Chapitre 4 — Physiologie respiratoire · Topic 3 · Leçon 3.3
Pour que les échanges gazeux soient efficaces, la ventilation alvéolaire et la perfusion capillaire doivent être couplées : chaque alvéole ventilée doit être perfusée, et inversement. Le rapport VA/Q est la variable-clé. Cette leçon décrit le couplage physiologique, les inégalités régionales et les deux extrêmes pathologiques : le shunt (perfusion sans ventilation) et l’espace mort (ventilation sans perfusion).
🎯 Objectifs pédagogiques
- Définir ventilation alvéolaire et perfusion pulmonaire ;
- Comprendre le rapport VA/Q et sa valeur normale ;
- Distinguer shunt et espace mort ;
- Décrire la vasoconstriction pulmonaire hypoxique (mécanisme de couplage) ;
- Comprendre les inégalités VA/Q base vs sommet du poumon.
🧭 Plan de la leçon
- Le rapport VA/Q : définition et couplage
- Inégalités régionales VA/Q
- Extrêmes pathologiques : shunt et espace mort
1. Le rapport VA/Q : définition et couplage
- Ventilation alvéolaire VA : volume d’air frais atteignant les alvéoles par minute. VA = (Vt − espace mort) × FR ≈ (500 − 150) × 12 ≈ 4-5 L/min au repos.
- Perfusion pulmonaire Q : débit sanguin traversant les capillaires pulmonaires = débit cardiaque ≈ 5-6 L/min au repos.
- Rapport global VA/Q ≈ 0,8 à 1.
Un rapport proche de 1 signifie que chaque alvéole ventilée reçoit environ le même flux sanguin : le couplage est optimal.
Le maintien de ce rapport repose sur plusieurs mécanismes physiologiques :
Contrairement à la circulation systémique (où l’hypoxie provoque une vasodilatation), l’hypoxie alvéolaire provoque une vasoconstriction des artérioles pulmonaires environnantes. Ce mécanisme, unique à la circulation pulmonaire, redirige le sang vers les zones bien ventilées et évite de perfuser des zones hypoventilées : c’est le maintien actif du couplage VA/Q.
Complément hors cours : ce mécanisme est utile localement (obstruction bronchique focale) mais délétère en cas d’hypoxie globale (altitude, BPCO) car il augmente les résistances pulmonaires totales et surcharge le VD (cœur pulmonaire chronique).
2. Inégalités régionales VA/Q
Le rapport VA/Q n’est pas uniforme dans le poumon : il varie selon la région. La gravité joue un rôle majeur en position debout.
| Région | Ventilation VA | Perfusion Q | Rapport VA/Q |
|---|---|---|---|
| Sommets pulmonaires | Moyenne | Faible (gravité) | Élevé (~ 3, ventilation en excès) |
| Milieu | Moyenne | Moyenne | ~ 1 (idéal) |
| Bases pulmonaires | Élevée | Très élevée (gravité) | Bas (~ 0,6, perfusion en excès) |
En position debout, la pression hydrostatique favorise l’écoulement vers les bases pulmonaires — la perfusion y est plus abondante. La ventilation aussi y est plus importante (les alvéoles basales sont plus « aplaties » au repos et se dilatent plus lors de l’inspiration), mais moins que la perfusion. Résultat : le rapport VA/Q est bas aux bases (~0,6) et élevé aux sommets (~3). Cette inégalité est amplifiée en position couchée pour les régions dépendantes (postérieures).
3. Extrêmes pathologiques : shunt et espace mort
| Anomalie | VA/Q | Mécanisme | Exemples |
|---|---|---|---|
| Shunt | = 0 (VA = 0) | Alvéole perfusée mais non ventilée (bouchée ou remplie) | Pneumonie, atélectasie, œdème pulmonaire, corps étranger bronchique |
| VA/Q bas | 0 < VA/Q < 0,8 | Alvéole mal ventilée par rapport à la perfusion | Asthme, BPCO en poussée |
| VA/Q élevé | VA/Q > 1 | Alvéole ventilée mais mal perfusée | Emphysème (rupture de capillaires) |
| Espace mort | = ∞ (Q = 0) | Alvéole ventilée mais non perfusée (pas de sang) | Embolie pulmonaire (obstruction vasculaire) |
Un shunt véritable (alvéoles collabées ou remplies) laisse passer du sang non oxygéné vers la circulation systémique — c’est la principale cause d’hypoxémie sévère. Signe caractéristique : la PaO2 ne se corrige pas (ou peu) par l’apport d’O2 à 100 % (contrairement aux hypoxémies par hypoventilation ou par inégalité VA/Q). C’est un critère diagnostique utile en réanimation.
Dans l’embolie pulmonaire, un caillot obstrue une artère pulmonaire. Les alvéoles en aval sont bien ventilées mais plus perfusées → VA/Q = ∞ (espace mort). Conséquences :
- Hypoxémie (par redistribution du sang vers d’autres territoires moins bien ventilés) ;
- Hypocapnie initiale (hyperventilation compensatrice) ;
- Chute du CO2 expiré à la capnographie (gradient PaCO2 − PetCO2 augmenté).
Cette dernière signature est utile en anesthésie pour détecter une embolie pulmonaire peropératoire.
Complément hors cours (référence académique) : John West a décrit en 1964 quatre zones pulmonaires selon les relations entre pression alvéolaire (PA), pression artérielle pulmonaire (Pa) et pression veineuse pulmonaire (Pv) :
- Zone 1 (sommet) : PA > Pa > Pv — pas de flux (« pathologique » en physiologie ; existe en cas d’hypovolémie ou de ventilation en pression positive).
- Zone 2 : Pa > PA > Pv — flux intermittent.
- Zone 3 (base) : Pa > Pv > PA — flux permanent, perfusion maximale.
- Zone 4 : base extrême, compressée par le poids pulmonaire.
Ces zones expliquent le gradient de perfusion base-sommet du poumon en position debout.


🧠 À retenir absolument
- VA/Q = ventilation alvéolaire / perfusion pulmonaire. Valeur globale ≈ 0,8 à 1.
- Vasoconstriction pulmonaire hypoxique : mécanisme unique (opposé au systémique) qui redirige le sang vers les zones bien ventilées.
- Inégalité régionale : VA/Q bas aux bases (~0,6, perfusion en excès), élevé aux sommets (~3, ventilation en excès).
- Shunt (VA/Q = 0) : alvéoles perfusées mais non ventilées → hypoxémie majeure, non corrigée par O2 100 %.
- Espace mort (VA/Q = ∞) : alvéoles ventilées mais non perfusées → ex : embolie pulmonaire.
- Signature EP : gradient PaCO2 − PetCO2 augmenté (à la capnographie).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le rapport VA/Q est-il idéalement proche de 1 ?
Parce que chaque alvéole a besoin qu’une quantité de sang équivalente à sa quantité d’air frais vienne s’oxygéner. Si VA/Q = 1, chaque volume d’air rencontre son volume de sang capillaire. Un déséquilibre significatif (VA/Q très bas ou très élevé) réduit l’efficacité globale des échanges gazeux : soit du sang n’est pas oxygéné (shunt), soit de l’air n’est pas utilisé (espace mort).
Pourquoi la vasoconstriction pulmonaire hypoxique est-elle unique ?
Dans la circulation systémique, l’hypoxie provoque une vasodilatation (pour amener plus de sang oxygéné à un tissu en manque). Dans la circulation pulmonaire, la logique s’inverse : envoyer plus de sang vers une alvéole non ventilée est inutile — mieux vaut le rediriger vers une alvéole qui fonctionne. Le muscle lisse des artérioles pulmonaires possède donc des canaux ioniques sensibles à l’O₂ qui déclenchent la vasoconstriction en cas d’hypoxie alvéolaire locale.
Pourquoi une pneumonie provoque-t-elle une hypoxémie résistant à l’O₂ ?
Parce que les alvéoles infectées sont remplies d’exsudat et ne peuvent plus être ventilées. Le sang qui les traverse ressort non oxygéné (shunt). Même en administrant 100 % d’O₂, ce sang shunté n’est pas oxygéné puisqu’il n’y a plus d’échange possible dans ces alvéoles obstruées. Le seul moyen d’améliorer l’oxygénation est de réduire le shunt (traitement de la pneumonie, recrutement alvéolaire par ventilation mécanique).
Une embolie pulmonaire donne-t-elle toujours de l’hypoxémie ?
Souvent oui, mais pas toujours. L’embolie augmente l’espace mort et redistribue le sang vers d’autres territoires, ce qui crée localement des VA/Q bas. Cela explique l’hypoxémie modérée. Le signe le plus spécifique est l’augmentation du gradient PaCO₂ − PetCO₂ : la ventilation minute reste normale, mais le CO₂ éliminé chute car une partie de la ventilation est perdue dans l’espace mort. C’est un signe précieux au bloc opératoire, quand la clinique est masquée par l’anesthésie.
🚀 Pour aller plus loin
Fin du chapitre ! Le prochain enchaîne naturellement : comment le sang, une fois oxygéné aux alvéoles, transporte l’O2 jusqu’aux cellules.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.