Formation IFSI · Module A — Sciences infirmières et raisonnement clinique
Formation aide-soignant · Bloc 5 — Travail en équipe pluri-professionnelle · C10, C11
Avant de soigner, il faut comprendre d’où vient ce geste de soin et dans quel système il s’inscrit. Les professions de santé que nous connaissons aujourd’hui — médecins, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes — n’ont pas toujours existé sous cette forme. Elles sont le fruit d’une longue histoire faite de découvertes scientifiques, d’évolutions sociales et de choix politiques. Cette leçon retrace ces grandes étapes et présente l’organisation du système de santé français dans lequel vous exercerez demain.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, vous saurez :
- Retracer les grandes étapes de l’histoire des professions de santé, de l’Antiquité au XXIe siècle.
- Expliquer comment les professions de santé ont été réglementées en France.
- Identifier les principaux acteurs et institutions du système de santé français.
- Décrire le concept de parcours de soins coordonné et la place de l’infirmier.
- Situer la profession infirmière française dans le contexte européen et international.
🧭 Plan de la leçon
- Des premiers soignants à la médecine scientifique
- Naissance et réglementation des professions de santé en France
- Le système de santé français : organisation et acteurs
- Parcours de soins coordonné et place de l’infirmier
- Dimension européenne et internationale
1. Des premiers soignants à la médecine scientifique
Toutes les civilisations humaines ont développé des pratiques de soin. Dans l’Antiquité, guérisseurs, prêtres et sages-femmes coexistaient en combinant rites religieux et remèdes empiriques. En Grèce, Hippocrate (460–370 av. J.-C.) marque une rupture décisive : il sépare la médecine de la religion et pose les bases d’une observation clinique rigoureuse. Son serment, reformulé au fil des siècles, demeure une référence éthique universelle.
Au Moyen Âge, le soin s’organise autour des monastères et des hôtels-Dieu tenus par des communautés religieuses — premières formes d’hospitalisation. Les barbiers-chirurgiens pratiquent les gestes opératoires tandis que les apothicaires préparent les remèdes. La séparation entre « médecins lettrés » et « chirurgiens manuels » perdurera jusqu’à la Révolution française.
Le XIXe siècle est celui de la révolution scientifique : les travaux de Pasteur sur les microbes (1857–1878), de Lister sur l’antisepsie (1867) et de Koch sur la bactériologie transforment radicalement la médecine. L’hôpital passe de lieu d’assistance aux pauvres à lieu de soin et de recherche médicale. C’est dans ce contexte que Florence Nightingale fonde les premières écoles d’infirmières professionnelles (1860, Londres) et pose les principes de l’hygiène hospitalière.
1860 — Florence Nightingale ouvre la première école d’infirmières professionnelles à l’hôpital St Thomas de Londres. En s’appuyant sur la statistique et l’observation systématique, elle démontre que les conditions d’hygiène déterminent la mortalité hospitalière. Cette démarche fondée sur des données constitue l’ancêtre de l’Evidence-Based Nursing (EBN) contemporain.
2. Naissance et réglementation des professions de santé en France
La réglementation moderne des professions de santé en France commence avec la loi du 4 thermidor an XI (1803), qui instaure un diplôme d’État obligatoire pour exercer la médecine et la pharmacie. Cette loi met fin au désordre post-révolutionnaire et fonde le principe de l’exercice réglementé, toujours en vigueur.
La profession infirmière, longtemps assurée par des religieuses et des auxiliaires bénévoles, se professionnalise progressivement :
| Date | Étape clé | Portée |
|---|---|---|
| 1902 | Création du brevet de capacité d’infirmière | 1re reconnaissance officielle |
| 1922 | Premier diplôme d’État d’infirmière | Formation standardisée (2 ans) |
| 1978 | Décret fixant les actes infirmiers | Définition du périmètre d’exercice |
| 1992 | Réforme des études (3 ans, IFSI) | Élévation du niveau de formation |
| 2006 | Création de l’Ordre national des infirmiers | Régulation déontologique autonome |
| 2009 | Universitarisation (LMD — grade licence) | Reconnaissance académique européenne |
| 2026 | Arrêté du 20 février 2026 — nouveau référentiel | Compétences actualisées, 6 domaines |
Les autres professions de santé ont suivi des trajectoires similaires : la kinésithérapie est reconnue en 1946, l’orthophonie en 1964. Aujourd’hui, le Code de la santé publique recense plus de trente professions de santé réglementées, réparties en professions médicales (médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes), professions pharmaceutiques et professions d’auxiliaires médicaux (dont les infirmiers).
3. Le système de santé français : organisation et acteurs
La France dispose d’un système de santé universaliste, financé principalement par la Sécurité sociale (créée en 1945), qui associe solidarité nationale et liberté de choix du professionnel de santé. Il est régulièrement classé parmi les meilleurs au monde pour l’accès aux soins et la prise en charge des maladies graves.
L’organisation du système repose sur plusieurs niveaux :
| Niveau | Acteur / Institution | Rôle principal |
|---|---|---|
| National | Ministère chargé de la Santé | Politique de santé, législation, financement |
| National | HAS (Haute Autorité de Santé) | Évaluation des pratiques, recommandations, accréditation |
| National | CNAM (Assurance maladie) | Remboursement des soins, prévention, données de santé |
| Régional | ARS (Agence Régionale de Santé) | Planification, autorisation, inspection des établissements |
| Local | CH, CHU, cliniques, EHPAD | Soins hospitaliers et médico-sociaux |
| Local | Médecine libérale, CPTS, MSP | Soins ambulatoires, premier recours, coordination |
La France compte environ 500 000 infirmiers en exercice, dont environ 120 000 en exercice libéral. Avec les aides-soignants (près de 600 000), les infirmiers constituent le premier corps professionnel du système de santé français — bien avant les médecins (environ 220 000). L’infirmier est donc un acteur central, et non périphérique, de l’offre de soins.
4. Parcours de soins coordonné et place de l’infirmier
La réforme de l’Assurance maladie de 2004 a instauré le concept de parcours de soins coordonné : chaque assuré choisit un médecin traitant qui coordonne ses soins, oriente vers les spécialistes et assure la continuité de la prise en charge. Ce modèle vise à éviter les redondances, améliorer la qualité et maîtriser les dépenses.
Dans ce parcours, l’infirmier intervient à plusieurs niveaux :
- Soins de premier recours : soins à domicile, suivi des maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque…), éducation thérapeutique du patient.
- Soins hospitaliers : prise en charge en service de soins aigus, réanimation, bloc opératoire, SSPI, etc.
- Coordination interprofessionnelle : participation aux réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), transmission des informations cliniques, liaison ville–hôpital.
- Prévention : programmes de dépistage, vaccination (prescription et administration depuis 2021 pour les infirmiers), promotion de la santé.
Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) et les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) sont les structures phares de la coordination ambulatoire. Elles réunissent médecins, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes et autres professionnels autour d’un projet de santé commun. L’infirmier y occupe souvent un rôle pivot, notamment dans le suivi des patients chroniques et les protocoles de coopération.
5. Dimension européenne et internationale
La profession infirmière dépasse largement les frontières françaises. Au niveau européen, la directive 2005/36/CE sur la reconnaissance des qualifications professionnelles (révisée en 2013) permet aux infirmiers formés dans un pays de l’Union européenne d’exercer dans un autre État membre après vérification de leur diplôme. La France applique cette directive via le système de reconnaissance automatique pour les formations répondant aux critères communs.
À l’échelle mondiale, le Conseil International des Infirmières (CII / ICN), fondé en 1899, regroupe les associations infirmières de plus de 130 pays. Il élabore des standards de pratique, défend les droits des infirmiers et porte la voix de la profession auprès des institutions internationales (OMS, ONU). La stratégie de l’OMS « Nursing Now » (2018–2020), prolongée par le plan d’action mondial sur le personnel de santé, a placé les infirmiers au cœur des priorités de santé mondiale.
LMD et grade licence (2009) : l’intégration des études infirmières dans le système universitaire Licence–Master–Doctorat permet aux diplômés d’État d’obtenir 180 crédits ECTS (grade licence). Conséquences : reconnaissance académique européenne, passerelles vers des masters de pratique avancée (IPA — infirmier en pratique avancée, créé en 2018), et développement d’une recherche en soins infirmiers propre à la discipline.
🧠 À retenir absolument
- Les professions de santé sont le fruit d’une longue histoire : de l’empirisme antique à la médecine fondée sur les preuves, en passant par la révolution pasteurienne du XIXe siècle.
- En France, la réglementation commence avec la loi du 4 thermidor an XI (1803) ; le premier diplôme d’État infirmier date de 1922.
- Le système de santé français repose sur la Sécurité sociale (1945) et s’organise en trois niveaux : national (Ministère, HAS, CNAM), régional (ARS), local (établissements et professionnels libéraux).
- Le parcours de soins coordonné (2004) place le médecin traitant au centre de la coordination, avec l’infirmier comme acteur pivot des soins de premier recours et de la prévention.
- La directive 2005/36/CE organise la reconnaissance mutuelle des diplômes en Europe ; le CII représente la profession à l’échelle mondiale.
- Depuis 2009, le diplôme d’État infirmier confère le grade licence (180 ECTS) et ouvre l’accès aux masters de pratique avancée (IPA).
❓ Questions fréquentes
Quelle différence entre un auxiliaire médical et un professionnel de santé médical ?
Le Code de la santé publique distingue les professions médicales (médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes), qui disposent de l’autonomie diagnostique et thérapeutique, des professions d’auxiliaires médicaux (infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, etc.), dont certains actes s’exercent sur prescription médicale. Toutefois, depuis la loi de 2019 et les récentes évolutions, les infirmiers disposent d’un périmètre de prescription propre croissant, notamment dans le cadre de la pratique avancée (IPA) et des vaccinations.
Qu’est-ce que l’Ordre national des infirmiers et quel est son rôle ?
Créé par la loi du 21 décembre 2006, l’Ordre national des infirmiers (ONI) est une institution publique indépendante qui regroupe obligatoirement tous les infirmiers exerçant en France (salariés et libéraux). Ses missions : veiller au respect du code de déontologie, traiter les plaintes disciplinaires, maintenir le tableau national des infirmiers et représenter la profession auprès des pouvoirs publics. Il ne faut pas le confondre avec les syndicats professionnels (FNI, SNIIL…) dont l’adhésion est volontaire.
Qu’est-ce qu’une ARS et pourquoi est-elle importante pour les infirmiers ?
Les Agences Régionales de Santé (18 en France métropolitaine et outre-mer) sont des établissements publics placés sous l’autorité du Ministère de la Santé. Elles autorisent les établissements de soins et médico-sociaux, financent des projets de santé territoriaux, contrôlent la qualité des soins et planifient l’offre de santé dans leur région. Pour un infirmier, l’ARS est l’interlocuteur lorsqu’il crée une société d’exercice libéral, lorsqu’une structure de soins souhaite obtenir une autorisation, ou dans le cadre des protocoles de coopération.
Qu’est-ce que l’infirmier en pratique avancée (IPA) et comment y accéder ?
L’infirmier en pratique avancée (IPA), créé par le décret du 18 juillet 2018, est un infirmier titulaire d’un master (bac+5) qui exerce dans un champ spécialisé : pathologies chroniques stabilisées, oncologie et soins palliatifs, psychiatrie et santé mentale, urgences ou néonatologie. Il peut réaliser des actes de diagnostic, de suivi clinique et de prescription habituellement réservés aux médecins, dans le cadre d’un protocole d’organisation avec un médecin. L’accès au master IPA nécessite le diplôme d’État infirmier et minimum 3 ans d’exercice clinique.
Comment la France se situe-t-elle par rapport aux autres pays européens en matière de densité infirmière ?
Avec environ 10 à 11 infirmiers pour 1 000 habitants, la France se situe dans la moyenne européenne, mais en dessous des pays nordiques (Norvège, Finlande : 17–18 pour 1 000) et de l’Allemagne (13 pour 1 000). La France présente cependant d’importantes inégalités territoriales : les déserts médicaux ruraux et certaines banlieues souffrent d’une densité insuffisante. Le développement des IPA et des CPTS vise précisément à compenser ces déséquilibres en renforçant le rôle des infirmiers dans les zones sous-dotées.
🚀 Pour aller plus loin
Cette leçon vous a donné les repères historiques et institutionnels de base. Voici les prochaines étapes dans ce chapitre :
- Leçon 1-2 — Périmètre des professions de santé et place dans le parcours de soins
- Leçon 1-3 — Langage professionnel commun et terminologie clinique
- Leçon 2-1 — Histoire et évolution de la profession infirmière
Sources : Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier (JORF n°0048 du 25 février 2026) · Ordre national des infirmiers, Rapport annuel · HAS, Organisation du système de santé français · OCDE, Health at a Glance 2023 · Conseil International des Infirmières (CII/ICN), Nurse Practitioner/Advanced Practice Nursing Network.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI A.1