Chapitre 12 — Reproduction humaine et sexualité · Topic 2 : Cycles, fertilité et contraception · Leçon 2.1
Toutes les quatre semaines environ, le corps féminin traverse un cycle biologique précis qui prépare une possible grossesse. Si la fécondation n’a pas lieu, tout recommence. Ce cycle — environ 28 jours en moyenne, mais variable de 21 à 35 jours selon les femmes — est orchestré par un dialogue hormonal permanent entre l’hypothalamus, l’hypophyse, les ovaires et l’utérus. Comprendre ce dialogue, c’est comprendre la fertilité, la contraception et les bases de nombreuses pathologies gynécologiques.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Décrire les phases du cycle ovarien (folliculaire, ovulation, lutéale) et leurs correspondances hormonales.
- Expliquer le cycle utérin (endomètre) et sa relation avec le cycle ovarien.
- Analyser les rétrocontrôles hormonaux qui régulent le cycle.
- Identifier la fenêtre fertile du cycle et comprendre ses implications.
🧭 Plan de la leçon
- Vue d’ensemble : le cycle en 28 jours
- Le cycle ovarien : folliculaire, ovulation, lutéale
- Le cycle utérin : l’endomètre en attente
- Les hormones du cycle et leurs rétrocontrôles
- La fenêtre fertile
1. Vue d’ensemble : le cycle en 28 jours
Le cycle menstruel est défini du premier jour des règles (J1) au premier jour des règles suivantes. Sa durée moyenne est de 28 jours mais une variation de 21 à 35 jours est tout à fait normale. Deux cycles se déroulent simultanément et de façon coordonnée :
- Le cycle ovarien : développement et maturation d’un follicule → ovulation → formation du corps jaune.
- Le cycle utérin : épaississement et préparation de l’endomètre (muqueuse utérine) → desquamation si pas de fécondation (règles).
Ces deux cycles sont synchronisés par les mêmes hormones. L’axe hypothalamus-hypophyse-ovaires dirige le tout.
2. Le cycle ovarien : folliculaire, ovulation, lutéale
Phase folliculaire (J1 → J14 environ)
En début de cycle, l’hypophyse sécrète la FSH (hormone folliculo-stimulante). FSH stimule la croissance de plusieurs follicules ovariens. Un seul devient dominant : le follicule de De Graaf (ou follicule mûr). Les cellules folliculaires qui l’entourent sécrètent des estrogènes en quantité croissante. Les estrogènes exercent d’abord un rétrocontrôle négatif sur l’hypophyse (↓ FSH). Mais en fin de phase folliculaire, quand les estrogènes atteignent un seuil élevé et prolongé, ils basculent en rétrocontrôle positif : ils stimulent massivement la libération de LH (hormone lutéinisante) par l’hypophyse.
Ovulation (J14 environ)
Le pic de LH (pic ovulatoire) déclenche la rupture du follicule de De Graaf et la libération de l’ovocyte II dans la trompe de Fallope. C’est l’ovulation. L’ovocyte est viable ~12 à 24 heures.
Phase lutéale (J14 → J28)
Après l’ovulation, les restes du follicule se transforment en corps jaune sous l’effet de LH. Le corps jaune sécrète de la progestérone (et un peu d’estrogènes). La progestérone exerce un rétrocontrôle négatif fort sur l’axe hypothalamo-hypophysaire (↓ GnRH, ↓ LH, ↓ FSH) — ce qui empêche l’ovulation d’un deuxième follicule pendant cette phase. En l’absence de fécondation, le corps jaune dégénère vers J24-J28 → chute brutale de progestérone → déclenchement des règles.
3. Le cycle utérin : l’endomètre en attente
| Phase utérine | Jours | Hormone dominante | Ce qui se passe dans l’endomètre |
|---|---|---|---|
| Menstruation | J1–J5 | Aucune (chute estrogènes + progestérone) | Desquamation de la couche fonctionnelle de l’endomètre → saignements (règles). Épaisseur : ~2-3 mm. |
| Proliférative (pré-ovulatoire) | J5–J14 | Estrogènes (↑) | Reconstitution et épaississement de l’endomètre (glandes, vaisseaux, tissu conjonctif). Épaisseur : 8-10 mm. |
| Sécrétoire (post-ovulatoire) | J14–J28 | Progestérone (dominante) + estrogènes | Glandes se remplissent de glycogène (nutriments). Vascularisation intense. Endomètre prêt pour l’implantation d’un embryon. Épaisseur : 12-14 mm. |
Si une fécondation a lieu et qu’un embryon s’implante dans l’endomètre, les cellules du futur placenta sécrètent la hCG (human chorionic gonadotropin) — une hormone qui « prend la relève » de la LH et maintient le corps jaune actif. Le corps jaune continue de sécréter de la progestérone → l’endomètre est maintenu → pas de règles. C’est sur la détection de la hCG dans les urines que repose le test de grossesse.
4. Les hormones du cycle et leurs rétrocontrôles
| Hormone | Source | Effet principal | Rétrocontrôle exercé |
|---|---|---|---|
| GnRH (pulses) | Hypothalamus | Stimule la libération de FSH et LH par l’hypophyse | Inhibé par estrogènes + progestérone (négatif), stimulé brièvement par les estrogènes en pic (positif) |
| FSH | Hypophyse antérieure | Stimule la croissance folliculaire et la production d’estrogènes | Inhibé par estrogènes (↑) et inhibine (peptide ovarien) |
| LH | Hypophyse antérieure | Déclenche l’ovulation (pic LH) ; stimule le corps jaune à sécréter de la progestérone | Inhibé par progestérone + estrogènes (négatif) en phase lutéale |
| Estrogènes | Cellules folliculaires (follicule) + corps jaune | Prolifération endomètre ; glaire cervicale filante ; rétrocontrôle positif sur LH en pic | À bas niveau → rétrocontrôle négatif (↓ FSH, LH) ; à niveau élevé prolongé → rétrocontrôle positif (↑ LH) |
| Progestérone | Corps jaune | Transformation sécrétoire de l’endomètre ; glaire cervicale épaisse (hostile aux spz) ; T corporelle + 0,3-0,5°C | Rétrocontrôle négatif fort sur GnRH, FSH, LH → bloque l’ovulation |
5. La fenêtre fertile
La fenêtre fertile correspond aux jours du cycle où une fécondation est possible. Elle est étroite car l’ovocyte n’est viable que 12 à 24 heures après l’ovulation, mais les spermatozoïdes peuvent survivre dans les voies génitales féminines jusqu’à 5 jours. La fenêtre fertile s’étend donc sur environ 6 jours : les 5 jours précédant l’ovulation + le jour de l’ovulation.
Signes permettant de repérer l’ovulation :
- Température basale : augmente de 0,3 à 0,5°C après l’ovulation (effet de la progestérone). Méthode de la courbe thermique — mais indique que l’ovulation est passée.
- Glaire cervicale : devient filante, transparente et élastique (« blanc d’œuf ») en période fertile, sous l’effet des estrogènes.
- Douleur ovulatoire (mittelschmerz) : certaines femmes ressentent une douleur latérale lors de la rupture folliculaire.
- Tests LH urinaires (ovulation sticks) : détectent le pic de LH urinaire ~24-36h avant l’ovulation.
- Échographie folliculaire : permet de visualiser le follicule dominant et la disparition de la vésicule folliculaire après ovulation.
Questions fréquentes
Oui. En début de règles, la chute de progestérone déclenche la libération de prostaglandines par l’endomètre en train de se desquamer. Les prostaglandines provoquent des contractions utérines intenses — les douleurs de règles. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, naproxène) inhibent la synthèse de prostaglandines (via l’inhibition de la COX-2) et soulagent efficacement la dysménorrhée primaire (sans cause organique). La dysménorrhée secondaire (liée à une endométriose, un myome, une sténose cervicale) nécessite une investigation gynécologique. La pilule combinée, en supprimant l’ovulation et en amincissant l’endomètre, réduit significativement la production de prostaglandines et les douleurs de règles.
Théoriquement peu probable mais pas impossible pour les cycles courts. Pendant les règles (J1-J5 d’un cycle de 28 jours), on est très loin de l’ovulation (J14). Mais si le cycle est court (21 jours), l’ovulation peut se produire dès J7-J8 — et des spermatozoïdes déposés pendant les règles (J4-J5) pourraient survivre jusqu’à J9-J10 et rencontrer un ovocyte. La variabilité du cycle d’un mois à l’autre et l’impossibilité de prédire exactement le jour de l’ovulation rendent toute méthode de « calcul » peu fiable. La méthode des rythmes (Ogino-Knaus) a un taux d’échec de 24 % en utilisation courante.
Le SPM regroupe un ensemble de symptômes physiques et émotionnels apparaissant 1 à 2 semaines avant les règles (en phase lutéale) et disparaissant à l’arrivée des règles. Symptômes : ballonnements, gonflement des seins, acné, maux de tête, irritabilité, anxiété, tristesse, fatigue. Cause probable : la chute de progestérone et d’estrogènes en fin de phase lutéale affecte la sérotonine et GABA cérébraux (neurotransmetteurs de l’humeur). 5 à 8 % des femmes souffrent d’une forme sévère : le TDPM (trouble dysphorique prémenstruel), reconnu comme trouble psychiatrique dans le DSM-5, pouvant nécessiter un traitement par antidépresseurs (ISRS), contraceptifs hormonaux ou analogues GnRH. La plupart des femmes ressentent une forme modérée. L’exercice physique, la réduction du sucre et du sel, le magnésium aident à atténuer les symptômes légers.
La durée du cycle peut varier physiologiquement de 21 à 35 jours, et cette variabilité est normale. La phase lutéale est relativement constante (~14 jours) ; c’est la phase folliculaire qui est variable d’un cycle à l’autre. Les cycles irréguliers peuvent être causés par : le stress (le cortisol inhibe la GnRH) ; les fluctuations de poids importantes (le tissu adipeux produit des estrogènes et la leptine influence la GnRH) ; l’activité physique intense (les sportives de haut niveau peuvent avoir des cycles absents — aménorrhée par déficit énergétique) ; le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK, cause la plus fréquente d’anovulation et de cycles irréguliers — touche 5-15 % des femmes en âge de procréer) ; les troubles thyroïdiens ; certains médicaments. Les cycles irréguliers rendent la contraception naturelle par calcul particulièrement risquée.
L’endométriose est une maladie gynécologique chronique dans laquelle des cellules ressemblant à l’endomètre (muqueuse utérine) se développent en dehors de l’utérus — sur les ovaires, trompes, péritoine, intestins, vessie. Comme l’endomètre normal, ces implants répondent aux hormones du cycle : ils prolifèrent sous l’effet des estrogènes et saignent lors de la chute de progestérone — mais sans possibilité d’évacuation. Cela provoque une inflammation chronique, des adhérences, des kystes ovariens (endométriomes) et des douleurs pelviennes intenses. Touche 10-15 % des femmes en âge de procréer (environ 1,5 million en France). Cause fréquente d’infertilité. Les traitements hormonaux (pilule en continu, progestatifs, analogues GnRH) visent à supprimer le cycle menstruel et donc à « mettre l’endométriose en veille ».