Chapitre 12 — Les mitochondries et la chaîne respiratoire · Topic 2 : La chaîne respiratoire et la synthèse d’ATP · Leçon 2.6
Pour clore ce topic-clé : combien d’ATP la chaîne rapporte-t-elle, et comment peut-on la bloquer ? Le professeur juge les inhibitions particulièrement importantes — y compris des poisons aussi connus que le cyanure et le monoxyde de carbone.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- donner le rendement en ATP (NADH vs FADH₂) et l’expliquer ;
- classer les inhibiteurs selon leur cible ;
- distinguer un inhibiteur d’un agent découplant.
🧭 Plan de la leçon
- Le bilan énergétique
- Les inhibiteurs des complexes et de l’ATP synthase
- Les agents découplants
1. Le bilan énergétique
Le bilan d’oxydoréduction de la chaîne : NADH,H⁺ + ½ O₂ → H₂O + NAD⁺ (complexe I) et FADH₂ + ½ O₂ → H₂O + FAD (complexe II). Il existe 3 « sauts » de potentiel redox correspondant aux complexes I, III et IV (plus le saut est grand, plus le complexe pompe de protons). La synthèse d’ATP est proportionnelle au gradient de protons :
| Coenzyme oxydé | ATP (théorique max) | Pourquoi |
|---|---|---|
| 1 NADH,H⁺ | 3 ATP | Entre au complexe I → 3 sauts de potentiel (I, III, IV) |
| 1 FADH₂ | 2 ATP | Entre au complexe II → seulement 2 sauts (III, IV) ; le complexe II ne pompe pas |

Le NADH rapporte donc plus d’ATP que le FADH₂, car il y a plus de sauts de potentiel à partir du complexe I.
2. Les inhibiteurs des complexes et de l’ATP synthase
Si l’on bloque un seul complexe, toute la chaîne s’arrête : plus de consommation d’O₂, plus de gradient de protons, plus d’ATP. Et comme les coenzymes ne sont plus ré-oxydés, le cycle de Krebs s’arrête aussi.
| Inhibiteur | Cible |
|---|---|
| Roténone | Complexe I |
| Antimycine | Complexe III |
| Cyanure (CN⁻) et monoxyde de carbone (CO) | Complexe IV |
| Oligomycine (antibiotique) | Canal à protons F₀ de l’ATP synthase |
L’oligomycine bloque le canal F₀ : les protons ne passent plus, le gradient n’est plus dissipé, et indirectement le transport d’électrons s’arrête (les pompes ne peuvent plus expulser de protons) — d’où une inhibition directe de la synthèse d’ATP et indirecte de la consommation d’O₂.
3. Les agents découplants
Les agents découplants perméabilisent la membrane interne en y faisant des « trous » : les protons repassent sans passer par l’ATP synthase, ce qui dissipe le gradient et le découple de la synthèse d’ATP. Conséquences :
- le gradient est dissipé sans faire tourner l’ATP synthase ;
- le transport d’électrons s’emballe (les pompes tentent de recréer le gradient) → forte consommation d’O₂ ;
- tout le métabolisme énergétique s’accélère, et l’énergie est dissipée en chaleur.
Exemple : le dinitrophénol (DNP).

Ne confonds pas : un inhibiteur de complexe (roténone, cyanure…) arrête le transport d’électrons → arrêt de la consommation d’O₂. Un découplant (DNP) dissipe le gradient mais laisse — et même accélère — le transport d’électrons → la consommation d’O₂ augmente, alors que l’ATP n’est plus fabriqué.
Le dinitrophénol (DNP) a été vendu dans les années 1930 comme « brûleur de graisse » : en découplant la respiration, il fait fondre les calories… en chaleur. Mais c’est extrêmement dangereux (hyperthermie, cataractes, décès) : il fut interdit dès 1938. On retrouve ce même principe, mais physiologique et contrôlé, dans le tissu adipeux brun (thermogénine, Topic 3) — qui nous réchauffe sans nous mettre en danger.
Rendement : 1 NADH → 3 ATP (3 sauts : I, III, IV) ; 1 FADH₂ → 2 ATP (2 sauts : III, IV). Inhibiteurs de complexes : roténone (I), antimycine (III), cyanure / CO (IV) → arrêt de la chaîne, du Krebs et de la consommation d’O₂. Oligomycine → bloque F₀ de l’ATP synthase. Découplants (DNP) → dissipent le gradient (sans ATP) → O₂ ↑ et chaleur.
🧠 À retenir absolument
- 1 NADH → 3 ATP (entre au complexe I, 3 sauts de potentiel) ; 1 FADH₂ → 2 ATP (entre au complexe II, 2 sauts).
- Bloquer un complexe arrête toute la chaîne, la consommation d’O₂ et le cycle de Krebs.
- Inhibiteurs : roténone (I), antimycine (III), cyanure / CO (IV), oligomycine (F₀ de l’ATP synthase).
- Découplants (ex. DNP) : percent la membrane interne → dissipent le gradient sans faire d’ATP → transport d’électrons emballé, O₂ ↑, chaleur.
- Distinction : inhibiteur → O₂ ↓ ; découplant → O₂ ↑ (mais pas d’ATP dans les deux cas).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le NADH rapporte-t-il plus d’ATP que le FADH₂ ?
Parce que le NADH entre au complexe I et bénéficie de 3 sauts de potentiel redox (complexes I, III, IV), donnant ~3 ATP. Le FADH₂ entre au complexe II et ne profite que de 2 sauts (III, IV), donnant ~2 ATP.
Que se passe-t-il si on bloque un seul complexe ?
Toute la chaîne s’arrête : plus de consommation d’O₂, plus de gradient de protons, plus d’ATP. Et comme les coenzymes ne sont plus ré-oxydés, le cycle de Krebs s’arrête aussi.
Quels poisons bloquent le complexe IV ?
Le cyanure (CN⁻) et le monoxyde de carbone (CO). En bloquant la cytochrome C oxydase, ils empêchent l’oxygène d’accepter les électrons : la respiration cellulaire s’arrête.
Quelle différence entre un inhibiteur et un agent découplant ?
Un inhibiteur (roténone, cyanure…) arrête le transport d’électrons, donc la consommation d’O₂ chute. Un découplant (DNP) dissipe le gradient mais laisse — et accélère — le transport d’électrons : la consommation d’O₂ augmente, sans production d’ATP (l’énergie part en chaleur).
🚀 Pour aller plus loin
Le découplage existe aussi à l’état physiologique : c’est tout l’intérêt du tissu adipeux brun, au Topic suivant.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.