Formation IFSI · Module A — Sciences infirmières et raisonnement clinique

⏱️ Durée : 18 min
🎓 Niveau : IFSI 1re année
📚 Topic : Démarche de soins et diagnostic infirmier
🔑 Prérequis : Leçon 4-1, 4-2, 4-3 — Recueil et analyse des données

« Risque de chute », « Douleur chronique », « Anxiété face à la mort » : ces formulations ne sont pas nées au hasard. Elles appartiennent à des classifications internationales standardisées qui permettent à des infirmiers du monde entier de parler le même langage, de comparer leurs pratiques, et de participer à la recherche en soins infirmiers. Maîtriser le diagnostic infirmier — ce qu’il est, comment le formuler, à quelles classifications l’ancrer — est une compétence fondamentale de la pratique infirmière contemporaine.

🎯 Objectifs pédagogiques

À la fin de cette leçon, vous saurez :

  • Définir le diagnostic infirmier et le distinguer du diagnostic médical et du problème de collaboration.
  • Connaître les principales classifications de diagnostics infirmiers (NANDA-I, CISI/NIC/NOC).
  • Formuler un diagnostic infirmier selon le format PES (Problème – Étiologie – Signes et symptômes).
  • Adapter la formulation selon le type de diagnostic (actuel, risque, bien-être).
  • Illustrer la formulation par des exemples cliniques concrets.

🧭 Plan de la leçon

  1. Définition et spécificité du diagnostic infirmier
  2. Les grandes classifications internationales
  3. Le format PES : principe et composantes
  4. Adapter la formulation selon le type de diagnostic
  5. Exemples cliniques et erreurs fréquentes

1. Définition et spécificité du diagnostic infirmier

L’ANADI (devenue NANDA-I) définit le diagnostic infirmier comme « un jugement clinique sur les réponses d’une personne, d’une famille ou d’une communauté à des problèmes de santé réels ou potentiels, ou à des processus de vie. Les diagnostics infirmiers fondent les interventions infirmières visant à obtenir des résultats dont l’infirmier est responsable. »

Diagnostic médical Diagnostic infirmier Problème de collaboration
Objet La pathologie, la maladie Les réponses humaines à la pathologie ou à la situation de vie Complications potentielles de la maladie ou du traitement
Qui l’établit Le médecin L’infirmier, de façon autonome L’infirmier (surveillance) + médecin (traitement)
Exemple Pneumonie à Streptococcus pneumoniae Altération des échanges gazeux liée à l’infection pulmonaire Risque de sepsis (surveillance des constantes, alerte médicale)
Évolue avec La maladie (souvent stable jusqu’à guérison) L’état du patient (peut changer tous les jours) L’évolution de la maladie et du traitement

2. Les grandes classifications internationales

La standardisation du langage infirmier repose sur plusieurs classifications complémentaires :

Classification Origine Contenu
NANDA-I (North American Nursing Diagnosis Association – International) États-Unis, fondée 1973 ; révisée tous les 2 ans Plus de 260 diagnostics infirmiers, organisés en 13 domaines (nutrition, activité/repos, sécurité, coping…) et 47 classes. Chaque diagnostic est défini par ses caractéristiques définissantes (signes), ses facteurs liés (étiologie) et ses facteurs de risque
NIC (Nursing Interventions Classification) Université de l’Iowa (USA), 1992 542 interventions infirmières standardisées classées en 7 domaines. Chaque intervention est définie par une liste d’activités concrètes à réaliser
NOC (Nursing Outcomes Classification) Université de l’Iowa (USA), 1997 490 résultats de soins mesurables et classifiés. Permet d’évaluer l’efficacité des interventions infirmières avec des indicateurs chiffrés
CISI (Classification Internationale pour la pratique des Soins Infirmiers) Conseil International des Infirmières (CII), 1999 Terminologie infirmière internationale couvrant les diagnostics, les interventions et les résultats. Référence de l’OMS pour l’interopérabilité des dossiers de soins
NANDA-I en France

La classification NANDA-I est la plus utilisée en IFSI français et dans les dossiers de soins informatisés des établissements de santé. La traduction française officielle est publiée aux éditions De Boeck Supérieur. Les libellés sont parfois légèrement adaptés au contexte français ; en cas de divergence, la version anglaise originale fait référence.

3. Le format PES : principe et composantes

Le format PES (Problem – Etiology – Signs/Symptoms), introduit par Gordon (1987), est la structure de formulation des diagnostics infirmiers actuels la plus utilisée en IFSI :

  • P — Problème infirmier : libellé diagnostique standardisé (tiré de NANDA-I de préférence). Décrit la réponse humaine problématique.
  • E — Étiologie : facteur causal ou contribuant, introduit par « lié(e) à… ». Décrit pourquoi ce problème existe.
  • S — Signes et symptômes : données objectives et subjectives qui attestent de l’existence du problème, introduites par « se manifestant par… ». C’est la « preuve » clinique du diagnostic.

Exemple complet PES :
« Douleur chronique [P — NANDA-I 00133] liée à l’arthrose sévère des deux genoux [E] se manifestant par une EVA 6/10 en position debout, une limitation des amplitudes articulaires en flexion (flexion maximale 80°), des réveils nocturnes 3 à 4 fois par semaine et un refus des activités physiques antérieurement pratiquées (marche, jardinage) [S]. »

4. Adapter la formulation selon le type de diagnostic

Type de diagnostic Structure de formulation Exemple
Diagnostic actuel Problème [P] lié à étiologie [E] se manifestant par signes [S] Altération de la mobilité physique liée à une fracture du col du fémur se manifestant par une impossibilité de mise en charge et une douleur EVA 7/10 à la mobilisation
Diagnostic de risque Risque de problème [P] lié aux facteurs de risque [E] — (pas de S, car le problème n’existe pas encore) Risque de chute lié à la faiblesse musculaire des membres inférieurs, aux troubles de l’équilibre et à la prise de benzodiazépines au coucher
Diagnostic de bien-être (ou de promotion de la santé) Motivation à améliorer [domaine] se manifestant par [expression verbale du souhait du patient] Motivation à améliorer la gestion de son diabète se manifestant par l’expression d’un souhait d’apprendre à adapter son alimentation à ses activités

5. Exemples cliniques et erreurs fréquentes

Exemples de diagnostics infirmiers NANDA-I fréquents en stage :

  • Douleur aiguë [00132] / Douleur chronique [00133]
  • Altération des échanges gazeux [00030]
  • Déficit de volume liquidien [00027] / Risque de déficit de volume liquidien [00028]
  • Altération de la mobilité physique [00085]
  • Déficit en autosoins : hygiène [00108], alimentation [00102], habillage [00109], élimination [00110]
  • Anxiété [00146] / Peur [00148]
  • Risque d’infection [00004]
  • Risque d’atteinte à l’intégrité de la peau [00047]
  • Connaissances insuffisantes [00126]
  • Stratégies d’adaptation inefficaces [00069]
Erreurs fréquentes à éviter dans la formulation

1. Confondre étiologie médicale et étiologie infirmière : l’étiologie d’un diagnostic infirmier ne doit pas être un diagnostic médical. Incorrect : « Douleur liée au cancer ». Correct : « Douleur liée à la compression tumorale des racines nerveuses lombaires ». La distinction est subtile mais importante — elle indique précisément ce sur quoi l’infirmier peut agir.
2. Étiologie non modifiable : si l’étiologie ne peut pas être modifiée par des interventions infirmières, le diagnostic est peu utile. Reformuler autour d’un facteur modifiable.
3. Signes insuffisants : « se manifestant par une douleur » n’est pas suffisant — toujours chiffrer (EVA), localiser, qualifier et situer dans le temps.
4. Diagnostic médical déguisé : « Altération de l’oxygénation liée à la pneumonie » est en réalité un diagnostic médical. Reformuler : « Altération des échanges gazeux liée à l’accumulation de sécrétions bronchiques se manifestant par… »

🧠 À retenir absolument

  • Le diagnostic infirmier porte sur les réponses humaines à la maladie ou à la situation de vie — pas sur la maladie elle-même.
  • Trois grandes classifications : NANDA-I (diagnostics), NIC (interventions), NOC (résultats). NANDA-I est la référence IFSI.
  • Format PES : Problème (libellé NANDA-I) lié à Étiologie se manifestant par Signes et symptômes chiffrés.
  • Diagnostics de risque : « Risque de problème lié aux facteurs de risque » — pas de S car problème non encore apparu.
  • Pièges : étiologie = diagnostic médical, signes non chiffrés, étiologie non modifiable par les soins infirmiers.

❓ Questions fréquentes

Faut-il obligatoirement utiliser NANDA-I ou peut-on formuler ses propres libellés ?

En IFSI, l’utilisation de NANDA-I est généralement recommandée car elle permet la rigueur, la standardisation et la comparabilité. Dans les travaux écrits (ASC, mémoire), les formateurs attendent souvent des libellés NANDA-I accompagnés du numéro de code. En pratique clinique de terrain, les établissements utilisent des terminologies variables — certains imposent NANDA-I, d’autres utilisent des libellés maison ou d’autres classifications. L’essentiel est de maîtriser la logique de formulation (PES) pour s’adapter à n’importe quel référentiel de l’établissement où vous exercerez.

Combien de signes et symptômes faut-il inclure dans le S du PES ?

Il n’y a pas de nombre imposé, mais la règle est la pertinence : inclure les signes et symptômes qui constituent les « preuves cliniques » du diagnostic — ceux qui permettraient à un autre infirmier de comprendre pourquoi vous avez retenu ce diagnostic et pas un autre. En pratique, 2 à 5 éléments bien choisis valent mieux qu’une liste exhaustive qui noie l’essentiel. Toujours prioriser les données chiffrées (EVA, constantes, poids, mesures) et les verbalisations significatives du patient (entre guillemets). Un seul signe ne suffit généralement pas — plusieurs signes convergents renforcent la validité du diagnostic.

Quelle différence entre « Anxiété » [00146] et « Peur » [00148] en NANDA-I ?

L’anxiété (NANDA-I 00146) est une émotion diffuse, un sentiment d’inquiétude ou d’appréhension dont la source est vague, non spécifique ou inconnue du patient lui-même (« je ne sais pas pourquoi mais je me sens tendu »). La peur (NANDA-I 00148) est une émotion dirigée vers un objet ou une menace identifiée et reconnue par le patient (« j’ai peur de l’anesthésie », « j’ai peur de mourir »). La distinction est importante car les interventions infirmières diffèrent : l’anxiété est souvent abordée par des techniques de relaxation et de réassurance générale ; la peur appelle une information ciblée sur la menace identifiée et parfois une orientation vers le psychologue ou l’aumônier selon la nature de la peur.

Peut-on avoir le même diagnostic infirmier pour deux patients avec des maladies différentes ?

Oui — et c’est précisément l’intérêt du diagnostic infirmier. Exemple : « Anxiété liée à un manque d’informations sur les soins reçus se manifestant par des questions répétées, une agitation et des insomnies » peut s’appliquer aussi bien à un patient en attente d’une biopsie qu’à un patient hospitalisé pour la première fois en réanimation. Le diagnostic infirmier capture la réponse humaine à la situation — et les réponses humaines transcendent souvent les pathologies. C’est ce qui permet des interventions infirmières standardisées malgré la diversité des maladies et des patients.

Comment savoir si mon diagnostic infirmier est valide ?

Trois critères de validation : 1. Les caractéristiques définissantes — les signes et symptômes que vous avez observés correspondent-ils aux caractéristiques définissantes listées par NANDA-I pour ce diagnostic ? (La liste est dans le manuel NANDA-I.) Si vous avez au moins 2 caractéristiques définissantes majeures, le diagnostic est valide. 2. Les facteurs liés — l’étiologie que vous avez identifiée figure-t-elle parmi les facteurs liés définis par NANDA-I pour ce diagnostic ? 3. Le test de la pertinence clinique — si vous meniez des interventions infirmières ciblant ce diagnostic, est-ce que le problème du patient s’améliorerait ? Si oui, le diagnostic est pertinent et actionnable.

🚀 Pour aller plus loin

Sources : NANDA International, Diagnostics infirmiers : définitions et classification 2021–2023, De Boeck, 2022 · Carpenito L.J., Manuel de diagnostics infirmiers, 16e éd., 2020 · Gordon M., Nursing Diagnosis : Process and Application, 3rd ed., 1994 · Moorhead S. et al. (eds.), Nursing Outcomes Classification (NOC), 6th ed., 2018 · Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier.

Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI A.1

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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