Chapitre 20 — Les représentations du corps · Topic 1 : Approches philosophiques du corps · Leçon 1.3
Le dualisme moderne — corps à « contrôler », corps « image » — s’incarne dans des jouets, des publicités retouchées, et des structures sociales qui imposent des représentations différenciées selon le sexe, la race ou la condition physique.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Analyser les exemples illustratifs de corps « contrôlés » (Barbie, G.I. Joe, Photoshop) ;
- Définir la sociologie du corps et la notion d’imaginaires sociaux ;
- Critiquer le déterminisme biologique et citer ses limites ;
- Citer des exemples anthropologiques (les Nuer, les Chambuli) ;
- Expliquer la mouvance Queer et la déconstruction du genre ;
- Analyser le corps fantasmatique du racisme (Primo Levi) ;
- Décrire l’ambivalence du regard sur le corps handicapé.
🧭 Plan de la leçon
- Corps contrôlés : Barbie, Spiderman, G.I. Joe
- Photoshop et l’idéalisation numérique du corps
- Approche sociologique : imaginaires sociaux du corps
- Déterminisme biologique et différence des sexes
- Déconstruire le genre : mouvance Queer
- Corps fantasmatique du racisme (Primo Levi)
- Corps handicapé : ambivalence et terminologie
1. Corps contrôlés : Barbie, Spiderman, G.I. Joe
Les jouets et héros de l’enfance incarnent des normes corporelles transmises dès le plus jeune âge. Le cours distingue deux dynamiques complémentaires.

La poupée Barbie devient progressivement plus mince et plus grande au fil des décennies, incarnant l’idéal d’un corps féminin « contrôlé et maîtrisé ». Cet idéal est inatteignable biologiquement : si Barbie était à taille humaine, elle ne pourrait tenir debout (proportions non-physiologiques).

Les héros masculins de la culture populaire voient leur musculature devenir de plus en plus hypertrophiée et physiologiquement improbable. Spiderman (1962) a la même évolution. Le cours constate que « les enfants reçoivent de tels objets qui modélisent leurs représentations corporelles ».
2. Photoshop et l’idéalisation numérique du corps

La retouche photographique (Photoshop) est l’outil contemporain par excellence du corps « image et paraître ». Elle permet de transformer le corps réel pour le conformer aux normes culturelles — minceur, symétrie, teint parfait. Le message implicite : le corps réel n’est jamais assez « bien ». Le cours note que ces images contribuent à des troubles de l’image corporelle, notamment chez les adolescents.
3. Approche sociologique : imaginaires sociaux du corps
La sociologie cherche à comprendre comment les sociétés construisent leurs représentations du corps. Elle part du constat que le corps n’est pas seulement biologique : il est aussi le produit de normes sociales, culturelles et historiques — des imaginaires sociaux.
4. Déterminisme biologique et différence des sexes
Le déterminisme biologique affirme que les différences observées entre les sexes ont une base purement biologique (génétique, hormonale). Le cours montre ses limites à travers des exemples anthropologiques.
| Société | Observation | Conclusion |
|---|---|---|
| Les Nuer (Afrique de l’Est) | Les femmes peuvent être reconnues comme « pères » sociaux d’enfants dont elles ne sont pas la génitrice biologique | Le genre social ≠ le sexe biologique — la différenciation est d’abord culturelle |
| Les Chambuli (Nouvelle-Guinée) | Les rôles de genre sont inversés par rapport aux sociétés occidentales : les femmes travaillent, les hommes se parent | Les stéréotypes de genre ne sont pas universels — ils varient selon les cultures |
Dans nos sociétés, les individus sont prédestinés socialement : dès la naissance, ils reçoivent des signaux genrés (couleurs, jouets, attentes). Cette « prédestination sociale » perpétue les stéréotypes et crée des inégalités structurelles. Le féminisme, depuis le XIXe siècle, questionne ces assignations.
5. Déconstruire le genre : mouvance Queer
La mouvance Queer refuse la binarité homme/femme et affirme que le genre est une performance (Judith Butler), non une essence biologique. Elle défend le droit de chacun à définir son propre genre, indépendamment du sexe biologique. Cette approche s’inscrit dans la continuité des critiques du déterminisme biologique.
6. Corps fantasmatique du racisme (Primo Levi)
Primo Levi, dans Si c’est un homme, décrit comment le régime nazi a réduit les déportés à leur seul corps biologique — niant leur humanité. Ce processus de discrimination des corps est le « corps fantasmatique du racisme » : attribuer à des corps des caractéristiques imaginaires (infériorité, dangerosité) pour les dominer.
Implication médicale : le soignant doit être vigilant à ne pas objectiver le corps du patient selon des catégories ethniques ou sociales.
7. Corps handicapé : ambivalence et terminologie
Le corps handicapé suscite une réaction ambivalente dans nos sociétés :
- D’un côté, un sentiment de pitié ou de gêne — le corps handicapé est perçu comme « manquant » par rapport à la norme.
- De l’autre, une idéalisation — le « super-handicapé » (sportifs paralympiques présentés comme des héros).
Ces deux réactions témoignent du corps-norme que nos sociétés projettent.
Le terme « individu avec un handicap » (ou « personne en situation de handicap ») est préféré à « handicapé » : il place d’abord la personne, puis la condition. Cette distinction terminologique est au cœur de l’approche humaniste du soin et est attendue au concours.
🧠 À retenir absolument
- Barbie/G.I. Joe : corps contrôlés (féminin plus mince, masculin plus musclé) — normes inatteignables transmises dès l’enfance.
- Photoshop : corps « image et paraître » — transformation numérique du corps réel.
- Sociologie du corps : imaginaires sociaux — le corps = produit de normes culturelles et historiques.
- Déterminisme biologique : limité — les Nuer (genre social ≠ sexe biologique) et les Chambuli (rôles de genre inversés) le démontrent.
- Mouvance Queer : genre = performance (Butler), non essence biologique ; au-delà du binaire homme/femme.
- Corps racialisé (Primo Levi) : discrimination corporelle = attribuer des caractéristiques imaginaires aux corps.
- Corps handicapé : réaction ambivalente (pitié/idéalisation) ; « individu avec un handicap » ≠ « handicapé » — terminologie concours.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi Barbie est-elle un exemple de corps « contrôlé » ?
Depuis sa création en 1959, Barbie devient progressivement plus mince. Ses proportions, ramenées à taille humaine, seraient biologiquement impossibles (ne pourrait tenir debout). Elle incarne l’idéal du corps féminin « maîtrisé » et « normé » que nos sociétés projettent — et que les petites filles intériorisent dès l’enfance.
Quels sont les apports des études anthropologiques sur les Nuer et les Chambuli ?
Ils montrent que les rôles de genre et les représentations corporelles associées ne sont pas universels ni biologiquement déterminés. Chez les Nuer, une femme peut être reconnue « père » social. Chez les Chambuli, les rôles sont inversés par rapport à l’Occident. Conclusion : les stéréotypes de genre sont culturellement construits.
Qu’est-ce que la mouvance Queer ?
Courant politique et culturel qui refuse la binarité homme/femme et affirme que le genre est une performance (Judith Butler) et non une essence biologique. Il défend le droit de chacun à définir son propre genre indépendamment du sexe biologique.
Pourquoi parle-t-on de « corps fantasmatique » du racisme ?
Parce que le racisme attribue à des corps réels des caractéristiques imaginaires — infériorité, dangerosité — pour justifier leur domination. Primo Levi décrit ce processus dans Si c’est un homme : réduire les déportés à leur seul corps biologique pour nier leur humanité.
Quelle terminologie utiliser à l’examen pour le corps handicapé ?
Le cours distingue « handicapé » (qui réduit la personne à sa condition) de « individu avec un handicap » ou « personne en situation de handicap » (qui place la personne en premier). La deuxième formulation est attendue au concours et reflète l’approche humaniste du soin.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.