Contenu du cours
Les continents, mémoire des orogenèses passées
Discordances, chevauchements sismiques, gneiss exhumés : les marqueurs des chaînes anciennes. La France abrite trois orogenèses superposées : cadomienne (Massif armoricain), hercynienne (Massif central, Vosges), alpine (Alpes, Pyrénées). Continents jusqu'à 4 Ga, océans 180 Ma maximum.
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Les ophiolites : témoins d’océans disparus
Fragments de lithosphère océanique piégés sur les continents. Séquence : sédiments à radiolaires, basaltes en coussins, gabbros, péridotites. Le Chenaillet (obduction, schiste vert) et le Mont Viso (subduction, éclogite à grenat) racontent la Téthys ligure.
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La fragmentation continentale et l’océanisation
Sous l'effet de panaches mantelliques, la lithosphère se fracture en failles listriques et blocs basculés. Sédiments anté-/syn-/post-rift datent le rifting. Rift est-africain actuel, marges téthysiennes alpines anciennes, mer Rouge en accrétion océanique.
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Cycles de Wilson et paléogéographie
Le cycle de Wilson (1968) en 6 étapes : rift, jeune océan, océan mature, fermeture, collision, érosion. Les Alpes illustrent un cycle complet. Pangée à 300 Ma, France équatoriale au Carbonifère. La Terre est cyclique à 300-500 Ma.
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Collision continentale et pénéplanation
La collision continentale et la pénéplanation Collision continentale = plis, failles inverses, chevauchements, nappes de charriage (Alpes, Pyrénées). Métamorphisme régional : gneiss, migmatites en profondeur. Isostasie (Airy 1855) et érosion exhument les roches profondes : pénéplaine, discordance angulaire.
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Le passé mouvementé de la Terre
Durée estimée : 14 min Niveau : Terminale spé SVT Position : Topic 2 — Leçon 2.1

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • Définir une ophiolite et son intérêt géologique
  • Décrire la structure verticale d’une lithosphère océanique
  • Identifier les principales roches : péridotites, gabbros, basaltes, sédiments à radiolaires
  • Comprendre pourquoi les ophiolites sont des fenêtres directes sur les océans disparus

1. Qu’est-ce qu’une ophiolite ?

Ophiolite (du grec « ophis » = serpent, en référence à l’aspect serpentineux de certaines roches qui la composent) : fragment de lithosphère océanique ancienne, préservé et porté sur un continent lors d’une collision tectonique. Les ophiolites permettent d’observer en surface des roches qui se sont formées au fond d’un océan aujourd’hui disparu.

Une ophiolite est donc une fenêtre directe sur les océans du passé. Sans elles, on ne pourrait pas étudier la lithosphère océanique antérieure à 180 Ma, car cette dernière a été subductée. Les ophiolites sont l’équivalent géologique d’archives sauvées du recyclage.

2. La structure verticale d’une lithosphère océanique

Au niveau d’une dorsale, la lithosphère océanique se forme par accrétion : du magma issu du manteau remonte et cristallise progressivement. La structure résultante est stratifiée verticalement. De haut en bas :

NiveauRocheOrigineÉpaisseur
SurfaceSédiments à radiolaires, calcaires pélagiquesDépôts en domaine océanique profondVariable (mètres à centaines de mètres)
Croûte supérieureBasaltes en coussins (pillow lavas)Lave qui s’épanche au contact de l’eau froide~0,5-1 km
Croûte moyenneComplexe filonien (sheeted dykes)Empilement de filons de basalte verticaux~1-1,5 km
Croûte inférieureGabbrosCristallisation lente du magma dans la chambre magmatique~4-5 km
Manteau lithosphériquePéridotitesRoches mantelliques (olivine, pyroxène)Plusieurs dizaines de km

Cette séquence — sédiments / basaltes en coussins / filons / gabbros / péridotites — est appelée séquence ophiolitique complète. Quand on observe sur un continent cette succession de roches dans cet ordre vertical, on a la signature non équivoque d’une ancienne lithosphère océanique.

3. Les roches caractéristiques en détail

3.1 Les sédiments à radiolaires

Les radiolaires sont des protozoaires planctoniques marins à test siliceux (SiO₂). Quand ils meurent, leurs tests s’accumulent au fond des océans profonds (sous la profondeur de compensation des carbonates). Avec le temps, ils forment des radiolarites, roches siliceuses fines et dures.

La présence de radiolarites dans une ophiolite est un marqueur précieux : elle indique que la lithosphère océanique était à grande profondeur (>4 km environ), donc dans un véritable domaine océanique.

3.2 Les basaltes en coussins

Quand la lave basaltique s’épanche au contact de l’eau de mer froide, sa surface se refroidit très rapidement et forme une « peau » solide. La lave continue à s’épancher à l’intérieur de cette peau, qui se déforme en boules ou coussins (pillow lavas). Cette morphologie particulière est exclusive au volcanisme sous-marin : la voir signifie qu’on est face à du volcanisme océanique.

3.3 Le complexe filonien

Les filons de basalte (dykes) sont des injections verticales de magma dans des fissures. Au niveau d’une dorsale en extension, ces filons se mettent en place les uns après les autres, parallèlement entre eux. On observe en coupe un empilement de filons accolés, formant le « complexe filonien ». C’est la signature directe de l’extension à la dorsale.

3.4 Les gabbros

Les gabbros sont des roches plutoniques basiques de même composition chimique que les basaltes, mais cristallisées lentement en profondeur (dans la chambre magmatique sous la dorsale). Cristaux visibles à l’œil nu (mm à cm) : pyroxènes, plagioclase, parfois olivine.

3.5 Les péridotites

Les péridotites sont des roches du manteau lithosphérique, riches en olivine (verte) et pyroxène. Quand elles entrent en contact avec de l’eau de mer (hydratation), elles se transforment partiellement en serpentinites — d’où le nom d’« ophiolite » qui évoque l’apparence serpentineuse de ces roches transformées.

4. Une histoire de la découverte

Les ophiolites ont été nommées en 1813 par le géologue français Alexandre Brongniart (déjà rencontré au cours 1B.1 pour ses travaux sur le Bassin parisien). Mais leur interprétation comme vestiges d’océans disparus n’a été établie qu’avec la théorie de la tectonique des plaques (années 1960-1970).

L’étude pionnière a été menée sur l’ophiolite de Troodos (Chypre), où la séquence complète est exceptionnellement bien préservée. C’est à Troodos qu’on a compris pour la première fois qu’on avait sous les yeux un fragment de plancher océanique exhumé.

Aujourd’hui, on connaît des dizaines d’ophiolites majeures dans le monde : Oman, Troodos (Chypre), Terre-Neuve (Canada), Tibet, Alpes… Chacune offre des informations spécifiques sur les océans disparus.

5. Pourquoi sont-elles préservées ?

Normalement, une lithosphère océanique plonge en subduction et disparaît dans le manteau. Comment une ophiolite arrive-t-elle alors à la surface d’un continent ? Deux mécanismes principaux, étudiés dans les leçons 2.2 et 2.3 :

  • Obduction : la lithosphère océanique chevauche un continent au lieu de plonger sous lui. Elle est préservée à la surface, métamorphisée à basse pression (faciès schistes verts).
  • Subduction puis exhumation rapide : la lithosphère océanique plonge, est métamorphisée à haute pression (faciès schistes bleus ou éclogites), puis remonte rapidement avant de fondre. Elle est exhumée tectoniquement.

Ce qu’il faut retenir

  • Une ophiolite = fragment de lithosphère océanique ancienne, préservé sur un continent
  • Séquence verticale complète : sédiments à radiolaires / basaltes en coussins / complexe filonien / gabbros / péridotites
  • Les basaltes en coussins sont la signature exclusive du volcanisme sous-marin
  • Les radiolarites (siliceuses) signent un dépôt en domaine océanique profond
  • Le terme « ophiolite » (Brongniart, 1813) vient de l’aspect serpentineux des péridotites hydratées
  • Ophiolites célèbres : Troodos (Chypre), Oman, Alpes, Terre-Neuve, Tibet
  • Préservation par obduction (faciès schistes verts) ou par subduction + exhumation rapide (faciès schistes bleus / éclogites)
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