Chapitre 4 — La biodiversité change au cours du temps · Topic 2 :
L’évolution rapide observable aujourd’hui · Leçon 2.3
Le dodo de l’île Maurice a disparu vers 1680. Le grand pingouin, en 1844. Le tigre de Java, dans
les années 1970. Le rhinocéros blanc du Nord ? Il ne reste que deux femelles
au monde, en 2024. Depuis quelques décennies, le rythme des disparitions d’espèces
s’accélère à un point tel que la plupart des biologistes parlent d’une sixième crise
biologique. Cette fois-ci, la cause n’est ni un astéroïde, ni un volcanisme géant :
c’est nous. Comprendre cette crise, c’est déjà commencer à y répondre.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Définir la 6e crise biologique et la comparer aux 5 crises passées.
- Estimer le rythme actuel d’extinction (100 à 1 000 × le rythme
naturel). - Citer et expliquer les 5 causes anthropiques (acronyme HIPPO).
- Donner des exemples concrets d’espèces éteintes ou en danger.
- Analyser le rapport IPBES 2019 comme argument scientifique majeur.
🧭 Plan de la leçon
- Qu’est-ce qu’une crise biologique ? Rappel des 5 précédentes.
- La 6e crise : un rythme d’extinction sans précédent.
- Cinq causes, un acronyme : HIPPO.
- Espèces éteintes, espèces menacées : quelques exemples marquants.
- Enjeux de conservation et actions possibles.
- Argument scientifique : le rapport IPBES 2019.
1. Qu’est-ce qu’une crise biologique ?
Une crise biologique (ou extinction de masse) est une période courte à
l’échelle géologique (quelques dizaines à quelques centaines de milliers d’années) pendant laquelle
une très grande partie des espèces vivantes disparaît. Depuis 540 millions
d’années, la Terre a connu cinq crises majeures :
| Crise | Époque | % d’espèces disparues |
|---|---|---|
| Ordovicien-Silurien | −445 Ma | ~85 % |
| Dévonien | −375 Ma | ~75 % |
| Permien-Trias | −252 Ma | ~96 % (la plus grave) |
| Trias-Jurassique | −201 Ma | ~80 % |
| Crétacé-Paléogène | −66 Ma (fin des dinosaures) | ~75 % |
Aujourd’hui, les biologistes parlent d’une sixième crise biologique en cours,
déclenchée non par un phénomène naturel (astéroïde, volcanisme) mais par une seule
espèce : l’être humain, Homo sapiens.
2. La 6e crise : un rythme d’extinction sans précédent
À l’état naturel, on estime qu’une espèce de mammifère disparaît environ tous les
200 ans. Aujourd’hui, ce rythme est multiplié par 100 à 1 000
selon les groupes étudiés. Autrement dit : nous perdons chaque année ce qui prenait
jadis plusieurs siècles à disparaître.
Selon le rapport IPBES 2019, un million d’espèces
(animales et végétales) sont aujourd’hui menacées d’extinction, sur un total estimé de 8 millions.
Environ 25 % des espèces évaluées dans les groupes étudiés sont en danger
d’extinction à court ou moyen terme.
3. Cinq causes, un acronyme : HIPPO
Le biologiste Edward O. Wilson a proposé l’acronyme HIPPO pour retenir les cinq
principales causes de la 6e crise. Toutes sont liées à l’activité humaine.
| Lettre | Cause | Exemple |
|---|---|---|
| H | Habitat destruction (destruction des habitats) | Déforestation en Amazonie, urbanisation, agriculture intensive |
| I | Invasive species (espèces invasives) | Frelon asiatique en France, rat noir sur les îles |
| P | Pollution | Plastiques dans les océans, pesticides, engrais azotés |
| P | Population (croissance démographique humaine) | 8 milliards d’humains ; pression accrue sur les ressources |
| O | Over-harvesting (surexploitation) | Pêche industrielle, braconnage (rhinocéros, éléphants, requins) |
À ces 5 causes s’ajoute désormais le changement climatique d’origine humaine,
qui accélère toutes les autres : acidification des océans, remontée des espèces vers les pôles,
décalage des saisons de reproduction, blanchissement des coraux.
4. Espèces éteintes, espèces menacées : quelques exemples marquants
- Dodo (Raphus cucullatus, île Maurice) : gros oiseau non
volant, disparu vers 1680, moins d’un siècle après l’arrivée des marins européens (chasse,
porcs et rats introduits). - Grand pingouin (Pinguinus impennis) : dernier couple tué en
1844 en Islande. Chassé pour ses plumes et sa graisse. - Rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni) : il
n’en reste plus que 2 femelles vivantes (Najin et Fatu, au Kenya). Espèce
fonctionnellement éteinte à cause du braconnage pour la corne. - Amphibiens : environ 41 % des espèces d’amphibiens
sont menacées (UICN), notamment à cause du champignon Batrachochytrium dendrobatidis et
de la perte d’habitat. - Insectes pollinisateurs : le déclin des abeilles et bourdons européens
(mesuré par l’INRAE et le MNHN) menace directement la production alimentaire.
En 2010, la France a lancé le programme « Vigie-Nature », coordonné par le MNHN,
dans lequel des milliers de citoyens (élèves, amateurs, associations) comptent chaque année les
oiseaux, papillons ou plantes de leur jardin. Ces données ont montré que les
populations d’oiseaux communs des campagnes françaises ont chuté d’environ 30 %
en 30 ans. Tu peux, toi aussi, contribuer à la science citoyenne !
5. Enjeux de conservation et actions possibles
Face à cette crise, plusieurs leviers existent, à différentes échelles :
- Aires protégées : parcs nationaux, réserves naturelles, aires marines
protégées. La Convention sur la Diversité Biologique (accord de Kunming-Montréal, 2022) vise
30 % de la planète protégée d’ici 2030. - Restauration écologique : replanter des forêts, restaurer des zones
humides, réintroduire des espèces éteintes localement (lynx, loup, gypaète). - Lutte contre les espèces invasives et le braconnage.
- Sobriété et consommation responsable : moins d’artificialisation des
sols, moins de plastique, alimentation plus végétale, transports décarbonés. - Recherche et éducation : financer la recherche en biodiversité (IPBES,
UICN, MNHN, CNRS) et former les citoyens.
6. Argument scientifique : le rapport IPBES 2019
Comment sait-on qu’une « sixième crise » est vraiment en cours et pas juste une
intuition alarmiste ? La réponse tient dans un travail scientifique international sans
équivalent, publié en mai 2019 : le rapport de la
Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques
(IPBES).
Question de départ : À l’échelle mondiale, quel est le rythme réel
d’extinction des espèces, et quelles en sont les causes principales ?
Protocole : De 2016 à 2019, l’IPBES (créée en 2012, sur le modèle du
GIEC pour le climat) réunit 145 experts issus de 50 pays. Ils réalisent une
méta-analyse — c’est-à-dire une synthèse critique — d’environ
15 000 études scientifiques et de sources autochtones. Le rapport est
validé par 132 États lors d’une plénière à Paris en mai 2019.
Résultats observés : Environ 1 million d’espèces
animales et végétales sont menacées d’extinction, dont beaucoup dans les prochaines décennies.
Le rythme actuel d’extinction est 100 à 1 000 × supérieur au rythme
moyen des 10 derniers millions d’années. Cinq causes anthropiques directes sont hiérarchisées :
(1) changement d’usage des terres et des mers, (2) exploitation directe (pêche, chasse), (3)
changement climatique, (4) pollution, (5) espèces invasives.
Conclusion : Le constat est sans ambiguïté : la biodiversité
s’effondre à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine, et l’activité humaine en
est la cause principale. Le rapport insiste aussi sur le fait qu’un
« changement transformateur » est encore possible pour préserver la
nature — mais qu’il exige des actions rapides et coordonnées à toutes les échelles.
Version courte, réutilisable en devoir surveillé (moins de 100 mots) :
« La 6e crise biologique désigne l’extinction rapide de nombreuses espèces
actuellement en cours, à un rythme 100 à 1 000 × supérieur au rythme naturel. Ses causes
sont anthropiques (acronyme HIPPO : Habitat, Invasives, Pollution, Population,
Overexploitation) auxquelles s’ajoute le changement climatique. Le rapport IPBES 2019, méta-analyse
de ~15 000 études par 145 experts, conclut qu’environ 1 million d’espèces sont menacées.
Contrairement aux 5 crises passées, celle-ci est déclenchée par une seule espèce :
Homo sapiens. »
🧠 À retenir absolument
- La 6e crise biologique est en cours ; elle est anthropique.
- Rythme d’extinction : 100 à 1 000 × le rythme naturel.
- Causes = HIPPO (Habitat, Invasives, Pollution, Population,
Overharvesting) + climat. - Exemples : dodo, grand pingouin, rhinocéros blanc du Nord, amphibiens, pollinisateurs.
- Rapport IPBES 2019 : 145 experts, ~15 000 études,
1 million d’espèces menacées.
❓ Questions fréquentes
La 6e crise est-elle vraiment comparable aux 5 précédentes ?
En pourcentage d’espèces déjà éteintes, non : nous en sommes encore loin des ~75 %
de la crise des dinosaures. Mais en rythme, oui : la vitesse actuelle est
comparable, voire supérieure, à celle des crises passées. Si rien ne change, on pourrait
atteindre 75 % en quelques siècles seulement — un clin d’œil à l’échelle géologique.
Comment sait-on qu’il y a 8 millions d’espèces sur Terre ?
C’est une estimation obtenue par modélisation statistique. Seules
~2 millions d’espèces sont décrites scientifiquement à ce jour. Les extrapolations à partir
des taux de découverte dans les forêts tropicales, les océans profonds ou les sols suggèrent
qu’il en existerait 5 à 10 fois plus.
Pourquoi doit-on se soucier de la disparition d’espèces ?
Pour trois grandes raisons : (1) éthique — chaque espèce a une valeur intrinsèque ;
(2) pratique — nous dépendons des services écosystémiques (pollinisation, épuration de l’eau,
régulation du climat) ; (3) scientifique — chaque espèce perdue est une source d’information
biologique, médicale et évolutive irrémédiablement disparue.
C’est quoi l’IPBES exactement ?
La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et
les services écosystémiques, créée en 2012 sous l’égide de l’ONU. C’est l’équivalent
du GIEC, mais pour la biodiversité. Elle réunit des experts scientifiques pour produire des
rapports d’évaluation destinés aux décideurs politiques.
Que puis-je faire à mon échelle ?
Beaucoup : réduire ta consommation de viande, limiter tes déchets plastiques, privilégier
les produits locaux et de saison, participer à un programme de science citoyenne (Vigie-Nature),
soutenir une association de protection (LPO, WWF, FNE), planter des espèces locales dans ton
jardin. Aucune action individuelle ne suffit ; toutes contribuent.
🚀 Pour aller plus loin
Tu veux revoir les crises passées ou comprendre comment de nouvelles espèces apparaissent
face aux pressions actuelles ?
- Leçon 1.2 — Les crises biologiques et les extinctions massives
- Leçon 2.2 — Spéciation observable : les pinsons des Galápagos
- Leçon 2.1 — Résistance des moustiques aux insecticides
Sources scientifiques : IPBES,
Global Assessment Report on Biodiversity and Ecosystem Services (2019) ; UICN,
Liste rouge des espèces menacées ; MNHN, programme Vigie-Nature ; INRAE, études
sur les pollinisateurs ; Wilson E.O., The Future of Life (2002).
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.