Chapitre 13 — Corps humain : de la fécondation à la puberté · Thème 3.A : Procréation et sexualité humaine · Leçon 2.2
Une fois la puberté enclenchée, l’ovaire ne se comporte pas comme un simple réservoir de
gamètes : il fonctionne de manière cyclique, en préparant chaque mois un
ovocyte à féconder et en préparant, en parallèle, l’utérus à une éventuelle nidation. C’est le
cycle féminin. Il dure en moyenne 28 jours (mais varie de
21 à 35 jours selon les femmes) et repose sur un dialogue hormonal remarquable entre le
cerveau et les ovaires, ponctué d’un événement spectaculaire au milieu du cycle :
l’ovulation. Comprendre ce cycle, c’est comprendre à la fois la fertilité
naturelle, la contraception hormonale et la procréation médicalement assistée.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Décrire les trois phases du cycle féminin (folliculaire, ovulation, lutéale).
- Identifier les hormones ovariennes et hypophysaires impliquées à chaque phase.
- Expliquer le rôle du pic de LH dans le déclenchement de l’ovulation.
- Décrire les transformations parallèles de l’endomètre utérin (règles → dentelle utérine).
- Analyser un protocole de dosages hormonaux couplé à l’échographie pour prouver le rôle
du pic de LH.
🧭 Plan de la leçon
- Vue d’ensemble : un cycle de 28 jours, deux organes couplés.
- Phase folliculaire (J1-J14) : croissance des follicules.
- Ovulation (J14) : le pic de LH et l’expulsion de l’ovocyte.
- Phase lutéale (J14-J28) : le corps jaune et la préparation à la nidation.
- Argument scientifique : dosages hormonaux et échographie ovarienne.
1. Vue d’ensemble : un cycle de 28 jours, deux organes couplés
Le cycle féminin commence conventionnellement au premier jour des
règles (J1) et se termine à la veille des règles suivantes (J28 en moyenne). Il se
déroule simultanément dans deux organes :
- L’ovaire : cycle ovarien (croissance folliculaire, ovulation, formation
du corps jaune). - L’utérus : cycle utérin (reconstitution puis élimination de la muqueuse
utérine, appelée endomètre).
Ces deux cycles sont couplés par les hormones ovariennes (œstrogènes,
progestérone), qui régulent aussi le cycle utérin. L’ensemble est piloté depuis le cerveau par
l’axe hypothalamo-hypophysaire (rappel Leçon 2.1 : GnRH → FSH + LH).
Une petite fille naît avec environ 1 million de follicules primordiaux
dans ses deux ovaires. À la puberté, il n’en reste que ~400 000. Sur
l’ensemble de la vie reproductive (~40 ans), seuls ~400 ovocytes seront
effectivement ovulés ! Tous les autres dégénèrent (atrésie folliculaire). Ce stock
n’est pas renouvelable : sa diminution progressive aboutit à la ménopause vers
50 ans.
2. Phase folliculaire (J1 → J14) : croissance des follicules
Sous l’action de la FSH hypophysaire, un cohorte d’environ 15-20
follicules ovariens entre en croissance dans chaque ovaire. Chaque follicule
passe par plusieurs stades :
- Follicule primordial : ovocyte entouré d’une seule couche de cellules
aplaties (stade dormant présent depuis la vie fœtale). - Follicule primaire : cellules folliculaires devenues cubiques.
- Follicule secondaire : plusieurs couches de cellules, apparition
d’une cavité liquidienne (antrum). - Follicule mûr (ou follicule de De Graaf) : gros follicule (~2 cm),
à antrum développé, prêt à ovuler.
Un seul follicule (le follicule dominant) parvient au stade mûr ; les
autres régressent. Pendant cette croissance, les cellules folliculaires sécrètent des
œstrogènes en quantité croissante. Ces œstrogènes agissent sur l’utérus :
après l’élimination de la muqueuse pendant les règles (J1-J5), l’endomètre se
reconstitue progressivement, s’épaissit et se vascularise.
3. Ovulation (J14) : le pic de LH
Lorsque les œstrogènes atteignent un seuil élevé (juste avant J14), ils exercent un
rétrocontrôle positif sur l’hypophyse : celle-ci répond par une décharge
massive de LH (le pic de LH). Ce pic déclenche, 24 à 36 h
plus tard, la rupture du follicule mûr et l’expulsion de l’ovocyte de l’ovaire
vers la trompe utérine correspondante : c’est l’ovulation.
L’ovocyte expulsé est capté par les franges du pavillon de la trompe ; il ne survit
qu’environ 24 h. C’est la fenêtre étroite pendant laquelle une fécondation
est possible. Cette ovulation survient en moyenne à J14 dans un cycle de 28 jours, mais avec
une variabilité de ±3 jours : beaucoup de femmes ovulent en réalité à J11, J13 ou
J16 — d’où l’incertitude des méthodes contraceptives dites naturelles.
Les tests d’ovulation urinaires vendus en pharmacie ne mesurent pas
l’ovulation elle-même : ils détectent le pic de LH dans les urines. Comme
l’ovulation suit ce pic de 24 à 36 h, un test positif signale la fenêtre de fertilité
maximale. Cette méthode, validée par le CNGOF (Collège National des Gynécologues et
Obstétriciens Français), aide les couples cherchant à concevoir à mieux cibler leurs rapports.
4. Phase lutéale (J14 → J28) : le corps jaune
Après l’ovulation, ce qui reste du follicule dans l’ovaire ne disparaît pas : il se
transforme en une glande temporaire jaunâtre, le corps jaune (corpus
luteum). Cette glande sécrète des œstrogènes et surtout de la
progestérone, en quantité importante.
La progestérone agit intensément sur l’utérus :
- L’endomètre devient très épais, glandulaire et richement vascularisé : on parle de
« dentelle utérine ». - La muqueuse est prête à accueillir un éventuel embryon (nidation possible vers J21-J23).
- Le col de l’utérus se ferme, la glaire cervicale devient épaisse et imperméable aux
spermatozoïdes.
Deux issues sont alors possibles :
| Scénario | Devenir du corps jaune | Hormones | Endomètre |
|---|---|---|---|
| Pas de fécondation | Dégénère à J26-J28 | Chute d’œstrogènes et de progestérone | Nécrose et desquamation → règles (J1 du cycle suivant) |
| Fécondation + nidation | Maintenu par l’HCG embryonnaire | Progestérone maintenue élevée | Endomètre maintenu, pas de règles → grossesse |
L’HCG (Human Chorionic Gonadotropin) est l’hormone sécrétée par l’embryon dès
sa nidation. C’est elle qui est détectée dans les tests de grossesse urinaires
ou sanguins.
5. Argument scientifique : dosages hormonaux et échographie ovarienne
Comment sait-on que l’ovulation est bien déclenchée par un pic de LH ? La preuve vient
du couplage entre biochimie hormonale et imagerie médicale.
Question de départ : Peut-on démontrer expérimentalement
que l’ovulation résulte du pic de LH, et pas simplement d’un rythme intrinsèque de l’ovaire ?
Protocole : Dans les études de référence (notamment celles du CNGOF
et des services d’endocrinologie de la reproduction), on suit des volontaires en bonne santé
sur un cycle complet. Chaque jour, on effectue des prises de sang pour doser par
immunodosage (méthode ELISA ou RIA) les concentrations plasmatiques de
FSH, LH, œstradiol et progestérone. En parallèle, on réalise une échographie ovarienne
tous les 2 jours pour visualiser en temps réel la croissance du follicule dominant, sa
rupture (ovulation) et l’apparition du corps jaune.
Résultats observés : La chronologie mesurée est parfaitement
reproductible d’un cycle à l’autre. Les œstrogènes montent régulièrement pendant la phase
folliculaire, culminent 24-36 h avant l’ovulation, puis on observe un pic très
marqué de LH (avec un pic plus modeste de FSH) à J13-J14. L’échographie montre alors
la disparition du follicule dominant 24-36 h après ce pic. La
progestérone plasmatique s’élève ensuite fortement en phase lutéale, prouvant la formation du
corps jaune actif. Les tests d’ovulation urinaires du commerce reposent sur ce même principe
de détection du pic de LH.
Conclusion : Le fonctionnement cyclique féminin est piloté par un
dialogue hormonal complexe entre hypothalamus, hypophyse et ovaires, articulé par des
rétrocontrôles négatifs (majorité du cycle) et un rétrocontrôle positif
ponctuel des œstrogènes déclenchant le pic de LH ovulatoire. Cette compréhension mécanistique
fine est la base scientifique de la contraception hormonale (bloquer l’axe
par un apport constant d’hormones) et de la procréation médicalement assistée
(PMA), où l’on module cet axe pour recruter plusieurs follicules et programmer une
ovulation.
Version courte, réutilisable en devoir surveillé (moins de 100 mots) :
« Le cycle féminin (~28 jours) comporte trois phases. Phase folliculaire (J1-J14) :
la FSH stimule la croissance d’un follicule dominant qui sécrète des œstrogènes ; l’endomètre
utérin se reconstitue. Ovulation (J14) : le pic de LH provoque la rupture du follicule et
l’expulsion de l’ovocyte. Phase lutéale (J14-J28) : le corps jaune sécrète progestérone
et œstrogènes, l’endomètre s’épaissit (« dentelle utérine »). Sans fécondation, le
corps jaune dégénère → règles. Avec fécondation, l’HCG embryonnaire maintient le corps jaune,
la grossesse commence. »
🧠 À retenir absolument
- Cycle féminin : ~28 jours, débute à J1 des règles.
- Phase folliculaire (J1-J14) : FSH → croissance folliculaire →
œstrogènes → reconstitution de l’endomètre. - Ovulation (J14) : pic de LH (rétrocontrôle positif des œstrogènes)
→ rupture folliculaire 24-36 h après. - Phase lutéale (J14-J28) : corps jaune → progestérone → « dentelle
utérine » prête à la nidation. - Sans fécondation : dégénérescence du corps jaune → chute hormonale → règles.
- Avec fécondation : HCG embryonnaire maintient le corps jaune →
grossesse (base des tests de grossesse).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi les règles surviennent-elles ?
Les règles sont la conséquence directe de la chute des hormones ovariennes
(œstrogènes et progestérone) lorsque le corps jaune dégénère en fin de phase lutéale. Sans
ces hormones pour la maintenir, la couche superficielle de l’endomètre se nécrose et se
détache, provoquant un saignement (2 à 7 jours en moyenne).
Peut-on ovuler pendant les règles ?
Théoriquement non, car l’ovulation survient au milieu du cycle. Mais chez les femmes ayant
un cycle court (21-22 jours) ou irrégulier, l’ovulation peut survenir dès J10-J11,
c’est-à-dire alors que la fin des règles est encore proche. C’est pourquoi le calcul des
« périodes sûres » est peu fiable comme méthode contraceptive.
Comment fonctionne la pilule contraceptive combinée ?
La pilule contient des œstrogènes et une progestérone de synthèse qui
exercent un rétrocontrôle négatif permanent sur l’axe hypothalamo-hypophysaire. Résultat :
pas de pic de FSH ni de LH, donc pas d’ovulation. En plus, la glaire cervicale reste
épaisse (imperméable aux spermatozoïdes) et l’endomètre ne se prépare pas à la nidation.
Recommandations disponibles auprès de l’ANSM et de la HAS.
Pourquoi les cycles ne sont-ils pas toujours de 28 jours ?
La durée normale s’étend de 21 à 35 jours. C’est surtout la phase folliculaire
qui varie : elle peut durer 7 à 21 jours selon les femmes et les cycles. La phase
lutéale, elle, est beaucoup plus stable (~14 jours). Les cycles peuvent aussi être
perturbés par le stress, l’alimentation, l’activité physique ou certaines pathologies.
Que se passe-t-il à la ménopause ?
Vers 50 ans, le stock de follicules ovariens s’épuise : l’ovaire ne répond plus
à la FSH et à la LH, donc plus de production d’œstrogènes ni d’ovulations. Les règles cessent
définitivement. On observe une hausse compensatoire de FSH et de LH (l’hypophyse
« essaie » de stimuler des ovaires devenus muets). Les données démographiques et
cliniques sont suivies par l’INSERM.
🚀 Pour aller plus loin
Tu veux revoir l’origine hormonale du cycle, la mise en place initiale de l’appareil
génital féminin, ou découvrir le fonctionnement de l’appareil masculin ?
- Leçon 2.1 — La puberté et les hormones sexuelles
- Leçon 1.2 — Différenciation des appareils génitaux
- Leçon 2.3 — Testicule et spermatogenèse chez l’homme
Sources scientifiques : INSERM, dossier
Cycle menstruel et hormones ; CNGOF (Collège National des Gynécologues et
Obstétriciens Français), référentiels 2023 ; ANSM et HAS, recommandations sur la
contraception hormonale ; Guyton & Hall, Textbook of Medical Physiology
(14e éd., chap. Female Reproductive Physiology) ; Campbell & Reece,
Biologie (10e éd., De Boeck).
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.