Chapitre 18 — Émotion et comportement · Topic 1 : Composantes de l’émotion · Leçon 1.3
Comment ordonner la grande diversité des émotions humaines ? Plusieurs classifications ont été proposées : celle des émotions de base (ou primaires), les modèles dimensionnels, et une perspective plus récente sur les émotions sociales. La découverte des neurones miroirs ouvre en outre une fenêtre sur le partage émotionnel entre individus.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Définir les émotions de base et en connaître les 7 critères ;
- Citer les émotions de base admises par tous et les plus discutées ;
- Connaître les autres systèmes de classification (Plutchik, valence, arousal) ;
- Distinguer émotions sociales et physiques ;
- Expliquer le rôle des neurones miroirs et l’expérience de Wicker (2003).
🧭 Plan de la leçon
- Les émotions de base — définition et critères
- Les émotions mixtes et le vocabulaire émotionnel
- Les autres classifications
- Les émotions sociales
- Les neurones miroirs et le partage émotionnel
1. Les émotions de base — définition et critères
Les émotions de base (ou émotions primaires) sont des émotions clairement différenciées les unes des autres, en nombre limité (variant de 6 à 15 selon les auteurs). Elles ont été isolées et définies à partir de :
- classements de photographies de visages ;
- dessins et analyses du vocabulaire émotionnel ;
- enregistrements polygraphiques.
Les émotions de base admises par tous : joie — surprise — colère — peur — tristesse — dégoût. Les plus discutées : mépris — culpabilité — honte.
- Signaux émotionnels universels (expressions faciales spécifiques, quel que soit le contexte ethnique ou culturel) ;
- Contexte physiologique spécifique ;
- Survenue spontanée ;
- Déclenchement rapide provoqué par un événement inducteur précis ;
- Événement inducteur rapide ;
- Perception automatique, n’impliquant pas un traitement cognitif important → réflexe ;
- Durée limitée — les émotions sont des épisodes transitoires.
2. Les émotions mixtes et le vocabulaire émotionnel
Les émotions mixtes sont dérivées des émotions de base — résultantes de leurs mélanges. Elles sont très nombreuses : plus de 150 mots en français renvoient à des états émotionnels différents. Cette richesse lexicale témoigne de la complexité de la vie émotionnelle humaine, bien au-delà des 6 à 15 émotions de base.
3. Les autres classifications
| Système | Principe | Exemple |
|---|---|---|
| Plutchik (1985) | 4 couples de catégories opposées | Joie–tristesse, acceptation–dégoût, colère–peur, surprise–anticipation |
| Valence | Positive vs négative | Joie (positive) / peur, tristesse, colère (négatives) |
| Comportement (Davidson) | Approche vs retrait | Comportement ≠ valence (colère = négative mais approche) |
| Arousal (éveil) | Tient compte de l’intensité et de la réponse physiologique | Certaines émotions négatives très intenses → arousal élevé |
| Social vs physique | Nature du stimulus déclenchant | Stimuli sociaux (personnes, bébés) vs stimuli physiques (paysages) |
⚠️ La classification selon le comportement induit (approche/retrait) est différente de la classification selon la valence (positive/négative). La colère est une émotion négative (valence négative) mais induit un comportement d’approche — ce point est fréquemment testé.
4. Les émotions sociales
Des travaux récents suggèrent qu’il faut distinguer une dimension sociale du plaisir (et des émotions) d’une dimension plus physique ou sensorielle.
Certaines émotions sont clairement plus complexes et déclenchées essentiellement dans un contexte social ou par des signaux sociaux : honte, culpabilité, amour, mépris, jalousie, embarras.
Ces émotions nécessitent généralement une conscience de soi (self-awareness) et des représentations d’autrui — compétences absentes chez la plupart des animaux. Elles sont donc aussi appelées émotions secondaires ou complexes.
5. Les neurones miroirs et le partage émotionnel
Une des découvertes majeures en neurosciences affectives est celle des neurones miroirs — neurones actifs à la fois lors de la réalisation d’une action ET lors de son observation chez autrui.

Protocole :
- Condition 1 : les sujets boivent une boisson au mauvais goût → réaction de dégoût.
- Condition 2 : ces mêmes sujets regardent un film où d’autres sujets boivent la même boisson avec la même réaction.
Résultat : la même région cérébrale (cortex insulaire — région impliquée dans le dégoût) s’active dans les deux conditions. L’expérience émotionnelle est partagée par résonance émotionnelle — le sujet « fait littéralement l’expérience » de l’émotion d’autrui.
Les neurones miroirs sont au cœur des débats sur l’empathie. Le fait de « se mettre à la place de l’autre » pourrait reposer en partie sur ce mécanisme de simulation neuronale interne. Des anomalies du système miroir ont été évoquées dans certains troubles du spectre autistique (hypothèse controversée, en cours d’investigation).
🧠 À retenir absolument
- Émotions de base : clairement différenciées, en nombre limité (6-15) ; admises par tous = joie, surprise, colère, peur, tristesse, dégoût.
- 7 critères : universalité, physiologie spécifique, spontanéité, déclenchement rapide, inducteur rapide, automaticité, durée limitée.
- Émotions mixtes : > 150 mots émotionnels en français, dérivées des émotions de base.
- Plutchik (1985) : 4 couples — joie/tristesse, acceptation/dégoût, colère/peur, surprise/anticipation.
- Valence ≠ comportement (colère = négative mais approche) ; arousal = intensité.
- Émotions sociales : honte, culpabilité, amour, mépris — nécessitent conscience de soi et représentation d’autrui.
- Neurones miroirs : actifs lors de l’action propre ET lors de l’observation chez autrui ; expérience Wicker (2003) = même insula pour dégoût ressenti et observé.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le nombre d’émotions de base varie-t-il de 6 à 15 ?
Le nombre exact dépend des critères retenus et de la méthode utilisée. Ekman propose 6 (les plus universelles, validées par des études cross-culturelles photographiques). D’autres auteurs ajoutent mépris, honte, culpabilité (plus discutées car plus culturellement variables). Certains modèles étendent jusqu’à 15 en incluant des états comme l’intérêt, l’extase ou l’anxiété. Pour l’examen, les 6 admises par tous (joie, surprise, colère, peur, tristesse, dégoût) sont prioritaires.
La classification par arousal, c’est quoi exactement ?
L’arousal (ou « éveil ») mesure l’intensité de l’activation physiologique induite par l’émotion. Une émotion à fort arousal (panique, extase, fureur) mobilise fortement le système nerveux autonome. Une émotion à faible arousal (ennui, tristesse légère, sérénité) l’active peu. Ce paramètre est souvent couplé à la valence dans les modèles circomplexes (ex. Russell, 1980) qui représentent les émotions dans un espace à deux axes : valence (positive/négative) et arousal (élevé/faible).
Quelle est la différence entre une émotion primaire et une émotion secondaire ?
Une émotion primaire (de base) est simple, universelle, déclenchée automatiquement, et présente chez l’animal. Une émotion secondaire (complexe, sociale) est construite à partir des émotions primaires, nécessite conscience de soi et représentations sociales, et est davantage modulée par la culture. Ex. : la peur = primaire ; la honte = secondaire (nécessite d’anticiper le regard des autres sur soi).
Les neurones miroirs ont-ils été découverts chez l’humain ?
Ils ont d’abord été découverts chez le macaque par Rizzolatti et al. (années 1990), lors d’enregistrements unitaires. Chez l’humain, l’existence est soutenue par des données indirectes (IRMf, EEG, magnétoencéphalographie) mais l’enregistrement direct neurone par neurone est éthiquement impossible sauf quelques cas de neurochirurgie. L’expérience de Wicker (2003) — activations insulaires communes au dégoût ressenti et observé — est l’une des principales démonstrations chez l’humain.
La honte et la culpabilité sont-elles des émotions de base ou sociales ?
Elles sont classées parmi les émotions sociales (ou secondaires) dans le cours — leur déclenchement implique un contexte social (regard d’autrui réel ou imaginé) et une représentation de soi-même. Elles figurent néanmoins parmi les émotions de base « discutées » dans le cours, certains auteurs les incluant dans leur liste des primaires (ex. certaines versions de la liste de Plutchik). Pour l’examen, retenir : elles sont « discutées », non admises par tous, contrairement aux 6 incontestées.