Relations interspécifiques et survie
Les populations ne vivent pas isolées : elles interagissent en permanence avec celles des autres espèces.
Un renard mange un lapin (prédation), deux espèces d’oiseaux se disputent les mêmes nids (compétition),
des pucerons colonisent une rose tout en étant « gardés » par des fourmis (parasitisme + mutualisme).
Ces relations façonnent l’abondance des espèces, leur évolution et la structure des communautés.
Elles sont au cœur de la dynamique des populations.
🎯 Objectifs de la leçon
- Identifier et définir les cinq types de relations interspécifiques
- Expliquer les cycles prédateur-proie (cycles de Lotka-Volterra)
- Comprendre le principe d’exclusion compétitive
- Définir la coévolution et l’illustrer par des exemples
📋 Plan
- Tableau des relations interspécifiques
- Prédation : cycles prédateur-proie
- Compétition : le principe d’exclusion compétitive
- Parasitisme et coévolution
1. Tableau des relations interspécifiques
| Type | Effet sur A | Effet sur B | Exemple |
|---|---|---|---|
| Prédation | + (le prédateur se nourrit) | − − (la proie est tuée) | Lynx et lièvre ; requin et poisson |
| Parasitisme | + (le parasite profite) | − (l’hôte est affaibli) | Tique et mammifère ; gui et chêne ; plasmodium (paludisme) et humain |
| Compétition | − (les ressources diminuent) | − (les ressources diminuent) | Deux espèces d’écureuils pour les mêmes glands ; plantes pour la lumière |
| Mutualisme / Symbiose | + (bénéfice) | + (bénéfice) | Abeilles et fleurs ; clown et anémone ; mycorhizes |
| Commensalisme | + (bénéfice) | 0 (neutre) | Rémora et requin ; éphiphyte sur un arbre |
2. Prédation : cycles prédateur-proie
La prédation régule les deux populations impliquées.
Les modèles mathématiques de Lotka et Volterra (1920-1925) prédisent des oscillations cycliques
entre les effectifs du prédateur et de la proie — confirmées par de nombreuses observations réelles.
🦊🐰 Le cycle lynx-lièvre (Canada)
Les données de la Compagnie de la Baie d’Hudson (registres de fourrures depuis 1845) montrent des cycles
d’environ 10 ans entre lynx et lièvre du Canada :
- Les lièvres sont abondants → les lynx trouvent beaucoup de nourriture → les lynx se reproduisent beaucoup.
- Les lynx sont abondants → la prédation est intense → les lièvres diminuent.
- Les lièvres se raréfient → les lynx manquent de nourriture → les lynx diminuent.
- Moins de lynx → les lièvres se reproduisent sans prédation intense → les lièvres remontent.
- Retour à l’étape 1 → cycle de 10 ans.
Décalage temporel : le pic des prédateurs suit toujours celui des proies avec un décalage de 1-2 ans.
3. Compétition : le principe d’exclusion compétitive
La compétition interspécifique se produit entre deux espèces utilisant les mêmes ressources limitées
(nourriture, espace, lumière). Elle peut mener à :
🏆 Le principe d’exclusion compétitive (Gause, 1934)
Deux espèces occupant exactement la même niche écologique (même ressources, même espace, même rythme)
ne peuvent pas coexister indéfiniment : l’une finit par éliminer l’autre (exclusion compétitive).
En pratique, la coexistence est possible si les espèces se spécialisent légèrement sur des ressources
différentes (partage de niche). Exemple : les nombreuses espèces de parulines aux États-Unis se nourrissent
toutes dans les mêmes épicéas mais à des hauteurs différentes → niches distinctes → coexistence.
🐿️ L’écureuil roux évincé par l’écureuil gris en Grande-Bretagne
L’écureuil gris (Sciurus carolinensis), introduit d’Amérique du Nord en Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle,
a quasi-éliminé l’écureuil roux (Sciurus vulgaris) par compétition. L’écureuil gris est plus grand,
moins sensible au virus de la variole des écureuils (qu’il transporte sans en souffrir) et capable de digérer
des glands encore verts. Il occupe la même niche que l’écureuil roux mais est plus efficace → exclusion compétitive.
4. Parasitisme et coévolution
🦠 Le parasitisme
Le parasite vit aux dépens de son hôte, qu’il affaiblit sans le tuer immédiatement (sinon il perdrait sa source
de nourriture). Les parasites peuvent être :
- Ectoparasites : vivent à l’extérieur de l’hôte (tiques, puces, poux).
- Endoparasites : vivent à l’intérieur de l’hôte (vers intestinaux, plasmodium, virus).
- Parasitoïdes : cas particulier où la larve tue l’hôte à maturité (guêpes parasites de chenilles).
🔄 La coévolution
Deux espèces en interaction évoluent souvent ensemble : les adaptations de l’une sélectionnent de nouvelles
adaptations chez l’autre, en un cycle continu. C’est la coévolution.
- Prédateur-proie : la gazelle court plus vite → le guépard court plus vite → la gazelle plus rapide → …
- Plante-pollinisateur : certaines orchidées ont une fleur en forme d’insecte femelle → trompent les mâles (pollinisation sans récompense). L’Angraecum sesquipedale (Madagascar) a un éperon de 30 cm → Darwin a prédit en 1862 qu’il devait exister un pollinisateur avec une trompe de 30 cm → confirmé par le sphinx Xanthopan morganii en 1903 !
- Hôte-parasite : les lapins australiens résistants à la myxomatose + virus moins virulent → coévolution hôte-parasite.
🧠 À retenir absolument
- 5 types de relations : prédation (+/−−), parasitisme (+/−), compétition (−/−), mutualisme (+/+), commensalisme (+/0).
- Cycles prédateur-proie : le prédateur suit la proie avec un décalage de 1-2 ans (modèle Lotka-Volterra, confirmé par lynx-lièvre).
- Exclusion compétitive (Gause) : deux espèces à même niche écologique ne coexistent pas — l’une élimine l’autre ou elles divergent.
- Coévolution : deux espèces en interaction évoluent mutuellement (prédateur-proie, fleur-pollinisateur, hôte-parasite).
❓ Questions fréquentes
Un virus est-il un parasite ?
Oui, au sens biologique large. Un virus est un parasite intracellulaire obligatoire : il ne peut se reproduire qu’en infectant des cellules vivantes, dont il détourne la machinerie (ribosomes, ARN polymérase, etc.) à son profit. Il affaiblit (voire tue) l’hôte. Les virus remplissent parfaitement la définition du parasitisme : avantage pour le parasite (+), désavantage pour l’hôte (−). La virologie est donc une branche de la parasitologie au sens large.
La compétition interspécifique mène-t-elle toujours à l’élimination d’une espèce ?
Non, seulement quand les niches sont identiques (exclusion compétitive de Gause). En pratique, les espèces qui semblent en compétition ont souvent des niches légèrement différentes (préférences alimentaires, horaires d’activité, microhabitats distincts). Cette différenciation de niche permet la coexistence stable. De plus, la compétition est rarement si intense en milieu naturel : d’autres facteurs (prédation, parasitisme, perturbations) maintiennent les populations en dessous de la capacité limite et réduisent la compétition.
Est-ce que le mutualisme peut devenir du parasitisme ?
Oui, les relations écologiques peuvent évoluer ! La symbiose entre algues et champignons dans les lichens est très ancienne et stable. Mais certaines associations obligatoires peuvent devenir exploitées : les figuiers et les guêpes figaires ont une relation de mutualisme très étroit (la guêpe pollinise la figue en échange de nourriture et d’un site de ponte). Mais certaines guêpes se comportent en « tricheurs » : elles pondent dans les figues sans les polliniser → parasitisme de la relation de mutualisme. Ces transitions montrent la plasticité des relations écologiques sur des échelles évolutives.
Comment les proies évoluent-elles pour échapper à leurs prédateurs ?
Les stratégies anti-prédation sont très diverses : camouflage (homochromie : poulpe, insectes-feuilles), mimétisme (la couleuvre de lait imite le serpent corail venimeux), chimique (crapaud buffon sécrète des toxines), comportemental (jouer le mort, former des bancs de poissons, fuir en zigzag), avertissement (coloration vive des espèces toxiques — aposématisme). Chaque stratégie est le résultat d’une coévolution : les prédateurs qui ne reconnaissent pas les avertissements meurent, ceux qui évitent les proies mimétiques survivent.
Qu’est-ce que la niche écologique d’une espèce ?
La niche écologique est l’ensemble des conditions (température, humidité, ressources alimentaires, compétiteurs, prédateurs…) dans lesquelles une espèce peut vivre et se reproduire avec succès. C’est en quelque sorte le « métier » ou le « rôle » de l’espèce dans l’écosystème. Deux espèces occupant exactement la même niche ne peuvent pas coexister (exclusion compétitive). En réalité, la niche est multidimensionnelle — elle peut être décrite dans un espace à n dimensions où chaque variable écologique est un axe.