Chapitre 7 — L’érosion, processus et conséquences · Thème 2.A : Géosciences
et dynamique des paysages · Leçon 1.2
Pourquoi les sols d’Afrique équatoriale sont-ils rouges et épais de 30 m, alors que ceux
d’un désert saharien sont quasi absents ? Pourquoi une forêt garde-t-elle son sol pendant que
le champ voisin, labouré à nu, part avec la première grosse pluie ? La réponse tient en trois
mots : eau, climat, végétation. Ces trois
facteurs contrôlent l’intensité, la vitesse et le type d’altération et d’érosion partout à la
surface du globe. Cette leçon te montre comment — et pourquoi c’est un enjeu majeur pour
l’agriculture et pour le climat.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Expliquer pourquoi l’eau est le moteur principal de l’altération et de l’érosion.
- Relier chaque grand type de climat à un type d’altération/érosion dominant.
- Décrire les rôles opposés — protecteur et destructeur — de la végétation.
- Discuter les conséquences de la déforestation sur l’érosion (lavaka, ravines).
- Analyser les expériences INRAE de Draix comme argument scientifique en trois temps.
🧭 Plan de la leçon
- L’eau, moteur central de l’altération.
- Le climat : un chef d’orchestre planétaire.
- La végétation : entre protection et destruction.
- Un enjeu majeur : la déforestation et l’érosion des sols.
- Argument scientifique : les parcelles expérimentales de Draix (INRAE).
1. L’eau, moteur central de l’altération
Presque tous les processus d’altération que tu as vus en leçon 1.1 mobilisent l’eau
d’une façon ou d’une autre :
- Hydrolyse : l’eau attaque chimiquement les feldspaths (arènes granitiques).
- Dissolution : l’eau chargée en CO₂ dissout le calcaire (karsts).
- Gel-dégel : l’eau gèle dans les fissures et fait éclater la roche.
- Ruissellement : l’eau de pluie transporte les particules altérées.
- Vagues et courants : érosion littorale et fluviale.
Autrement dit, là où il n’y a pas d’eau, il y a très peu d’altération chimique.
C’est pourquoi les sols des déserts hyper-arides sont si minces, alors que les sols tropicaux
humides peuvent dépasser 30 à 50 mètres d’épaisseur.
Pas d’eau → pas d’altération chimique. Beaucoup d’eau + chaleur → altération intense.
L’eau est simultanément un réactif chimique (hydrolyse, dissolution), un agent
mécanique (gel, ruissellement) et un vecteur de transport. C’est le fil rouge de
tous les processus.
2. Le climat : un chef d’orchestre planétaire
Le climat, en combinant température et précipitations, décide
du type d’altération dominant dans une région donnée.
| Climat | Altération dominante | Paysage / sol typique | Exemple |
|---|---|---|---|
| Tropical humide | Chimique intense (hydrolyse) | Latérites rouges épaisses (30–50 m) | Amazonie, Afrique équatoriale, Guyane |
| Froid / montagnard | Physique (gélifraction) | Éboulis, parois nues | Alpes, Andes, Chamonix |
| Aride / désertique | Physique (thermoclastie) + éolienne | Regs, ergs, mesas, roches sculptées | Sahara, Grand Canyon (Colorado) |
| Tempéré | Modérée, équilibrée | Sols bruns forestiers, arènes | France métropolitaine |
Cette carte planétaire des altérations explique pourquoi un même granite donne : une
latérite rouge en Guyane, une arène beige en Bretagne, et un chaos rocheux
peu altéré en haute montagne. Ce n’est pas la roche qui change, c’est le climat.
3. La végétation : entre protection et destruction
La végétation joue un rôle ambivalent. Elle protège le sol contre l’érosion,
mais elle contribue aussi à l’altération des roches.
a. Effet protecteur :
- La canopée amortit les gouttes de pluie (elles n’arrivent plus au sol avec
autant d’énergie). - Les racines fixent le sol et empêchent le ruissellement de tout emporter.
- La litière et l’humus forment une éponge qui absorbe l’eau
au lieu de la laisser ruisseler. - La matière organique enrichit et stabilise les sols.
b. Effet destructeur (altération biologique) :
- Les racines pénètrent dans les fissures et fracturent mécaniquement les
roches. - Les acides organiques sécrétés par les racines et les micro-organismes
accélèrent l’hydrolyse et la dissolution. - Les lichens pionniers attaquent chimiquement les roches nues.
Globalement, à l’échelle d’un versant, l’effet protecteur domine largement :
perdre le couvert végétal, c’est ouvrir la voie à une érosion catastrophique.
4. Un enjeu majeur : la déforestation et l’érosion des sols
Quand on défriche une forêt ou qu’on laboure un champ sur pente forte, le sol perd son
« bouclier » végétal. Les gouttes de pluie tapent directement, la litière disparaît, les
racines meurent : l’érosion explose.
- Madagascar : la déforestation historique a provoqué des « lavaka »,
ravines rouges spectaculaires qui rongent les versants et rendent les sols incultivables. - Asie du Sud-Est : les terrasses de riz (Indonésie, Philippines)
sont une réponse traditionnelle : elles freinent le ruissellement et retiennent le sol. - France : la disparition des haies bocagères à partir des
années 1960 (remembrement agricole) a fortement augmenté l’érosion des terres cultivées
(Bretagne, Normandie). La Politique Agricole Commune soutient depuis leur
replantation. L’INRAE et le Ministère de la Transition écologique publient régulièrement des
bilans sur ces pertes de sols.
Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture), un tiers des sols agricoles de la planète est dégradé, en grande partie à cause
de l’érosion accélérée par les activités humaines. Il faut plusieurs centaines
d’années pour former 1 cm de sol fertile … et parfois quelques minutes
d’orage pour l’emporter sur une parcelle mal protégée ! L’érosion des sols est
donc un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire du XXIᵉ siècle.
5. Argument scientifique : les parcelles expérimentales de Draix
Comment prouver expérimentalement que le couvert végétal réduit l’érosion, et de combien ?
Depuis les années 1980, l’INRAE (ex-Cemagref) et l’IRD (ex-ORSTOM) mènent un
suivi de longue durée sur les bassins-versants expérimentaux de Draix
(Alpes-de-Haute-Provence).
Question de départ : Le couvert végétal réduit-il significativement
l’érosion d’un sol soumis aux mêmes précipitations ? De combien ?
Protocole : À Draix, plusieurs parcelles adjacentes de même
pente et de même substrat (marnes noires) sont maintenues sous des couverts différents :
sol nu (bad-lands), prairie, forêt reboisée. Chaque parcelle possède
à l’aval un exutoire équipé d’un pluviomètre, d’un débitmètre et d’un piège à
sédiments. Après chaque épisode pluvieux, on mesure le volume d’eau écoulée et la masse de
sédiments emportés.
Résultats observés : Les mesures publiées après plusieurs décennies de
suivi montrent que les pertes de sol sont
100 à 1 000 fois plus élevées sur sol nu que sous forêt. La prairie donne
un résultat intermédiaire, plus proche de la forêt que du sol nu.
Conclusion : Le couvert végétal est bien le facteur déterminant
de la protection des sols. La déforestation multiplie l’érosion par des facteurs
considérables ; à l’inverse, le reboisement des versants dégradés (opéré en France dès la
fin du XIXᵉ siècle par le service RTM des Eaux et Forêts) réduit très fortement les
coulées de boue. C’est un enjeu agricole, climatique et sociétal majeur.
Version courte, réutilisable en devoir surveillé (moins de 100 mots) :
« L’eau est le moteur central de l’altération (hydrolyse, dissolution, gélifraction,
ruissellement). Le climat contrôle le type dominant : chimique intense en tropical humide
(latérites), physique en climat froid (gélifraction), éolienne en milieu aride, modérée en
tempéré. La végétation joue un rôle protecteur majeur (racines, canopée, litière). Sa
disparition (déforestation à Madagascar, remembrement en France) multiplie l’érosion :
les mesures INRAE de Draix montrent des pertes de sol jusqu’à 100–1 000 fois plus élevées
sur sol nu que sous forêt. »
🧠 À retenir absolument
- Eau = moteur central : réactif, agent mécanique, vecteur de transport.
- Climat tropical humide → altération chimique intense → latérites
(30–50 m). - Climat froid/montagnard → gélifraction dominante → éboulis.
- Climat aride → thermoclastie + érosion éolienne → déserts, mesas.
- Végétation : rôle globalement protecteur (racines,
canopée, litière). - Sans couvert végétal, l’érosion est multipliée par 100 à 1 000
(mesures INRAE-Draix).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi les sols tropicaux sont-ils si épais et si rouges ?
La combinaison chaleur + eau abondante accélère l’hydrolyse et la
dissolution des minéraux. Les silicates sont détruits, la silice et les cations sont lessivés
par les eaux, il ne reste que des oxydes de fer et d’aluminium, très stables :
la latérite. Les oxydes de fer, en s’oxydant, donnent la couleur rouge caractéristique.
Ces sols peuvent atteindre 30 à 50 m d’épaisseur en Amazonie.
Pourquoi le désert érode-t-il si peu chimiquement ?
Sans eau liquide, l’hydrolyse et la dissolution sont
quasi impossibles. C’est donc l’altération physique (thermoclastie, haloclastie) et
l’érosion éolienne qui dominent. Les sols sont très minces : la roche affleure
partout. Paradoxalement, les rares orages violents provoquent alors des oueds qui
arrachent brutalement des masses de sédiments.
La végétation aide ou fragilise-t-elle vraiment les roches ?
Les deux à la fois ! Localement, une racine ou un lichen peut fissurer
et dissoudre la roche : c’est l’altération biologique. Mais à l’échelle d’un versant, le
couvert végétal global protège très largement le sol : il capte les
pluies, freine le ruissellement, retient les particules. Bilan net : la végétation
accélère un peu l’altération, mais réduit énormément l’érosion.
Pourquoi la déforestation aggrave-t-elle les inondations ?
Une forêt intercepte la pluie avec son feuillage, sa litière et ses racines : une
grande partie de l’eau s’infiltre lentement dans le sol. Sans forêt, la pluie ruisselle
immédiatement, gonfle les cours d’eau et emporte le sol. Résultat : crues plus
violentes, coulées de boue, comblement des barrages en aval. C’est pourquoi la France a
mis en place dès 1882 le service RTM (Restauration des Terrains en Montagne)
pour reboiser massivement les Alpes du Sud.
L’érosion des sols agricoles est-elle un problème en France ?
Oui, majeur. Selon le BRGM et l’INRAE, environ
un cinquième du territoire est sensible à l’érosion hydrique. Les régions les plus
touchées sont les vignobles pentus (Alsace, Champagne), les grandes cultures céréalières
(Bassin parisien, Nord) et les zones bocagères dégradées. La replantation de haies,
les cultures intermédiaires et le non-labour sont des solutions
encouragées par la Politique Agricole Commune.
🚀 Pour aller plus loin
Tu veux voir ce que deviennent les particules arrachées, ou apprendre à lire un paysage
local avec la démarche du géologue ?
- Leçon 1.1 — Altération vs érosion : deux processus distincts
- Leçon 2.1 — Transport et dépôt des sédiments par les cours d’eau
- Leçon 2.2 — Étudier un paysage local : la démarche du géologue
Sources scientifiques : INRAE — Bassins-versants
de recherche de Draix-Bléone ; IRD (ex-ORSTOM), Érosion et transports solides ;
BRGM, Sols et sous-sols de France ; FAO, State of the World’s Soil Resources
(2015) ; Ministère de la Transition écologique — Portail Sols.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.