l’effondrement de la morue de Terre-Neuve en 1992 est un exemple de collapse irréversible.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi les espèces des îles sont-elles particulièrement vulnérables aux espèces invasives ?
Les espèces insulaires ont évolué en isolement, souvent sans prédateurs terrestres.
Beaucoup ont perdu des défenses qui auraient normalement évolué en présence de prédateurs.
Les oiseaux de Nouvelle-Zélande (kiwis, takahés), par exemple, ont des petites ailes inutiles — ils n’avaient pas besoin de voler car il n’y avait pas de mammifères prédateurs.
Quand des rats et des fouines ont été introduits par les colons, ces oiseaux n’avaient aucune stratégie d’évitement.
Plus de 80 % des extinctions documentées d’oiseaux depuis 1500 ont eu lieu sur des îles.
Peut-on se passer des insectes ?
Non. Les insectes assurent la pollinisation de 75 % des espèces végétales cultivées et d’une large part des végétaux sauvages.
Ils sont aussi une source de nourriture essentielle pour une majorité d’oiseaux, de chauves-souris, de poissons et de reptiles.
Ils dégradent la matière organique et participent au cycle des nutriments.
Leur déclin a donc des effets en cascade sur tous les niveaux trophiques.
Certaines cultures (amandes, cerises, pommes) auraient des rendements catastrophiques sans pollinisation par les insectes sauvages.
Est-ce que les microplastiques sont dangereux pour la santé humaine ?
C’est une question de recherche active. Des microplastiques ont été retrouvés dans le sang, les poumons, les selles et même les placentas humains.
Des études sur les animaux montrent des effets perturbateurs endocriniens, inflammatoires et cancérigènes.
Pour l’instant, l’OMS estime que les preuves pour la santé humaine sont insuffisantes pour conclure à un risque établi — mais elle recommande d’agir par précaution.
La contamination universelle des milieux naturels est en revanche une réalité bien documentée.
Comment un poisson surpêché peut-il ne pas se reconstituer même après l’arrêt de la pêche ?
Un stock de poissons peut tomber en dessous d’un seuil critique sous lequel la reproduction ne suffit plus à compenser la mortalité naturelle.
Si la population est trop réduite, la densité de géniteurs est insuffisante pour que les reproducteurs se trouvent et se reproduisent efficacement.
De plus, la surpêche détruit souvent la structure d’âge de la population (les gros adultes fertiles sont ciblés en premier).
Des populations comme la morue de Terre-Neuve peuvent rester à des niveaux très bas pendant des décennies même sans pêche.
Les corridors écologiques peuvent-ils résoudre le problème de la fragmentation des habitats ?
En partie. Un corridor écologique est une bande de végétation qui relie des fragments d’habitat isolés, permettant aux animaux de se déplacer.
En France, la Trame verte et bleue (TVB), instaurée par le Grenelle de l’environnement (2009), vise à maintenir ou restaurer des corridors entre espaces naturels.
Les corridors sont efficaces pour de nombreuses espèces (hérissons, cerfs, certains insectes), mais moins pour des espèces très spécialisées ou peu mobiles.
Ils ne remplacent pas la préservation des grands habitats continus.
🔗 Pour aller plus loin
Leçon rédigée pour reussir-svt.com — Programme SVT Cycle 4, BO spécial n°11 du 26 novembre 2015.