Formation aide-soignant · Bloc 1 — Accompagnement et soins de la personne dans les activités de vie quotidienne · C1, C2, C3
Objectifs pédagogiques
- Connaître les besoins quotidiens en eau et les facteurs qui les modifient
- Identifier les signes précoces de déshydratation
- Mettre en œuvre les techniques d’aide à l’hydratation
- Assurer la traçabilité des apports liquidiens et contribuer au bilan hydrique
Plan de la leçon
- L’eau dans l’organisme — rôles et besoins
- Facteurs de risque de déshydratation
- Signes de déshydratation à surveiller
- Aide à l’hydratation et techniques
- Traçabilité et bilan hydrique
1. L’eau dans l’organisme — rôles et besoins
L’eau représente 60 à 70 % du poids corporel chez l’adulte. Elle est indispensable à toutes les fonctions vitales : transport des nutriments et des déchets, régulation thermique, lubrification des articulations, réactions enzymatiques.
| Situation | Apport recommandé |
|---|---|
| Adulte en bonne santé (conditions normales) | 1,5 à 2 litres par jour |
| Sujet âgé (sensation de soif diminuée) | 1,5 à 2 litres/j — à proposer activement |
| Fièvre (chaque degré au-dessus de 37°C) | +300 à 500 ml/j supplémentaires |
| Chaleur, transpiration abondante | Augmentation variable — proposer régulièrement |
| Patient sous diurétiques | Selon prescription — surveiller la diurèse |
Le saviez-vous ?
Chez le sujet âgé, la sensation de soif est physiologiquement diminuée. Un patient âgé peut être déshydraté sans ressentir le besoin de boire. C’est pourquoi l’AS doit proposer activement des boissons tout au long de la journée — sans attendre que le patient les réclame.
2. Facteurs de risque de déshydratation
Certains patients sont particulièrement exposés au risque de déshydratation :
- Personnes âgées — diminution de la sensation de soif, réduction de la masse hydrique
- Patients fébriles — pertes par sudation et tachypnée
- Patients sous diurétiques — augmentation des pertes urinaires
- Patients vomissants ou présentant une diarrhée — pertes digestives importantes
- Patients alités ou peu mobiles — difficulté à se servir en boisson de façon autonome
- Patients dysphagiques — peur de boire, restriction volontaire
- Patients confus — oubli de boire, incapacité à exprimer la soif
3. Signes de déshydratation à surveiller
| Gravité | Signes | Action AS |
|---|---|---|
| Légère | Bouche sèche, lèvres gercées, urines foncées, sensation de soif | Proposer des boissons, noter sur la feuille de surveillance |
| Modérée | Pli cutané persistant, yeux cernés, fatigue inhabituelle, diurèse diminuée | Alerter l’IDE, augmenter les apports proposés |
| Sévère | Confusion, tachycardie, hypotension, oligurie ou anurie | Appeler l’IDE immédiatement — urgence médicale |
Le pli cutané
Pour évaluer le pli cutané, pincer légèrement la peau du dos de la main ou de l’avant-bras. Chez un patient bien hydraté, la peau revient immédiatement en place. Si le pli persiste plusieurs secondes, c’est un signe de déshydratation extracellulaire à signaler à l’IDE. Attention : ce signe est moins fiable chez les personnes très âgées dont la peau a perdu son élasticité naturellement.
4. Aide à l’hydratation et techniques
| Situation | Technique |
|---|---|
| Patient autonome | Placer les boissons à portée, diversifier (eau, tisane, jus, bouillon), rappeler de boire régulièrement |
| Patient peu autonome | Proposer à boire lors de chaque passage, aider à tenir le verre si besoin |
| Patient dysphagique | Appliquer les prescriptions de texture (eau gélifiée, boissons épaissies), petites gorgées, verre à encoche nasale si disponible |
| Patient alité totalement dépendant | Installer en position semi-assise, utiliser paille ou verre bec verseur, petites quantités répétées |
Bonnes pratiques d’hydratation :
- Proposer des boissons à chaque passage au chevet
- Diversifier les boissons pour éviter la lassitude (eau, café, tisane, jus de fruits, soupe, compote liquide)
- Respecter les préférences du patient (température, type de boisson)
- Ne jamais laisser un patient dysphagique boire seul avec de l’eau ordinaire non épaissie sans prescription autorisant ce mode
- S’assurer que le verre ou la gourde est accessible et propre
5. Traçabilité et bilan hydrique
La feuille de surveillance des apports et des pertes (bilan hydrique) est un outil médical qui permet de détecter une déshydratation ou une surcharge liquidienne. L’AS y contribue en notant :
- Les entrées : boissons orales (en millilitres), eau des repas, solutés si perfusion (noté par l’IDE)
- Les sorties : diurèse (volume d’urines), vomissements, diarrhée (estimation)
| Rôle AS | Exemple concret |
|---|---|
| Mesurer ou estimer les boissons consommées | « Patient a bu environ 200 ml d’eau + 150 ml de café ce matin » |
| Mesurer la diurèse (si prescrit) | Recueillir les urines en bassin ou dans l’urinal gradué |
| Signaler les pertes anormales | Vomissements abondants, selles liquides — estimation et signalement IDE |
| Alerter si apports insuffisants | Patient n’a pas bu depuis le matin — transmettre à l’IDE |
À retenir absolument
- Besoins adulte : 1,5 à 2 L/j — augmentés en cas de fièvre, chaleur, pertes
- Sujet âgé : proposer activement sans attendre qu’il réclame (soif diminuée)
- Signes d’alerte : bouche sèche, urines foncées, pli cutané persistant → signaler à l’IDE
- Patient dysphagique : appliquer strictement les prescriptions de texture des boissons
- Traçabilité : noter les boissons consommées et signaler les apports insuffisants
Questions fréquentes
Un patient refuse de boire. Que faire ?
Chercher d’abord la raison du refus : peur de la fausse route, goût de l’eau jugé désagréable, inconfort lors de la déglutition, ou simplement oubli. Proposer des boissons variées, chaudes ou froides selon la préférence, ou des aliments à forte teneur en eau (compote, soupe, yaourt). Si le refus persiste, en informer l’IDE — une déshydratation peut nécessiter une prise en charge médicale (perfusion, bilan biologique).
L’eau gélifiée est-elle aussi hydratante que l’eau ordinaire ?
Oui, sur le plan de l’hydratation, à condition que les quantités consommées soient équivalentes. L’eau gélifiée est prescrite pour sécuriser la déglutition chez les patients dysphagiques — elle ne remplace l’eau ordinaire que si la quantité totale bue est comparable. L’AS doit encourager la consommation et tracer les quantités consommées.
Comment mesurer la diurèse d’un patient continent ?
Si le médecin prescrit un recueil des urines, le patient utilise un bassin ou un urinal gradué pour chaque miction. L’AS note le volume sur la feuille de surveillance puis vide et nettoie le contenant. Pour un patient sous sonde urinaire, l’IDE gère le recueil — l’AS peut lire le volume sur la poche et le noter si demandé.
Quels aliments contribuent significativement à l’hydratation ?
Les soupes et bouillons (90 % d’eau), les compotes et yaourts (70–80 %), les fruits frais comme le melon, les fraises ou l’orange (85–90 %). Ces aliments comptent dans le bilan hydrique et sont particulièrement utiles pour les patients qui refusent de boire mais acceptent de manger.
Un patient sous diurétiques a-t-il des besoins en eau particuliers ?
Les diurétiques augmentent les pertes urinaires et peuvent provoquer une déshydratation si les apports ne compensent pas. Le volume à boire est déterminé par le médecin selon la pathologie (parfois restriction en cas d’insuffisance cardiaque). L’AS applique la prescription et surveille attentivement les signes de déshydratation — plus fréquents dans ce contexte.
Pour aller plus loin
- Aide à la prise des repas — intégrer la surveillance de l’hydratation au moment des repas.
- Besoins nutritionnels et régimes — les régimes hydriques prescrits et leur surveillance.
- Traçabilité et méthode DAR — comment tracer les apports et les observations dans le dossier de soins.