Chapitre 6 — Adaptations à l’effort · Topic 1 · Leçon 1.2
Pour brûler les substrats énergétiques et produire de l’ATP, les muscles ont besoin d’O2. Cette leçon reprend et applique à l’exercice le trajet en 4 étapes déjà vu au Ch5 : convection ventilatoire → diffusion alvéolo-capillaire → convection sanguine → diffusion tissulaire. Chaque étape est amplifiée à l’effort.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Rappeler le trajet de l’O2 en 4 étapes ;
- Identifier ce qui est amplifié à l’effort à chaque étape ;
- Comprendre pourquoi l’ATP est le seul substrat utilisable par le muscle.
🧭 Plan de la leçon
- Les 4 étapes du trajet de l’O2
- Amplification à l’effort à chaque étape
- Sources d’énergie et ATP
1. Les 4 étapes du trajet de l’O2
| Étape | Mécanisme | Trajet |
|---|---|---|
| ① | Convection ventilatoire | Air ambiant → alvéoles pulmonaires (système ventilatoire) |
| ② | Diffusion | Alvéole → capillaire pulmonaire (membrane alvéolo-capillaire) |
| ③ | Convection cardio-circulatoire | Sang artériel → tissus périphériques (cœur, vaisseaux) |
| ④ | Diffusion tissulaire | Capillaire tissulaire → cellule → mitochondrie (muscle en action) |
À l’étape ④, l’oxydoréduction des substrats dans les mitochondries :
- Consomme de l’O2 : V̇O2 (L/min).
- Produit du CO2 : V̇CO2 (L/min).
Le rapport V̇CO2 / V̇O2 = QR (quotient respiratoire) reflète le type de substrat oxydé : ~0,7 pour les lipides, ~1 pour les glucides purs. Un athlète qui « bascule » sur la glycolyse voit son QR monter au-dessus de 1 (production de CO2 par tamponnement de l’acide lactique).
2. Amplification à l’effort à chaque étape
| Étape | Adaptation à l’effort | Facteur d’amplification |
|---|---|---|
| ① Ventilation | ↑ VE (ventilation minute) | × 20 |
| ② Diffusion alvéolo-capillaire | ↑ Capacité de diffusion (recrutement capillaires + distension) | × 3 |
| ③ Circulation | ↑ Débit cardiaque (Q) | × 4-5 |
| ④ Extraction tissulaire | ↑ Da-vO2 (extraction ↑) | × 3 |
Ces adaptations se multiplient pour permettre à la V̇O2 globale d’être multipliée par ~15-20 chez un sujet sain (et jusqu’à ~25 chez un athlète de haut niveau).
V̇O2 = Q × (CaO2 − CvO2) (équation de Fick pour la consommation d’O2)
C’est l’augmentation combinée du débit cardiaque (Q ↑↑) et de l’extraction (Da-vO2 ↑) qui explique cette multiplication à V̇O2max (voir Leçon 2.3).
3. Sources d’énergie et ATP
L’ATP (adénosine triphosphate) est composée d’adénine + ribose + 3 phosphates. Son hydrolyse libère l’énergie de la contraction musculaire :
ATP → ADP + Pi + Énergie
L’ATP est le seul substrat que la fibre musculaire peut utiliser directement pour la contraction. Autres particularités :
- Réserve intramusculaire d’ATP très faible : suffisante pour ~3 secondes de contraction maximale ;
- Nécessité d’une resynthèse permanente par les 3 filières énergétiques (voir Topic 2).
L’ATP est resynthétisée à partir de :
- Créatine phosphate (CP) : réserve intramusculaire, utilisation en anaérobie alactique (0-10 s).
- Glucose / glycogène : via glycolyse anaérobie lactique (10 s – 2 min) ou aérobie (au-delà).
- Lipides : oxydation aérobie, prédominante après ~45 min d’effort continu.
- Protéines : accessoire, en cas de déplétion prolongée en glucides et lipides.
Ces sources sont mobilisées séquentiellement mais avec chevauchement (voir Topic 2).

🧠 À retenir absolument
- Trajet de l’O2 en 4 étapes : convection ventilatoire → diffusion alvéolo-capillaire → convection sanguine → diffusion tissulaire.
- V̇O2 = consommation d’O2 ; V̇CO2 = production de CO2.
- Amplifications à l’effort : VE × 20, Q × 4-5, extraction × 3, capacité de diffusion × 3 → V̇O2 × 15-20.
- Équation de Fick : V̇O2 = Q × (CaO2 − CvO2).
- ATP = seul substrat directement utilisable. Réserve intramusculaire suffit à 3 s de contraction maximale.
- Sources de resynthèse : CP, glucose/glycogène, lipides, protéines.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi la V̇O₂ peut-elle être multipliée par 20 alors que le débit cardiaque seulement par 4-5 ?
Parce que l’extraction tissulaire d’O₂ (Da-vO₂) est aussi multipliée par ~3 à l’effort. Le sang veineux mêlé qui revenait à 75 % de saturation au repos peut redescendre à 20-25 % à l’effort intense. La V̇O₂ = Q × Da-vO₂ intègre les deux amplifications, ce qui donne bien un facteur ~15 (5 × 3) à ~20 chez un sujet moyen.
Pourquoi la réserve intramusculaire d’ATP est-elle si faible ?
Parce que l’ATP est une molécule fragile, chère à produire et à stocker. Sa concentration cellulaire est finement régulée. Le corps préfère stocker de l’énergie sous forme plus stable (glycogène, triglycérides) et resynthétiser l’ATP à la demande via les trois filières énergétiques. C’est un choix évolutif de flexibilité plutôt que de stockage massif.
Que devient le CO₂ produit par les muscles à l’effort ?
Il suit le trajet inverse de l’O₂ : diffusion vers le sang (étape 1), convection dans le sang veineux (étape 2), diffusion vers l’alvéole (étape 3), élimination par la ventilation (étape 4). La production accrue de CO₂ à l’effort majore la PvCO₂ et la CvCO₂, ce qui améliore le gradient alvéolo-capillaire et favorise l’élimination pulmonaire.
Peut-on mesurer directement la V̇O₂ ?
Oui, par calorimétrie indirecte : le patient respire dans un masque, on mesure les concentrations d’O₂ et de CO₂ dans l’air inspiré et expiré, on calcule V̇O₂ et V̇CO₂. C’est l’examen de référence en physiologie de l’exercice, utilisé pour déterminer la V̇O₂max, les seuils ventilatoires et évaluer les capacités aérobies.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.