Chapitre 8 — Introduction à la santé publique · Topic 1 : Définitions et déterminants · Leçon 1.2
La santé d’un individu — et surtout d’une population — n’est pas décidée par la seule biologie. Elle est le résultat d’un enchevêtrement de facteurs : gènes, comportements, environnement, position sociale, accès aux soins. Ce sont les déterminants de la santé. Les identifier, c’est comprendre où agir pour améliorer la santé collective.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- définir ce qu’est un déterminant de la santé ;
- citer et illustrer les cinq familles retenues par le cours ;
- distinguer déterminants modifiables et non modifiables ;
- reconnaître le modèle en arc-en-ciel de Dahlgren & Whitehead (1991) ;
- expliquer ce qu’est le gradient social de santé.
🧭 Plan de la leçon
- Un individu soumis à de multiples agresseurs
- Les cinq familles de déterminants
- Le modèle en arc-en-ciel de Dahlgren & Whitehead
- Déterminants modifiables et gradient social
1. Un individu soumis à de multiples agresseurs
La santé des êtres humains est conditionnée par une série de facteurs agissant en permanence :
- physiques et chimiques,
- biologiques et génétiques,
- psychologiques et sociaux,
- philosophiques et économiques.
L’individu subit ces multiples agresseurs. Ils ont une influence directe ou indirecte sur la santé des populations. On les mesure par des facteurs de risque (exemple emblématique : le tabagisme comme facteur de risque du cancer broncho-pulmonaire).
Un déterminant de la santé est un facteur — individuel, social ou environnemental — qui influence l’état de santé d’une population. Le terme couvre un large spectre de facteurs, mesurés en épidémiologie par des facteurs de risque.
2. Les cinq familles de déterminants
Le cours regroupe les déterminants en cinq grandes familles, résumées ci-dessous et représentées dans le schéma qui suit.

| Famille | Ce qu’elle contient | Exemple |
|---|---|---|
| Génétiques | Prédisposition à certaines maladies à cause de gènes défectueux hérités. | Hypercholestérolémie familiale (mutation du récepteur au LDL) |
| Comportementaux individuels | Choix et décisions personnelles au départ, sur lesquels chacun a un levier. | Fumer / ne pas fumer, boire de l’alcool ou non, sédentarité, alimentation |
| Environnementaux | Facteurs liés au lieu de vie. Prennent de plus en plus de place à l’heure actuelle. | Pics de chaleur (canicule), pesticides, pollution de l’air et de l’eau |
| Sociaux | Liés au niveau socio-économique (classe, revenus, éducation). Cause majeure des inégalités de santé. | Prédisposition à l’obésité selon la CSP, écart d’espérance de vie cadres/ouvriers |
| Liés au système de soins | Offres +/- importantes, saturation, déprogrammations, retards de vaccination. | Déserts médicaux, engorgement des urgences, faible couverture vaccinale locale |
Un déterminant est un domaine large qui influence la santé (« les déterminants sociaux »). Un facteur de risque est la mesure épidémiologique concrète à l’intérieur de ce domaine (« le tabagisme quotidien », « le niveau de diplôme »). On mesure les déterminants par des facteurs de risque.
3. Le modèle en arc-en-ciel de Dahlgren & Whitehead
Le modèle des cinq déterminants du cours est une version simplifiée. La modélisation de référence en santé publique est le modèle en arc-en-ciel proposé en 1991 par Göran Dahlgren et Margaret Whitehead, deux chercheurs de l’Institute for Futures Studies de Stockholm.
Complément hors cours. Dahlgren & Whitehead représentent les déterminants comme des arcs concentriques autour de l’individu :
- Au centre : l’individu avec ses caractéristiques fixes (âge, sexe, facteurs génétiques) ;
- 1er arc : styles de vie individuels (tabac, alcool, alimentation, activité physique) ;
- 2e arc : réseaux sociaux et communautaires (famille, entourage, soutien social) ;
- 3e arc : conditions de vie et de travail (logement, emploi, éducation, services de santé, accès à l’eau, à la nourriture) ;
- 4e arc : conditions socio-économiques, culturelles et environnementales générales qui englobent tout le reste.
Cette hiérarchisation en couches montre que les choix individuels (arc 1) sont eux-mêmes façonnés par les conditions matérielles (arc 3) et le contexte général (arc 4). Référence : Dahlgren G. & Whitehead M., Policies and strategies to promote social equity in health, Institute for Futures Studies, Stockholm, 1991.
Ce modèle est hors-source par rapport au cours de Sorbonne, qui présente la version simplifiée à cinq familles. Il est utile pour comprendre pourquoi une politique de santé publique ne peut pas se limiter à demander aux gens de « mieux se comporter » : elle doit aussi agir sur les couches externes.
4. Déterminants modifiables et gradient social
Une distinction pratique s’impose entre déterminants sur lesquels on peut agir et ceux qui échappent à l’action publique.
| Type | Exemples | Levier d’action ? |
|---|---|---|
| Non modifiables | Âge, sexe, patrimoine génétique | Aucun (mais dépistage possible) |
| Modifiables individuels | Tabac, alcool, alimentation, activité physique | Prévention primaire, éducation à la santé |
| Modifiables collectifs | Pollution atmosphérique, conditions de travail, urbanisme, accès aux soins | Réglementation, politiques publiques |
Le cours souligne un basculement contemporain : les déterminants environnementaux et sociaux prennent de plus en plus de place. Ce n’est plus seulement la biologie qui pilote la santé des populations, ce sont les conditions de vie collectives.
Cette distinction a un impact direct sur la stratégie de santé publique :
- sur les déterminants modifiables individuels, on agit par prévention primaire (campagnes de sensibilisation, éducation à la santé, aide au sevrage tabagique, dépistage) ;
- sur les déterminants modifiables collectifs, on agit par la réglementation (interdiction du tabac dans les lieux publics, seuils de pollution, normes de sécurité alimentaire, urbanisme favorable à l’activité physique) ;
- sur les déterminants non modifiables, on ne peut pas agir en amont, mais on peut dépister précocement les personnes à risque pour intervenir avant la maladie.
Le gradient social de santé désigne le fait que, à chaque cran de l’échelle socio-économique, l’état de santé s’améliore régulièrement. Ce n’est pas une opposition binaire « riches vs pauvres » mais un continuum : chaque niveau supérieur va statistiquement mieux que le niveau juste en dessous. L’écart d’espérance de vie de 7 à 8 ans entre cadres et ouvriers en France en est l’illustration la plus connue.
Complément hors cours. Selon l’INSERM, les inégalités sociales de santé existent dans tous les pays, y compris ceux dotés d’un système de santé universel comme la France. Cela suggère que l’accès aux soins ne suffit pas : c’est bien l’ensemble des conditions de vie qui pèse sur la santé, et notamment le niveau d’éducation, corrélé de façon particulièrement robuste à l’espérance de vie en bonne santé (source : INSERM, dossier « Inégalités sociales de santé »).
🧠 À retenir absolument
- Un déterminant de la santé = facteur qui influence l’état de santé d’une population ; il se mesure par des facteurs de risque.
- Cinq familles : génétiques, comportementaux individuels, environnementaux, sociaux, liés au système de soins.
- Exemple génétique : hypercholestérolémie familiale. Exemple environnemental : pollution de l’air, pesticides, canicule.
- Les déterminants sociaux sont l’une des principales causes des inégalités de santé.
- Les déterminants environnementaux et sociaux pèsent de plus en plus lourd dans les pays développés.
- Modèle arc-en-ciel de Dahlgren & Whitehead (1991) : individu au centre → styles de vie → réseaux → conditions de vie/travail → contexte général.
- Le gradient social de santé est un continuum, pas une opposition binaire.
❓ Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un déterminant et un facteur de risque ?
Un déterminant est un domaine large qui influence la santé (par exemple les déterminants sociaux). Un facteur de risque est la variable épidémiologique concrète et mesurable à l’intérieur de ce domaine (par exemple le niveau de diplôme ou le revenu médian). Les déterminants se mesurent par des facteurs de risque.
Pourquoi dit-on que les déterminants environnementaux prennent de plus en plus de place ?
Parce que les progrès biomédicaux ont largement fait reculer les grandes causes classiques (infectieuses, cardio-vasculaires évitables) et que les nouvelles menaces populationnelles viennent désormais du réchauffement climatique, de la pollution de l’air, des pesticides, des perturbateurs endocriniens. Leur poids relatif augmente donc dans les modèles.
Un déterminant génétique est-il forcément non modifiable ?
Le patrimoine génétique en lui-même ne se modifie pas, mais son expression et ses conséquences cliniques peuvent l’être. Le dépistage précoce d’une hypercholestérolémie familiale permet par exemple de mettre en place très tôt un traitement et une hygiène de vie qui réduisent fortement le risque cardio-vasculaire.
Qu’est-ce que le gradient social de santé ?
Le fait que l’état de santé s’améliore régulièrement à chaque cran de l’échelle socio-économique. Ce n’est pas seulement les plus pauvres qui vont moins bien : les employés vont statistiquement moins bien que les cadres intermédiaires, qui vont moins bien que les cadres supérieurs, etc. C’est un continuum observable dans presque tous les pays.
Pourquoi les inégalités sociales de santé persistent-elles malgré la Sécurité sociale ?
Parce que la santé ne dépend pas que de l’accès aux soins. Elle dépend aussi et surtout des conditions de vie, du travail, du logement, de l’alimentation, du niveau d’éducation, du soutien social. Un système de soins universel ne compense pas à lui seul ces écarts en amont.
🚀 Pour aller plus loin
Les déterminants sont posés. Regarde comment se déclinent concrètement les agresseurs et comment on mesure leur poids sur une population :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. Synthèse rédigée avec assistance IA, relue par l’équipe Réussir SVT.