Exploitation des ressources et besoins humains
En 1800, la Terre comptait 1 milliard d’habitants. En 2024, elle en compte 8 milliards.
En deux siècles, la population a été multipliée par 8, mais la consommation de ressources a été multipliée par bien plus encore — grâce aux révolutions industrielle et agricole.
Cette croissance a permis de faire reculer la faim et d’améliorer les conditions de vie, mais elle crée aussi des tensions sur des ressources qui ne sont pas illimitées.
🎯 Objectifs de la leçon
- Relier croissance démographique et augmentation de la consommation de ressources
- Comprendre comment l’agriculture irrigue les besoins alimentaires mondiaux et ses impacts
- Analyser les besoins en énergie et les conséquences de l’exploitation des énergies fossiles
- Définir et utiliser le concept d’empreinte écologique
📋 Plan
- Croissance démographique et pression sur les ressources
- Nourrir 8 milliards d’humains : l’agriculture intensive et ses limites
- La soif d’énergie mondiale
- L’empreinte écologique : mesurer notre impact
1. Croissance démographique et pression sur les ressources
La croissance démographique mondiale est l’une des grandes forces qui augmente la pression sur les ressources naturelles.
Mais ce n’est pas la seule. Le mode de vie compte autant que le nombre d’habitants.
Un Américain consomme en moyenne 40 fois plus d’énergie qu’un habitant du Sahel.
Le niveau de développement économique et les modes de consommation sont donc des facteurs aussi importants que la démographie.
La population mondiale devrait atteindre 9 à 10 milliards d’ici 2050, selon les projections des Nations Unies.
La croissance se concentre en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.
Dans le même temps, les classes moyennes d’Inde et de Chine adoptent des modes de consommation plus intensifs en ressources.
La conjonction de la croissance démographique et du développement économique va considérablement augmenter les besoins en eau, en nourriture et en énergie.
📊 Des ressources inégalement réparties
L’accès aux ressources est profondément inégal dans le monde.
Les 20 % les plus riches de la population mondiale consomment 80 % des ressources mondiales.
783 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable.
735 millions de personnes souffrent de la faim chronique.
Ces inégalités ne sont pas seulement dues à la rareté des ressources : elles reflètent aussi des inégalités dans leur distribution, leur gestion et leur accès économique.
2. Nourrir 8 milliards d’humains : l’agriculture intensive et ses limites
L’agriculture occupe 38 % des terres émergées et consomme 70 % de l’eau douce prélevée dans le monde.
La révolution agricole du 20ème siècle (sélection variétale, engrais chimiques, pesticides, irrigation) a permis de multiplier les rendements par 3 à 5 depuis 1950.
C’est la révolution verte, qui a évité des famines massives.
Mais elle a aussi ses limites et ses coûts environnementaux.
Les engrais azotés (fabriqués à partir du gaz naturel par le procédé Haber-Bosch) ont révolutionné les rendements.
Mais les excès d’azote lessivés par les pluies polluent les rivières, les nappes phréatiques et les zones côtières.
En Bretagne, les nitrates agricoles alimentent des proliférations d’algues vertes.
Dans le Golfe du Mexique, les nitrates du Mississippi créent une « zone morte » de 20 000 km² où presque rien ne survit.
L’élevage est particulièrement gourmand en ressources : produire 1 kg de bœuf nécessite en moyenne 15 000 litres d’eau et 7 à 10 kg de céréales.
L’élevage occupe 70 % des terres agricoles mondiales (pâturages + cultures fourragères) pour 18 % des calories mondiales.
Sa contribution aux GES représente 14,5 % des émissions mondiales (méthane + N₂O + CO₂ de la déforestation pour pâturages).
| Aliment | Eau nécessaire (L/kg) | Remarque |
|---|---|---|
| Bœuf | 15 000 | Pâturages + cultures fourragères + abreuvement |
| Porc | 6 000 | Moins que le bœuf car conversion alimentaire meilleure |
| Poulet | 4 300 | Viande la moins gourmande en eau |
| Blé | 1 500 | Cultures pluviales moins gourmandes |
| Tomate | 180 | Très peu gourmande en eau si cultivée en plein champ |
| Lentilles | 900 | Protéines végétales avec faible empreinte hydrique |
3. La soif d’énergie mondiale
La consommation mondiale d’énergie primaire a été multipliée par 10 depuis 1900, pour une population multipliée par 5.
Aujourd’hui, les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) représentent encore environ 80 % de l’énergie mondiale.
L’énergie est utilisée pour le transport, l’industrie, le chauffage, l’électricité et l’agriculture (engrais, machines).
L’exploitation des énergies fossiles a des coûts environnementaux considérables.
La marée noire de Deepwater Horizon (2010, Golfe du Mexique) a déversé 780 000 tonnes de pétrole, polluant 1 770 km de côtes.
L’extraction du gaz de schiste (fracturation hydraulique) consomme des millions de litres d’eau par puits et risque de polluer les nappes phréatiques.
Le transport maritime du pétrole génère des rejets chroniques et des accidents.
🔋 L’accès à l’énergie, un enjeu de développement
Environ 760 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité dans le monde (principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud).
Sans électricité, pas d’éclairage, pas de réfrigération pour les médicaments et les aliments, pas de chargement de téléphone, pas de pompe à eau.
L’accès à l’énergie est donc directement lié au développement humain.
La question est de savoir si ce développement peut se faire sans reproduire le modèle fossile des pays riches.
4. L’empreinte écologique : mesurer notre impact
L’empreinte écologique est une mesure qui évalue la superficie de terres et d’eaux biologiquement productives dont une population a besoin pour produire les ressources qu’elle consomme et absorber les déchets qu’elle génère (notamment le CO₂).
Elle est exprimée en hectares globaux (hag).
La biocapacité de la Terre est d’environ 1,6 hag par habitant.
Or, l’empreinte moyenne mondiale était de 2,7 hag par personne en 2024 — soit un dépassement : nous consommons les ressources de 1,7 planètes Terre.
Concrètement, cela signifie que le 1er août environ (le « Jour du dépassement »), l’humanité a déjà consommé ce que la Terre peut régénérer en un an.
Les empreintes varient considérablement selon les pays.
Un habitant des États-Unis a une empreinte de ~8 hag/an, un Français ~5 hag/an, un Indien ~1,2 hag/an (sous la biocapacité mondiale).
Si tous les humains vivaient comme des Américains, il faudrait 5 planètes Terre.
🌍 L’empreinte eau (eau virtuelle)
De même que l’empreinte écologique comptabilise l’espace, l’empreinte eau (ou eau virtuelle) comptabilise l’eau consommée tout au long de la chaîne de production d’un bien.
Acheter un t-shirt en coton, c’est importer 2 700 litres d’eau (souvent du Pakistan ou de l’Inde).
Manger un hamburger, c’est consommer 2 400 litres d’eau.
Le commerce international transfère en réalité d’énormes volumes d’eau « virtuelle » de pays stressés hydriquement vers des pays consommateurs.
📌 L’essentiel à retenir
- La pression sur les ressources résulte de la croissance démographique (8 milliards d’humains) et de l’augmentation des modes de consommation.
- L’agriculture occupe 38 % des terres et consomme 70 % de l’eau douce ; les engrais et pesticides pollent les eaux, et l’élevage génère d’importantes émissions de GES.
- Les énergies fossiles représentent encore 80 % de l’énergie mondiale ; leur exploitation cause des pollutions (marées noires, fracturation hydraulique) en plus du changement climatique.
- L’empreinte écologique mondiale dépasse la biocapacité de la Terre : nous consommons comme si nous avions 1,7 planètes, avec le Jour du dépassement début août.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi l’agriculture consomme-t-elle autant d’eau ?
La majorité de l’eau agricole sert à l’irrigation. Seulement 20 % des terres agricoles mondiales sont irriguées, mais elles produisent 40 % des aliments.
Les cultures irriguées nécessitent de l’eau en permanence, notamment dans les régions arides où la pluie est insuffisante.
De plus, beaucoup de systèmes d’irrigation sont inefficaces : l’irrigation gravitaire (inondation des champs) perd 40-60 % de l’eau par évaporation et infiltration profonde.
Les systèmes goutte-à-goutte (utilisés en Israël, Maroc) peuvent diviser la consommation d’eau par 3.
La révolution verte a-t-elle été positive ou négative ?
Les deux. Positive : elle a permis d’augmenter les rendements agricoles de façon spectaculaire (×3 pour le blé et le riz depuis 1950), évitant des famines massives.
Le Programme alimentaire mondial estime qu’elle a sauvé des millions de vies.
Négative : elle a généralisé les monocultures (moins résilientes), l’usage massif d’engrais et pesticides (pollution et perte de biodiversité), l’irrigation intensive (épuisement des nappes), et l’endettement des petits agriculteurs.
Elle a aussi favorisé les grandes exploitations au détriment des paysans traditionnels.
L’empreinte écologique est-elle un outil fiable ?
C’est un outil utile pour sensibiliser et comparer, mais il a des limites. Il est difficile à calculer précisément, et certains écologistes contestent la méthode de comptabilisation du CO₂ (qui représente 60 % de l’empreinte mondiale).
De plus, l’empreinte écologique compare une consommation à une biocapacité mesurée en superficie, ce qui ne rend pas compte de la qualité des écosystèmes ni de la toxicité des pollutions.
Elle reste néanmoins le meilleur indicateur simple pour communiquer l’idée de « limites planétaires ».
Manger moins de viande a-t-il vraiment un impact ?
Oui, significatif. L’alimentation représente 20-30 % de l’empreinte écologique individuelle.
Passer d’un régime omnivore riche en viande rouge à un régime avec peu de viande (ou végétarien) réduit l’empreinte alimentaire de 50 à 70 %.
C’est l’un des gestes individuels à plus fort impact, avec la réduction des voyages en avion.
Mais les changements individuels ne suffisent pas : il faut aussi des politiques agricoles qui rendent les alternatives accessibles et abordables pour tous.
Est-ce que les pays riches pourraient réduire leur empreinte et partager leurs ressources ?
En théorie, oui. Si les pays les plus riches réduisaient significativement leur consommation (énergie, viande, matériaux), les ressources libérées pourraient améliorer les conditions de vie des populations les plus pauvres tout en restant dans les limites planétaires.
Ce concept porte plusieurs noms : décroissance sélective, sobriété, « doughnut économique » (économie du beignet de Kate Raworth).
La difficulté est politique : convaincre des populations habituées à un certain niveau de confort de le réduire est électoralement difficile.
🔗 Pour aller plus loin
Leçon rédigée pour reussir-svt.com — Programme SVT Cycle 4, BO spécial n°11 du 26 novembre 2015.