Chapitre 10 — Vaccinations et prévention des maladies infectieuses · Topic 2 : Calendrier vaccinal et enjeux · Leçon 2.3
La vaccination ne s’arrête pas à l’enfance. À l’âge adulte, elle prend trois formes complémentaires : rappels pour entretenir la mémoire immune, vaccins spécifiques selon la profession, l’âge ou le terrain (femme enceinte, sujet âgé, immunodéprimé), et enfin rattrapage des vaccinations manquées. Cette leçon récapitule le cadre français et les populations cibles.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- connaître le rythme du rappel DTP chez l’adulte (tous les 20 ans jusqu’à 65 ans, puis tous les 10 ans) ;
- citer les vaccins obligatoires des professionnels de santé ;
- identifier les vaccins recommandés chez la femme enceinte (VRS au 3e trimestre, grippe, Covid) ;
- connaître les vaccins recommandés chez le sujet âgé et l’immunodéprimé ;
- expliquer pourquoi les vaccins vivants atténués sont contre-indiqués chez la femme enceinte et l’immunodéprimé ;
- appliquer le principe de rattrapage vaccinal (reprise, jamais reprise à zéro).
🧭 Plan de la leçon
- Le rappel DTP : rythme et logique
- Obligations vaccinales des professionnels de santé
- Femme enceinte, sujet âgé, immunodéprimé
- Le principe du rattrapage vaccinal
- Contre-indications et précautions
1. Le rappel DTP : rythme et logique
La mémoire immunitaire induite par le DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) n’est pas suffisamment rapide pour bloquer une infection déclarée. La vaccination initiale du nourrisson doit donc être entretenue par des rappels réguliers tout au long de la vie.
Chez l’adulte français :
- Tous les 20 ans jusqu’à 65 ans : rappels DTP à 25, 45, 65 ans ;
- Tous les 10 ans au-delà de 65 ans : rappels à 75, 85 ans, etc.
L’espacement est réduit chez le sujet âgé parce que la réponse immunitaire diminue avec l’âge (immunosénescence).
Le tétanos illustre pourquoi cette régularité importe : la bactérie Clostridium tetani, présente dans la terre souillée, n’est pas dangereuse en soi, mais sa toxine l’est. La vaccination protège en anticipant : le taux d’anticorps anti-toxine doit être suffisant au moment de la plaie.
2. Obligations vaccinales des professionnels de santé
La loi française impose plusieurs vaccinations aux professionnels de santé, pour les protéger et protéger leurs patients. Le cours Sorbonne mentionne :
| Vaccin | Objectif |
|---|---|
| DTP | Rappel régulier obligatoire, comme pour tout adulte |
| Coqueluche | Protéger les nourrissons hospitalisés (immunité courte) |
| Hépatite B (HBV) | Prévenir la contamination par accident d’exposition au sang |
| ROR | Prévenir la transmission nosocomiale (rougeole notamment) |
| Varicelle | Chez les soignants non immunisés |
| Grippe saisonnière | Protéger patients fragiles |
| Covid-19 | Obligation entrée en vigueur en 2021 |
Complément hors cours. La vaccination anti-HBV des professionnels de santé a fait disparaître l’hépatite B professionnelle en France (Santé publique France). C’est l’un des succès les plus nets de la médecine du travail au 20e siècle.
Historiquement, le BCG figurait aussi dans les obligations professionnelles (cours Sorbonne page 11). Il a été retiré de l’obligation générale des soignants en 2019, mais reste recommandé dans certains services très exposés.
⚠️ Le cours Sorbonne mentionne « BCG » et « typhoïdes » parmi les vaccins obligatoires des professionnels de santé (page 11). La législation les a fait évoluer depuis (BCG plus obligatoire pour tous les soignants ; anti-typhoïdique restreint aux personnels de laboratoire manipulant des selles). Si la question porte telle quelle sur le cours, la réponse attendue reste celle du cours.
3. Femme enceinte, sujet âgé, immunodéprimé
3.1. La femme enceinte
Chez la femme enceinte, la vaccination poursuit deux objectifs : protéger la mère et protéger le fœtus / nouveau-né par transfert transplacentaire d’anticorps.
| Vaccin | Moment | Bénéfice |
|---|---|---|
| VRS (virus respiratoire syncytial) | 3e trimestre de grossesse | Transmission des Ac au fœtus, protection contre la bronchiolite mortelle du nourrisson < 6 mois |
| Coqueluche | Chaque grossesse | Protection passive du nouveau-né avant sa propre vaccination |
| Grippe saisonnière | Pendant la saison | Éviter les formes graves chez la mère et transfert d’Ac |
| Covid-19 | Selon recommandations en cours | Protection materno-fœtale |
Les vaccins vivants atténués (ROR, varicelle, fièvre jaune, BCG) sont contre-indiqués chez la femme enceinte : risque théorique de contamination du fœtus par le vaccin lui-même. On vaccine avant la grossesse ou après l’accouchement.
3.2. Le sujet âgé (> 65 ans)
La vaccination antigrippale est recommandée annuellement chez les sujets de plus de 65 ans. Le Covid-19 reste recommandé pour tous les sujets de plus de 12 ans, avec des rappels ciblés chez les sujets âgés selon les campagnes. Le pneumocoque est recommandé chez les sujets âgés à haut risque (BPCO, insuffisance cardiaque, immunodépression).
3.3. L’immunodéprimé et le malade chronique
Chez l’immunodéprimé, deux règles fondamentales :
- on renforce la couverture par vaccins inertes (grippe, pneumocoque, méningo, Covid) ;
- on contre-indique les vaccins vivants atténués (ROR, BCG, fièvre jaune, varicelle) : risque de multiplication incontrôlée du germe vaccinal.
La règle « pas de vaccin vivant chez la femme enceinte ni chez l’immunodéprimé » est un pilier de sécurité vaccinale. Elle vaut pour toute vie professionnelle en médecine.
4. Le principe du rattrapage vaccinal
Un adulte n’ayant pas suivi le calendrier vaccinal complet dans l’enfance peut être rattrapé à tout âge. Deux principes gouvernent la manœuvre :
On ne recommence jamais un schéma vaccinal à zéro. Toute dose déjà administrée est validée. On reprend là où l’on s’est arrêté, en respectant les intervalles minimaux entre injections. La mémoire immunitaire s’est constituée : elle ne s’efface pas.
Le rattrapage DTP chez l’adulte consiste en général en 1 à 3 doses selon les antécédents, puis reprise du rythme tous les 20 ans jusqu’à 65 ans, puis tous les 10 ans. Pour le ROR, tout adulte né après 1980 non ou incomplètement vacciné doit avoir 2 doses documentées.
Complément hors cours. Le carnet de vaccination électronique mis en place par Santé publique France simplifie considérablement le rattrapage : le professionnel de santé vérifie l’historique, propose les rappels manquants et évite les surdoses. Il est accessible depuis le compte Ameli.
5. Contre-indications et précautions
Trois grandes catégories de contre-indications structurent la pratique :
| Situation | Vaccins contre-indiqués | Raison |
|---|---|---|
| Grossesse | Tous les vaccins vivants atténués | Risque théorique pour le fœtus |
| Immunodépression sévère (post-cancer, greffe, VIH avancé, traitements immunosuppresseurs) | Tous les vaccins vivants atténués | Risque de multiplication incontrôlée du germe vaccinal |
| Allergie sévère à un composant | Vaccin concerné | Risque anaphylactique |
Les vaccins inertes (inactivés, sous-unitaires, polyosidiques, ARNm) restent indiqués chez la femme enceinte et chez l’immunodéprimé, avec parfois des schémas renforcés pour compenser une moindre réponse (rappels plus fréquents, adjuvants adaptés).
🧠 À retenir absolument
- Rappel DTP : tous les 20 ans jusqu’à 65 ans, puis tous les 10 ans.
- Professionnels de santé : DTP, coqueluche, HBV, ROR, varicelle, grippe, Covid-19.
- Femme enceinte : VRS au 3e trimestre, coqueluche, grippe, Covid ; jamais de vaccin vivant atténué.
- > 65 ans : grippe annuelle, pneumocoque si à risque, Covid selon campagne.
- Immunodéprimé : renforcer les vaccins inertes, éviter les vivants.
- Rattrapage : on ne repart jamais à zéro, on reprend là où l’on s’est arrêté.
- Les vaccins inertes restent indiqués chez la femme enceinte et l’immunodéprimé.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le rappel DTP se rapproche-t-il après 65 ans ?
Parce que la réponse immunitaire s’affaiblit avec l’âge (immunosénescence). Le taux d’anticorps décroît plus vite chez le sujet âgé, et il faut plus fréquemment le réactiver pour maintenir une protection efficace, notamment vis-à-vis du tétanos.
Pourquoi vacciner la femme enceinte contre le VRS ?
Le VRS est responsable de la bronchiolite, potentiellement mortelle chez le bébé pendant ses six premiers mois. Vacciner la mère au 3ᵉ trimestre lui fait produire des anticorps qui traversent le placenta et protègent le nouveau-né avant qu’il ne soit lui-même vaccinable.
Pourquoi les vaccins vivants sont-ils interdits chez l’immunodéprimé ?
Parce que le germe atténué contenu dans le vaccin garde une capacité de multiplication. Chez un sujet aux défenses effondrées, cette multiplication peut échapper au contrôle immun et provoquer la maladie que le vaccin est censé prévenir.
Faut-il reprendre à zéro un schéma DTP interrompu ?
Non. La mémoire immunitaire acquise ne s’efface pas. On reprend simplement les doses manquantes en respectant les intervalles minimaux. C’est une règle constante en vaccinologie et un piège classique d’examen.
Un professionnel de santé peut-il refuser un vaccin obligatoire ?
Non : le refus d’un vaccin obligatoire l’expose à une interdiction d’exercice dans les structures de soins. La logique est celle de la protection des patients, souvent fragiles, qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes contre une contamination nosocomiale.
🚀 Pour aller plus loin
Tu boucles le calendrier vaccinal. Prolonge sur les principes, la pharmacovigilance et l’offre de soins :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. Synthèse rédigée avec assistance IA. L’équipe Réussir SVT.