Chapitre 6 — Adaptations à l’effort · Topic 4 · Leçon 4.2
À l’effort, le débit cardiaque augmenté n’est pas réparti uniformément. Il est redistribué massivement vers les muscles actifs (× 20 leur débit de repos), au détriment des territoires splanchnique et rénal. Cette leçon décrit cette redistribution et ses mécanismes vasomoteurs, avec un accent sur la PAM = Q × RPT et l’ouverture spécifique des artérioles musculaires.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Décrire l’évolution des débits régionaux à l’effort ;
- Comprendre la chute des RPT et l’évolution de la PA ;
- Identifier les mécanismes vasomoteurs (sympathique et métabolique) ;
- Comprendre le rôle de l’hyperhémie fonctionnelle.
🧭 Plan de la leçon
- Répartition des débits au repos et à l’effort
- Pression artérielle et résistances périphériques totales
- Mécanismes de la vasodilatation musculaire
1. Répartition des débits au repos et à l’effort
| Territoire | % Qc au repos | Évolution à l’effort | Débit local à l’effort |
|---|---|---|---|
| Muscles squelettiques actifs | 15-20 % | ↑↑↑ vasodilatation | 75-85 % du Qc (× 20 environ en valeur absolue) |
| Myocarde | 5 % | ↑ (même % mais Qc absolu ↑) | de 250 à 1 000 mL/min (× 4) |
| Cerveau (SNC) | 15 % | = non modifié en absolu | % du Qc diminue mais valeur constante |
| Territoire splanchnique et rénal | ~ 40 % | ↓↓ vasoconstriction | Fortement diminué |
| Peau | ~ 5 % | ↓ puis ↑ (thermorégulation) | Variable selon durée |
À l’effort, les besoins en O2 des muscles actifs explosent, tandis que les tributaires digestifs, rénaux et cutanés peuvent temporairement fonctionner avec moins de sang. La redistribution vers les muscles actifs est indispensable : même un Qc × 5 ne suffirait pas si le sang était simplement partagé également entre tous les organes.
Exception cérébrale : le débit cérébral reste constant en valeur absolue (autorégulation stricte), quelle que soit l’intensité de l’effort — c’est vital.
2. Pression artérielle et résistances périphériques totales
À l’effort dynamique :
- PAM augmente modérément (PAS ↑ importante, PAD stable ou légèrement ↓) ;
- RPT diminuent fortement (par vasodilatation massive dans les muscles) ;
- Q augmente beaucoup (× 4-5).
La chute des RPT est indispensable : si les RPT ne baissaient pas, l’augmentation du Q ferait exploser la PAM à des valeurs dangereuses. La vasodilatation des artérioles musculaires « ouvre la vanne » et permet au débit de s’écouler.
Au repos : Q = 5 L/min ; PA = 140/80 → PAM = 100 mmHg ; RPT = 20 mmHg/L/min.
À l’effort : Q = 20 L/min ; PA = 170/80 → PAM = 110 mmHg ; RPT = 5,5 mmHg/L/min.
Q est multiplié par 4, RPT sont divisées par 3,6, et la PAM ne monte que de 10 %. C’est un ajustement fin qui préserve la circulation.
3. Mécanismes de la vasodilatation musculaire
| Mécanisme | Origine | Effet |
|---|---|---|
| Activité sympathique | Récepteurs β2 abondants dans les vaisseaux musculaires | Vasodilatation globale ; « mise en train » de l’organisme |
| Métabolites locaux (mécanisme principal) | Muscle en activité : ↑ K+, ↑ H+, ↑ lactate, ↑ PCO2, ↓ PO2, adénosine | Vasodilatation précisément localisée aux fibres actives |
| Forces de cisaillement | Augmentation du débit → libération de NO endothélial | Vasodilatation des gros troncs artériels en amont |
Le mécanisme principal de vasodilatation à l’effort est métabolique : les métabolites libérés par les fibres actives ouvrent les canaux K+ des CML vasculaires, hyperpolarisent la membrane, ferment les canaux Ca2+, relâchent les CML et provoquent la vasodilatation locale.
Avantage majeur : cette vasodilatation est directement proportionnelle à l’intensité du métabolisme local — plus une fibre travaille, plus elle attire du débit. C’est un système auto-adaptatif d’une précision remarquable, appelé hyperhémie fonctionnelle.
L’augmentation du débit dans les gros troncs artériels en amont des muscles actifs génère des forces de cisaillement pariétal qui stimulent la production endothéliale de NO. Ce NO vasodilate les grosses artères en amont, ce qui augmente encore plus le débit vers les muscles. C’est un mécanisme de rétrocontrôle positif qui optimise la distribution du sang aux territoires actifs.
Le débit cutané a une évolution en deux temps à l’effort :
- Début : vasoconstriction cutanée (sympathique) → sang redirigé vers muscles.
- Effort prolongé : vasodilatation cutanée pour la thermorégulation (dissipation de la chaleur par convection/transpiration).
D’où la rougeur du visage et la sueur qui apparaissent après quelques minutes d’effort soutenu.




🧠 À retenir absolument
- À l’effort, jusqu’à 75-85 % du Qc vers les muscles actifs (× 20 en valeur absolue).
- Débit cérébral inchangé en valeur absolue (autorégulation).
- Débit myocardique augmente (× 4).
- Débits splanchnique et rénal diminués (vasoconstriction).
- Cutané : ↓ initial puis ↑ pour thermorégulation.
- PAM ↑ modérément, PAS ↑ importante, PAD ↓ légèrement.
- RPT ↓ fortement (vasodilatation musculaire) → sinon la PAM exploserait.
- Vasodilatation musculaire par : sympathique (β2), métabolites (mécanisme principal, hyperhémie fonctionnelle), forces de cisaillement (NO).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le débit cérébral reste-t-il constant à l’effort ?
Grâce à l’autorégulation cérébrale : les artérioles cérébrales ajustent leur diamètre pour maintenir un débit constant sur une large gamme de PAM (entre 60 et 150 mmHg). L’oxygénation neuronale est critique, la moindre variation serait catastrophique. Cette autorégulation est particulièrement fine et rapide.
Pourquoi la digestion est-elle inconfortable après un effort ?
Parce que le débit sanguin splanchnique a été redirigé vers les muscles pendant l’effort. Il faut plusieurs minutes après l’arrêt pour que le sang revienne au tube digestif. C’est pourquoi il est déconseillé de manger juste avant un effort (le sang doit choisir : digérer OU courir) et de bien attendre après un repas avant un effort intense.
Comment un mécanisme local peut-il « savoir » qu’une fibre travaille davantage ?
Simplement parce que la fibre qui travaille davantage produit davantage de métabolites (H⁺, K⁺, lactate, CO₂, adénosine). Ces métabolites diffusent dans le milieu extracellulaire et agissent sur les artérioles environnantes. Plus le travail est intense, plus les métabolites s’accumulent, plus la vasodilatation locale est forte. C’est un système d’autorégulation extrêmement élégant.
Pourquoi le sportif rougit-il pendant un effort prolongé ?
Parce que la vasodilatation cutanée s’installe pour dissiper la chaleur produite par le travail musculaire (thermorégulation). Le sang chaud arrive à la surface de la peau, où il perd de la chaleur par convection, radiation et transpiration. Sans ce mécanisme, la température corporelle exploserait rapidement (hyperthermie d’effort, coup de chaleur).
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.