Chapitre 14 — Mutations, génome et santé · Topic 1 · Leçon 1.1
🎯 Objectifs pédagogiques
- définir une maladie monogénique et un allèle pathologique ;
- distinguer les trois principaux modes de transmission : autosomique récessif, autosomique dominant, lié à l’X ;
- lire et interpréter un arbre généalogique ;
- citer des exemples de maladies monogéniques et leur transmission ;
- construire un argument scientifique sur la transmission d’une maladie monogénique.
🧭 Plan de la leçon
- Maladies monogéniques : définition et rappels de génétique
- Mode autosomique récessif (mucoviscidose, drépanocytose)
- Mode autosomique dominant (maladie de Huntington)
- Mode lié à l’X (hémophilie, daltonisme)
- Lecture d’un arbre généalogique : argument scientifique
1. Maladies monogéniques : définition et rappels de génétique
Une maladie monogénique (ou maladie mendélienne) est causée par la mutation d’un seul gène. L’allèle muté est dit allèle pathologique. Selon les propriétés de cet allèle, la maladie peut se transmettre selon différents modes.
Rappels essentiels :
- Allèle récessif : ne s’exprime (ne provoque la maladie) que si l’individu est homozygote pour cet allèle (deux copies du même allèle muté). Un individu portant un seul allèle muté (hétérozygote) est porteur sain — il ne développe pas la maladie mais peut la transmettre.
- Allèle dominant : une seule copie suffit à provoquer la maladie, même chez un hétérozygote (génotype Aa).
- Chromosomes sexuels : chez l’humain, ♀ = XX, ♂ = XY. Les gènes portés sur le chromosome X (liés à l’X) ont un comportement particulier chez les mâles (hémizygotes — une seule copie du chromosome X).
2. Mode autosomique récessif (mucoviscidose, drépanocytose)
Le gène muté est porté par un autosome (chromosome non sexuel, 1 à 22). L’allèle pathologique est récessif.
Caractéristiques de l’arbre généalogique :
- La maladie touche autant les hommes que les femmes (car le gène est sur un autosome).
- Des parents sains (porteurs hétérozygotes Aa × Aa) peuvent avoir un enfant malade (homozygote aa).
- On peut avoir des générations sans individus malades (porteurs non malades).
- Probabilité qu’un enfant de deux porteurs sains soit malade : 1/4 (25 %).
Exemples :
- Mucoviscidose : mutation du gène CFTR (chromosome 7) → production d’un canal Cl⁻ non fonctionnel → sécrétions exocrine très épaisses → atteinte pulmonaire, digestive, reproductrice. ~1/25 Européens est porteur sain. ~1/2 500 naissances en France.
- Drépanocytose : mutation du gène HBB (hémoglobine β) → hémoglobine S anormale → globules rouges « en faucille » → anémie, crises douloureuses vaso-occlusives. La plus fréquente des maladies génétiques en France (7 000 patients). Les porteurs hétérozygotes (trait drépanocytaire) sont partiellement protégés du paludisme → maintenu dans les populations d’Afrique subsaharienne par sélection naturelle.
3. Mode autosomique dominant (maladie de Huntington)
Le gène muté est porté par un autosome. L’allèle pathologique est dominant.
Caractéristiques de l’arbre généalogique :
- La maladie apparaît à chaque génération (si un parent est atteint).
- Touche autant les hommes que les femmes.
- Un individu atteint a un parent atteint (sauf mutation de novo).
- Un parent atteint (hétérozygote Aa) transmet la maladie à 50 % de ses enfants en moyenne.
Exemple : maladie de Huntington. Mutation du gène HTT (chromosome 4) → répétitions CAG → protéine huntingtine toxique → neurodégénérescence progressive (mouvements involontaires, déclin cognitif). Se déclare en général entre 30 et 50 ans. Tous les individus porteurs de l’allèle dominant développeront la maladie (pénétrance complète). Cas tragique : on peut savoir qu’on est porteur par test génétique avant que la maladie se déclare.
4. Mode lié à l’X (hémophilie, daltonisme)
Le gène muté est porté par le chromosome X. L’allèle pathologique est récessif.
Caractéristiques de l’arbre généalogique :
- Les hommes (XY) n’ont qu’une copie du chromosome X → ils sont hémizygotes. Un seul allèle muté sur le X suffit à déclencher la maladie chez eux.
- Les femmes (XX) ont deux copies du X → elles peuvent être porteuses saines (une copie mutée, une copie normale). Pour être malades, il leur faut deux copies de l’allèle muté (très rare).
- La maladie touche surtout les hommes.
- Transmission : mère porteuse saine → 50 % de risque pour les fils d’être atteints, 50 % pour les filles d’être porteuses.
Exemples :
- Hémophilie A : mutation du gène F8 (facteur VIII de coagulation) sur le chromosome X → déficit de coagulation → saignements prolongés. L’hémophilie A royale européenne (portée par la reine Victoria) en est l’exemple historique célèbre.
- Daltonisme (deutéranopie, protanopie) : gènes des opsines (cônes) sur le chromosome X → confusion rouge-vert. ~8 % des hommes, ~0,5 % des femmes.
| Mode | Gène sur | Allèle | Porteurs sains possibles ? | Sexe touché | Exemple |
|---|---|---|---|---|---|
| Autosomique récessif | Autosome | Récessif | Oui (Aa) | Égal ♀ et ♂ | Mucoviscidose, drépanocytose |
| Autosomique dominant | Autosome | Dominant | Non (pénétrance complète) | Égal ♀ et ♂ | Huntington, achondroplasie |
| Lié à l’X récessif | Chromosome X | Récessif | Oui (femmes XᴬX) | ♂ surtout | Hémophilie A, daltonisme |
5. Lecture d’un arbre généalogique : argument scientifique
Question : Dans un arbre généalogique, on observe que deux parents sains ont trois enfants : un fils malade, une fille saine et une fille saine porteuse. La maladie ne touche que les mâles dans la famille étendue (oncles et cousins). Les femmes ne sont jamais malades mais transmettent la maladie à leurs fils. Quel est le mode de transmission de cette maladie ?
Données : Parents sains (la mère est donc hétérozygote porteuse). Un fils malade sur les 3 enfants. Maladie qui touche exclusivement les hommes. Les femmes transmettent sans être malades. Ces observations éliminent le mode autosomique : si c’était autosomique récessif, des filles pourraient aussi être malades (homozygotes). Si c’était dominant, un des parents serait malade.
Conclusion : La maladie est transmise selon le mode récessif lié à l’X. La mère est porteuse saine (XAXa) — elle possède un allèle muté sur un chromosome X et un allèle normal sur l’autre. Les fils qui héritent du chromosome X portant l’allèle muté (XaY) développent la maladie (hémizygotes). Les filles qui héritent du chromosome X muté de la mère (XAXa) sont porteuses saines. Probabilité pour un fils d’être atteint : 50 % (selon la transmission du X maternel).
« Autosomique récessif : parents sains porteurs (Aa × Aa) → 25 % enfants malades (aa), ♀ et ♂ également. Autosomique dominant : un parent toujours malade, 50 % enfants malades, ♀ et ♂. Lié à l’X récessif : maladie chez les ♂ principalement, les ♀ porteuses saines transmettent. »
🧠 À retenir absolument
- Récessif autosomique : deux allèles mutés nécessaires → porteurs sains possibles. Touche ♀ et ♂. Ex. : mucoviscidose, drépanocytose.
- Dominant autosomique : un allèle muté suffit → maladie à chaque génération si parent atteint. Ex. : Huntington.
- Récessif lié à l’X : les ♂ hémizygotes (XY) développent la maladie avec un seul allèle muté. Ex. : hémophilie A, daltonisme.
- Les porteurs sains (hétérozygotes) peuvent transmettre la maladie sans en souffrir.
❓ Questions fréquentes
Comment savoir si une maladie est autosomique récessif ou lié à l’X récessif ?
L’indice clé est la répartition par sexe. Si des femmes sont malades dans la famille (même rarement), la maladie est probablement autosomique récessif (les femmes peuvent être homozygotes). Si seuls les hommes sont malades et que les femmes transmettent sans être atteintes, c’est lié à l’X récessif. Autre indice : dans le mode lié à l’X, un fils malade ne peut PAS avoir transmis la maladie à ses fils (il leur donne son Y, pas son X) — si la transmission père→fils existe, le gène est autosomique.
Pourquoi la drépanocytose est-elle plus fréquente dans les populations d’Afrique subsaharienne ?
Les individus hétérozygotes (porteurs du trait drépanocytaire, génotype AS) sont partiellement protégés contre le paludisme : le parasite Plasmodium falciparum se développe moins bien dans les hématies falciformées. Dans les zones d’endémie palustre (Afrique subsaharienne, Moyen-Orient, Méditerranée), l’allèle S confère un avantage sélectif aux hétérozygotes → sa fréquence s’est maintenue élevée dans ces populations malgré la mortalité des homozygotes SS. C’est un exemple d’avantage des hétérozygotes (hétérosis).
Le test génétique pour Huntington est-il systématiquement réalisé ?
Non. Le test prédictif pour la maladie de Huntington est proposé aux personnes ayant un parent atteint, mais il n’est pas obligatoire. Certaines personnes choisissent de ne pas se faire tester (la certitude d’être porteur sans traitement curatif disponible peut être psychologiquement très lourde). Le test ne peut être réalisé que dans le cadre d’un protocole encadré par une équipe pluridisciplinaire incluant un psychologue et un généticien (conseil génétique). C’est un exemple de la dimension éthique de la génétique médicale.