Chapitre 13 — L’humanité et les services écosystémiques · Topic 1 · Leçon 1.2
🎯 Objectifs pédagogiques
- identifier et illustrer les cinq menaces principales sur la biodiversité selon l’acronyme HIPPO ;
- expliquer ce qu’est la sixième extinction de masse et en quoi elle diffère des extinctions précédentes ;
- relier la perte de biodiversité à la dégradation des services écosystémiques ;
- construire un argument scientifique sur les impacts humains sur un écosystème.
🧭 Plan de la leçon
- L’érosion de la biodiversité : état des lieux
- HIPPO : les cinq menaces principales
- La sixième extinction de masse
- Conséquences pour les services écosystémiques
- Argument scientifique : analyser les menaces sur un écosystème
1. L’érosion de la biodiversité : état des lieux
Le taux d’extinction des espèces actuel est estimé à 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel d’extinction de fond (le taux « normal » entre deux extinctions de masse). Selon l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité), environ 1 million d’espèces sont actuellement menacées d’extinction sur les 8 millions estimées sur Terre. Cette érosion accélérée est due aux activités humaines.
2. HIPPO : les cinq menaces principales
Le biologiste E.O. Wilson a proposé l’acronyme HIPPO pour mémoriser les cinq causes principales de l’érosion de la biodiversité, classées par ordre d’importance décroissante :
Première cause de perte de biodiversité. La déforestation, l’urbanisation, la conversion des terres sauvages en terres agricoles, le drainage des zones humides réduisent et fragmentent les habitats. Un habitat fragmenté (forêt découpée en îlots) isole les populations, réduit la diversité génétique et empêche les migrations. Exemples :
- Déforestation amazonienne : ~10 000 km²/an de forêt détruite.
- Destruction des zones humides : 35 % des zones humides mondiales ont disparu depuis 1970.
- Artificialisation des sols : en France, ~25 000 ha/an sont artificialisés (villes, routes, zones industrielles).
L’introduction — volontaire ou accidentelle — d’espèces étrangères à un écosystème peut provoquer des déséquilibres majeurs : les espèces invasives n’ont pas de prédateurs naturels dans leur nouveau milieu et peuvent proliférer sans limite, consommant les ressources des espèces locales ou les prédant directement. Exemples :
- Mustela erminea (hermine) introduite en Nouvelle-Zélande → extinction de nombreux oiseaux incapables de se défendre.
- Écureuil gris américain en Europe → déplacement de l’écureuil roux.
- Moule zébrée dans les Grands Lacs nord-américains → modification de tout l’écosystème aquatique.
- Frelon asiatique en Europe → prédation intensive des abeilles mellifères.
Les pollutions (chimiques, plastiques, lumineuses, sonores) dégradent les habitats et intoxiquent les espèces. Exemples :
- Pesticides et insecticides : les néonicotinoïdes sont particulièrement toxiques pour les pollinisateurs (perturbation du système nerveux). Liés au syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles.
- Eutrophisation : nitrates et phosphates (engrais agricoles) provoquent des proliférations algales et des zones anoxiques (leçon 2.1 Ch12).
- Microplastiques : présents dans tous les océans et dans les chaînes alimentaires marines.
- Pollution lumineuse : perturbe les cycles biologiques des animaux nocturnes (chauves-souris, insectes).
La croissance de la population humaine (~8 milliards en 2023, estimée à ~10 milliards en 2050) amplifie toutes les autres menaces : plus d’humains → plus de besoins alimentaires, énergétiques et en matières premières → plus de destruction d’habitats, de pollution, de surexploitation. Ce n’est pas la taille de la population qui compte seule, mais aussi le niveau de consommation par habitant (l’empreinte écologique).
La chasse, la pêche et la collecte au-delà des taux de renouvellement des populations entraînent leur déclin voire leur extinction. Exemples :
- Surpêche : 34 % des stocks de poissons marins sont exploités à un niveau non durable.
- Braconnage : rhinocéros, éléphants, pangolins, tigres sont victimes d’un commerce illégal d’une valeur de plusieurs milliards de dollars par an.
- Extinction du pigeon voyageur nord-américain (jadis l’oiseau le plus abondant d’Amérique du Nord) par la chasse intensive au XIXe siècle.
3. La sixième extinction de masse
Les paléontologues ont identifié cinq extinctions de masse dans l’histoire de la vie sur Terre (dont l’extinction du Permien-Trias, ~96 % des espèces marines ; et l’extinction du Crétacé-Paléogène, fin des dinosaures non-aviens). Nous vivons actuellement la sixième extinction de masse, souvent appelée « crise de la biodiversité anthropocène ».
Deux différences fondamentales avec les extinctions précédentes :
- Cause : les extinctions précédentes étaient d’origine géologique ou astronomique (volcanisme massif, impact météoritique). La sixième est causée par une seule espèce — Homo sapiens.
- Vitesse : le taux actuel d’extinction est 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel de fond, et il s’accélère.
4. Conséquences pour les services écosystémiques
La perte de biodiversité n’est pas seulement un problème éthique ou esthétique — elle dégrade directement les services écosystémiques dont l’humanité dépend :
- Moins de pollinisateurs → moins de production alimentaire.
- Destruction des zones humides → moins de purification naturelle de l’eau.
- Déforestation → moins de stockage de carbone → réchauffement accéléré.
- Surpêche → effondrement des stocks → moins de protéines pour des milliards d’humains.
- Perte d’espèces médicinales avant qu’elles soient découvertes → perte de futurs médicaments.
5. Argument scientifique : analyser les menaces sur un écosystème
Question : Dans le delta du Mékong (Vietnam), les mangroves côtières ont été détruites à 75 % entre 1980 et 2000 pour créer des bassins d’élevage de crevettes. Au cours de cette période, les pêcheurs locaux ont observé une chute de 60 % des captures de poissons côtiers et une augmentation des dégâts des cyclones sur les villages. En quoi ces observations illustrent-elles les conséquences de la destruction des habitats (H de HIPPO) sur les services écosystémiques ?
Données : 75 % des mangroves détruites → destruction du H de HIPPO. Chute de 60 % des captures de poissons : les mangroves servent de nurseries aux poissons juvéniles (service d’approvisionnement). Augmentation des dégâts de cyclones : les mangroves forment une barrière naturelle contre les vagues et le vent (service de régulation). La destruction des mangroves a donc entraîné la perte simultanée de deux services écosystémiques majeurs.
Conclusion : La destruction des mangroves (H de HIPPO — destruction d’habitat) a entraîné la dégradation de deux services écosystémiques majeurs : (1) service d’approvisionnement (nurseries à poissons → déclin des pêches → insécurité alimentaire) et (2) service de régulation (protection côtière → vulnérabilité accrue aux cyclones → pertes humaines et économiques). Cet exemple illustre l’interdépendance entre biodiversité, écosystèmes et bien-être humain. Le coût de la restauration ou du remplacement de ces services (station de pisciculture, digues anti-cyclone) dépasse largement la valeur économique à court terme des élevages de crevettes.
« Les 5 menaces sur la biodiversité (HIPPO) : Habitat (destruction — 1ère cause), Invasives (espèces introduites), Pollution (chimique, plastiques, pesticides), Population humaine (croissance + consommation), Overexploitation (surpêche, braconnage). La sixième extinction de masse : taux 100-1 000 × le taux naturel, causé par Homo sapiens. »
🧠 À retenir absolument
- HIPPO : Habitat destruction (1ère cause), Invasive species, Pollution, Population growth, Overexploitation.
- Taux d’extinction actuel : 100-1 000 × le taux naturel de fond → sixième extinction de masse.
- La perte de biodiversité dégrade directement les services écosystémiques (pollinisation, protection côtière, stockage carbone…).
- ~1 million d’espèces menacées d’extinction selon l’IPBES (2019).
❓ Questions fréquentes
Les espèces invasives sont-elles toujours néfastes ?
Non, pas systématiquement. Le caractère « invasif » dépend du contexte écologique. Une espèce introduite peut s’intégrer à l’écosystème sans le perturber (on parle alors d’espèce « naturalisée »). Elle devient invasive quand elle prolifère de façon incontrôlée et nuit aux espèces locales. Le problème est souvent l’absence de prédateurs et de compétiteurs naturels dans le nouveau milieu. Quelques espèces introduites ont même aidé à restaurer des fonctions perdues dans des écosystèmes appauvris — mais ces cas sont rares et difficiles à prédire.
Pourquoi la sixième extinction est-elle considérée comme une menace pour l’humanité, pas seulement pour les espèces ?
Parce que la biodiversité est la base de la plupart des services écosystémiques dont l’humanité dépend pour sa survie et son bien-être (alimentation, eau, médicaments, régulation du climat). L’extinction des espèces n’est donc pas seulement un problème éthique : c’est une menace directe pour la sécurité alimentaire, sanitaire et climatique humaine. De plus, une fois qu’une espèce est éteinte, ses fonctions écologiques sont perdues de façon irréversible — et avec elles, les molécules, gènes et interactions qui auraient pu bénéficier à l’humanité.