Contenu du cours
Les associations non héréditaires : symbioses et parasitisme
Lichens, microbiote intestinal, gammares parasités : trois cas où l'association entre deux espèces produit de nouveaux phénotypes sans aucune modification du génome. La pariétine, la digestion des fibres, la manipulation comportementale en sont les preuves les plus parlantes.
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Le phénotype étendu (Dawkins)
Et si les gènes s'exprimaient au-delà du corps ? Toiles d'araignée, termitières climatisées, fourreaux des phryganes, coccinelles gardiennes d'un cocon de guêpe : la frontière du phénotype n'est pas la peau de l'organisme. Une idée révolutionnaire proposée en 1982.
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La transmission des comportements acquis
Baleines au filet à bulles, mésanges voleuses de lait, chant des oiseaux, culture des chimpanzés et macaques de Koshima : un comportement nouveau peut se diffuser horizontalement (par imitation) ou verticalement (par apprentissage). Sans aucune mutation génétique.
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Évolution culturelle et évolution biologique
Innovation, sélection, dérive : les mêmes mécanismes structurent les deux dynamiques. L'agriculture, la perte d'outils en Tasmanie, la persistance de la lactase chez les Européens du Nord en témoignent. L'hérédité ne se réduit pas à l'ADN.
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La diversification non génétique des espèces
Durée estimée : 12 min Niveau : Terminale spé SVT Position : Topic 2 — Leçon 2.1

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • Définir la notion de phénotype étendu proposée par Richard Dawkins
  • Distinguer comportement inné et comportement acquis
  • Identifier les trois grandes catégories de phénotype étendu (constructions, modifications biochimiques de l\’environnement, comportements manipulés)
  • Comprendre pourquoi le phénotype étendu est un outil évolutif sélectionnable

1. L’idée centrale de Dawkins

Le concept de phénotype étendu a été proposé en 1982 par le généticien et éthologue britannique Richard Dawkins dans son ouvrage The Extended Phenotype. Sa thèse paraît surprenante au premier abord, mais elle est aujourd’hui pleinement admise en biologie évolutive.

Phénotype étendu : ensemble des effets des gènes d’un organisme sur le monde extérieur, au-delà des limites de son corps. Le phénotype ne s’arrête pas à la peau de l’individu : il s’étend à ses constructions, à ses modifications de l’environnement, et même au comportement d’autres organismes qu’il peut influencer.

Le raisonnement de Dawkins est le suivant : si la sélection naturelle agit sur les gènes au travers de leurs effets phénotypiques (cours 1A.3), pourquoi limiter ces effets à la frontière du corps ? Une toile d’araignée, un nid d’oiseau, un barrage de castor sont tout aussi codés par des gènes et tout aussi sélectionnés que la couleur des plumes ou la forme du bec.

2. Comportements innés et acquis

Pour bien comprendre le phénotype étendu, il faut distinguer deux types de comportements :

Comportement inné : comportement présent dès la naissance ou apparaissant à un stade précis du développement, sans apprentissage. Il est codé génétiquement et reproductible d’un individu à l’autre. Exemples : tissage de la toile par l’araignée, construction du nid chez certains oiseaux, réflexe de succion du nourrisson.

Comportement acquis : comportement appris au cours de la vie, par expérience ou par imitation. Il dépend de l’environnement et de l’histoire individuelle. Exemples : ouverture des bouteilles de lait par les mésanges, chant typique d’une espèce d’oiseau. Étudié au Topic 3.

La frontière entre inné et acquis n’est pas toujours nette. Beaucoup de comportements combinent une base innée et un raffinement appris. Le chant des oiseaux en est un bon exemple : la capacité d’émettre des sons est innée, mais le chant typique d’une espèce s’apprend par imitation.

Le phénotype étendu, dans sa forme la plus pure, concerne d’abord des comportements innés : un comportement codé génétiquement aboutit à une construction qui, à son tour, contribue à la survie ou à la reproduction de son auteur, donc à la transmission de ses gènes.

3. Trois grandes catégories de phénotype étendu

Le phénotype étendu se manifeste sous trois formes principales.

3.1 Les constructions animales

L’organisme façonne des objets ou des structures à partir d’éléments inertes du milieu : toile d’araignée, nid d’oiseau, ruche, termitière, barrage de castor, fourreau de phrygane. Ces constructions sont les manifestations les plus visibles du phénotype étendu (leçon 2.2).

3.2 Les modifications chimiques et physiques de l’environnement

Certains organismes modifient leur milieu sans réellement construire : un ver de terre transforme la structure du sol, un récif de corail modifie l’hydrodynamique d’une zone océanique, une forêt influence le climat local. Ce sont des effets indirects de l’expression des gènes sur le milieu.

3.3 La manipulation comportementale (sur un autre organisme)

Le cas le plus surprenant : quand les gènes d’un organisme modifient le comportement d’un autre organisme. C’est typiquement ce qui se passe dans le parasitisme manipulateur (leçon 2.3) : les gènes du parasite influencent le comportement de l’hôte. Le comportement modifié de l’hôte devient une partie du phénotype étendu du parasite.

4. Pourquoi cette notion est-elle importante ?

L’intérêt majeur du phénotype étendu est qu’il permet d’élargir le champ d’action de la sélection naturelle.

  • Une araignée qui tisse une toile plus efficace capture plus de proies, survit mieux, se reproduit davantage : ses gènes responsables du tissage se répandent.
  • Un castor dont le barrage est mieux construit crée un meilleur étang, vit mieux, transmet mieux ses gènes.
  • Une fourmi qui construit une fourmilière mieux isolée thermiquement assure une meilleure survie de la colonie.

Dans tous ces cas, la sélection ne porte pas seulement sur la morphologie de l’organisme, mais aussi sur les traits étendus. Le phénotype étendu est donc soumis aux mêmes pressions évolutives que le phénotype « classique ». Cela montre que la diversification non génétique (construction d’objets différents, comportements différents) est elle-même guidée par des gènes.

5. Une boucle subtile : le phénotype étendu n’est pas toujours non génétique

Précisons un point qui peut prêter à confusion : Dawkins définit le phénotype étendu comme l’expression de gènes au-delà du corps. Le comportement de construction est codé génétiquement chez le constructeur. Pourquoi cela relève-t-il alors de la diversification non génétique ?

Parce que la diversité observable dans la nature (entre nids, entre toiles, entre termitières) ne reflète pas une diversité du génome : elle reflète une diversité dans le matériel disponible dans le milieu et dans l’histoire individuelle. Deux araignées au génome strictement identique placées dans deux environnements différents tisseront deux toiles différentes — alors que le programme génétique est le même.

Ce qu’il faut retenir

  • Phénotype étendu (Dawkins, 1982) : effets des gènes d’un organisme au-delà des limites de son corps, sur les objets, l’environnement, ou d’autres organismes
  • Distinction comportement inné (codé génétiquement) vs acquis (appris)
  • Trois grandes catégories : constructions, modifications de l’environnement, manipulation d’un autre organisme
  • Le phénotype étendu est soumis à la sélection naturelle au même titre que le phénotype classique
  • La diversité observable (entre toiles, entre nids, entre fourmilières) résulte des matériaux disponibles et de l’histoire individuelle, pas d’une diversité génétique : c’est de la diversification non génétique
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