Chapitre 16 — Agents pathogènes et maladies vectorielles · Thème 3.B :
Microorganismes et santé · Leçon 3.1
En 1980, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce officiellement l’éradication de
la variole, une maladie qui tuait encore 2 millions de personnes par an dans les années
1960. Une victoire sans précédent, obtenue par un seul outil : la vaccination.
Cette leçon te fait comprendre comment un vaccin dresse ton système immunitaire, pourquoi la
prophylaxie collective protège même ceux qui ne sont pas vaccinés, et à quelles
conditions on peut espérer venir à bout d’une maladie infectieuse.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Définir prophylaxie, vaccination et distinguer prophylaxie individuelle et collective.
- Décrire le principe biologique d’un vaccin (mémoire immunitaire).
- Comparer les grands types de vaccins (vivants atténués, inactivés, sous-unitaires, ARNm,
vecteur viral). - Expliquer la notion d’immunité collective et son seuil variable selon la maladie.
- Analyser l’éradication mondiale de la variole comme argument scientifique.
🧭 Plan de la leçon
- Prophylaxie : prévenir plutôt que guérir.
- Vaccination : principe et grands types de vaccins.
- Repères historiques : de Jenner à l’ARNm.
- Immunité collective : protéger le groupe.
- Argument scientifique : l’éradication mondiale de la variole (1967-1980).
1. Prophylaxie : prévenir plutôt que guérir
La prophylaxie désigne l’ensemble des mesures visant à prévenir
l’apparition ou la propagation d’une maladie, par opposition au traitement d’une
maladie déjà déclarée. Le mot vient du grec prophylaxis, « garde en avant ». On
distingue deux grandes catégories :
- Prophylaxie individuelle : dépend du comportement de chaque personne —
lavage des mains, préservatif, moustiquaire imprégnée, gestes barrières (masque, distanciation),
éviction des zones à risque. - Prophylaxie collective : dépend d’une action coordonnée à l’échelle de la
population — vaccination, lutte antivectorielle (démoustication), quarantaine et
isolement, contact tracing, désinfection de l’eau, chimioprophylaxie (méfloquine contre le
paludisme), prophylaxie post-exposition — PEP — pour le VIH ou la rage.
La vaccination occupe une place à part : c’est à la fois un geste individuel (la personne
reçoit une injection) et une action collective (elle protège aussi les autres, comme on le verra).
2. Vaccination : principe et grands types de vaccins
Un vaccin consiste à introduire volontairement dans l’organisme un
agent pathogène atténué, tué ou un simple fragment de cet agent, afin de déclencher
une réponse immunitaire mémoire sans provoquer la maladie. Le système immunitaire
« apprend » à reconnaître le pathogène : en cas d’infection future, il pourra le
neutraliser bien plus vite.
Antigène vaccinal → réponse immunitaire → cellules mémoires → protection durable
Lecture : l’antigène (protéine du pathogène) présenté par le vaccin déclenche la fabrication
d’anticorps et de lymphocytes mémoires. Ces cellules subsistent des mois,
des années ou toute une vie : à la rencontre suivante avec le vrai pathogène, la réponse
immunitaire est plus rapide et plus intense.
Les grands types de vaccins :
| Type de vaccin | Principe | Exemples |
|---|---|---|
| Vivants atténués | Pathogène affaibli, encore vivant | BCG (tuberculose), ROR, fièvre jaune |
| Inactivés / tués | Pathogène tué, incapable de se multiplier | Grippe, hépatite A, polio injectable |
| Sous-unitaires | Fragment protéique ou capside vide | Hépatite B, HPV (Gardasil), COVID Novavax |
| À ARNm | ARN messager codant une protéine du virus | COVID Pfizer-BioNTech, Moderna |
| À vecteur viral | Virus inoffensif transportant un gène cible | COVID AstraZeneca, Ebola |
Les vaccins vivants atténués sont les plus immunogènes mais sont contre-indiqués chez les
personnes immunodéprimées. Les vaccins inactivés offrent une sécurité maximale mais
imposent des rappels. En France (nourrissons depuis 2018), 11 valences
vaccinales sont obligatoires : diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche,
Haemophilus influenzae, hépatite B, méningocoque C, rougeole, oreillons, rubéole, pneumocoque.
Le mot « vaccin » vient du latin vacca, « la
vache ». En 1796, le médecin anglais Edward Jenner remarque que les paysannes qui trayaient
des vaches atteintes de vaccine (une variole bovine bénigne) n’attrapaient jamais la
variole humaine. Il inocule le pus d’une lésion de vaccine à un enfant de 8 ans, James Phipps,
puis lui inocule la vraie variole : l’enfant reste indemne. C’est le premier vaccin
de l’histoire — et le nom est resté pour tous les vaccins qui suivront.
3. Repères historiques : de Jenner à l’ARNm
Trois grandes étapes ont marqué l’histoire de la vaccination :
- 1796 — Edward Jenner (Angleterre) : premier vaccin (variole) à partir de
la vaccine bovine. - 1885 — Louis Pasteur (France) : premier vaccin après Jenner, contre la
rage, administré au jeune Joseph Meister mordu par un chien enragé. - 2020 — Pfizer/BioNTech & Moderna : premiers vaccins à ARNm homologués
à grande échelle (COVID-19), aboutissement de 30 ans de recherche fondamentale récompensée par le
prix Nobel de médecine 2023 (Katalin Karikó, Drew Weissman).
Bilan : la vaccination a permis l’éradication mondiale de la variole en
1980, la quasi-élimination de la poliomyélite et sauve, selon l’OMS, environ
3,5 à 5 millions de vies chaque année.
4. Immunité collective : protéger le groupe
L’immunité collective (ou immunité de groupe) désigne la situation dans laquelle
un pourcentage suffisamment élevé de la population est immunisé (par vaccination ou infection
naturelle antérieure) pour que la circulation du pathogène soit fortement ralentie, voire
interrompue. Les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées — nourrissons, immunodéprimés,
femmes enceintes selon le vaccin — sont alors indirectement protégées.
| Maladie | Contagiosité (R₀) | Seuil d’immunité collective |
|---|---|---|
| Rougeole | 12 à 18 | ~95 % |
| Coqueluche | 12 à 17 | ~92 % |
| COVID-19 (variant Alpha) | 2 à 3 | ~70 % |
| Grippe saisonnière | 1,3 à 1,8 | ~40 % |
Un refus vaccinal massif peut faire chuter la couverture sous le seuil et
provoquer des résurgences : la France a connu en 2018-2019 une épidémie de rougeole
(~2 900 cas) après plusieurs années de baisse de la vaccination.
Immunité collective ≠ immunité individuelle. Une personne vaccinée est
protégée individuellement, mais l’immunité collective désigne un effet de population :
même les non-vaccinés bénéficient d’une protection indirecte parce que le pathogène ne trouve plus
assez de porteurs pour circuler. Elle disparaît dès que la couverture vaccinale s’effondre.
5. Argument scientifique : l’éradication mondiale de la variole (1967-1980)
Peut-on éradiquer complètement une maladie infectieuse par la vaccination, à l’échelle
de la planète ? Le cas de la variole apporte la première réponse expérimentale positive.
Question de départ : peut-on éradiquer complètement une maladie humaine
par la vaccination, à l’échelle mondiale ?
Protocole : l’OMS lance en 1967 un programme mondial d’éradication de la
variole sous la direction de Donald A. Henderson. Deux piliers : (1) vaccination de
masse dans tous les pays où la variole circule encore et (2) stratégie de
« surveillance-endiguement » où chaque cas signalé déclenche une
vaccination en anneau des contacts. Plus de 200 000 travailleurs de santé sont
mobilisés, avec des campagnes ciblées en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Fait remarquable,
URSS et États-Unis cofinancent l’opération malgré la Guerre froide.
Résultats : le dernier cas naturel de variole est enregistré chez
Ali Maow Maalin, en Somalie, en 1977. L’OMS certifie officiellement l’éradication le
8 mai 1980. Le virus n’existe plus qu’en deux exemplaires de laboratoire
ultra-sécurisés (CDC d’Atlanta, États-Unis ; centre Vector de Novossibirsk, Russie). L’éradication
évite aujourd’hui environ 5 millions de morts par an.
Conclusion : il s’agit de la première et seule maladie humaine
éradiquée par la vaccination — la démonstration qu’une coopération internationale coordonnée
peut vaincre un pathogène planétaire. Ce modèle inspire les campagnes en cours :
quasi-éradication de la poliomyélite (encore présente dans 2 pays), éradication
de la dracunculose (ver de Guinée), élimination continentale de la
rougeole.
Version courte, réutilisable en devoir surveillé (moins de 100 mots) :
« La vaccination consiste à introduire un agent pathogène atténué, tué ou fragmenté
pour induire une réponse immunitaire mémoire. On distingue vaccins vivants atténués (ROR, BCG),
inactivés (grippe), sous-unitaires (HPV), ARNm (COVID) et vecteur viral. Au-dessus d’un seuil de
couverture vaccinale (~95 % pour la rougeole), l’immunité collective protège
même les non-vaccinés. Le programme mondial OMS 1967-1980 a permis d’éradiquer la
variole : c’est la seule maladie humaine éradiquée à ce jour. »
🧠 À retenir absolument
- Prophylaxie : prévenir la maladie. Individuelle (préservatif,
moustiquaire) vs. collective (vaccination, quarantaine, démoustication). - Un vaccin induit une mémoire immunitaire sans provoquer la
maladie : 5 types principaux (vivants atténués, inactivés, sous-unitaires, ARNm, vecteur
viral). - Immunité collective : seuil variable (rougeole ~95 %, COVID ~70 %,
grippe ~40 %). Protège indirectement les non-vaccinables. - 1980 : éradication mondiale de la variole par l’OMS —
seule maladie humaine éradiquée. - En France, 11 vaccins obligatoires pour les nourrissons depuis 2018.
❓ Questions fréquentes
Le vaccin peut-il donner la maladie ?
Non pour les vaccins inactivés, sous-unitaires, ARNm et
vecteur viral : aucun agent pathogène capable de se multiplier n’est administré.
Pour les vaccins vivants atténués, le risque théorique existe uniquement chez les
personnes immunodéprimées, chez qui ces vaccins sont d’ailleurs contre-indiqués.
Un vaccin à ARNm modifie-t-il notre ADN ?
Non. L’ARN messager reste dans le cytoplasme de la cellule, sert de plan pour
fabriquer une protéine du virus (la protéine Spike du SARS-CoV-2 par exemple), puis est dégradé
en quelques heures à quelques jours. Il n’entre jamais dans le noyau et n’est jamais intégré à
l’ADN. Cette technologie est étudiée depuis les années 1990 par Katalin Karikó et Drew Weissman
(prix Nobel 2023).
Pourquoi le seuil d’immunité collective est-il plus haut pour la rougeole que pour la grippe ?
Parce que la contagiosité (mesurée par le R₀) est très différente : un
cas de rougeole en contamine en moyenne 12 à 18 dans une population non immunisée, contre 1,3 à
1,8 pour la grippe. Plus le pathogène est contagieux, plus il faut d’immunisés pour bloquer sa
propagation. Le seuil se calcule approximativement par 1 − 1/R₀.
Pourquoi la variole a-t-elle pu être éradiquée alors que d’autres maladies non ?
Quatre conditions favorables étaient réunies : (1) pas de réservoir animal
(contrairement à la grippe ou au VIH), (2) un vaccin très efficace et thermostable,
(3) des symptômes visibles permettant un dépistage rapide (pustules) et (4) une coopération
internationale politique historique. La poliomyélite remplit presque toutes ces conditions et
progresse aussi vers l’éradication.
Quelle différence entre prophylaxie et chimioprophylaxie ?
La chimioprophylaxie est un sous-ensemble de la prophylaxie : elle
consiste à administrer un médicament (et non un vaccin) avant l’exposition à un
pathogène pour empêcher l’infection. Exemples : la méfloquine ou l’atovaquone-proguanil
avant un séjour en zone d’endémie palustre, la trithérapie prophylactique post-exposition (PEP)
contre le VIH dans les 48 h suivant une exposition à risque.
🚀 Pour aller plus loin
Tu veux mieux comprendre les pathogènes qui font l’objet de ces stratégies vaccinales et
prophylactiques ?
- Leçon 1.1 — Virus, bactéries et eucaryotes pathogènes
- Leçon 1.2 — Les modes de transmission des pathogènes
- Leçon 2.1 — Le VIH et le SIDA : transmission directe
- Leçon 3.2 — Changement climatique et propagation des pathogènes
Sources scientifiques : OMS, Vaccine Position
Papers (2023) ; Santé Publique France, Bulletin de la vaccination 2024 ; INSERM,
Vaccins : comment ça marche ? (dossier 2023) ; Institut Pasteur, dossier
Variole ; D. A. Henderson, Smallpox : the Death of a Disease
(Prometheus, 2009).
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.