Chapitre 2 — Biologie moléculaire (1) · Topic 2 : La transcription · Leçon 2.4
À sa sortie de l’ARN polymérase, le transcrit n’est pas encore prêt à être traduit : c’est un brouillon. Avant de quitter le noyau, il doit être protégé à ses deux extrémités et débarrassé de ses passages inutiles. Cette mise au propre — la maturation — comprend trois opérations : la coiffe, la queue poly-A et l’épissage. C’est aussi là que se cache un formidable moteur de diversité.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- expliquer pourquoi le transcrit primaire doit être maturé ;
- décrire la coiffe en 5′ et la queue poly-A en 3′ et leurs rôles ;
- définir l’épissage, distinguer exons et introns ;
- citer le rôle du spliceosome et la règle GU-AG ;
- expliquer l’épissage alternatif et son intérêt.
🧭 Plan de la leçon
- Pourquoi maturer le transcrit ?
- La coiffe en 5′ et la queue poly-A en 3′
- L’épissage : éliminer les introns
- L’épissage alternatif : un gène, plusieurs protéines
1. Pourquoi maturer le transcrit ?
Le produit direct de la transcription est le transcrit primaire, aussi appelé pré-ARN messager (pré-ARNm). Avant d’être exporté vers le cytoplasme et traduit, il subit, dans le noyau, une série de modifications : l’ajout d’une coiffe en 5′, d’une queue poly-A en 3′, et l’épissage. Ce n’est qu’à l’issue de cette maturation qu’on parle d’ARNm mature.
2. La coiffe en 5′ et la queue poly-A en 3′

La coiffe (cap) est ajoutée à l’extrémité 5′ : c’est une 7-méthylguanosine (m7G), reliée par une liaison 5′-5′ inhabituelle. Elle protège l’ARNm des exonucléases, favorise son export et est reconnue par le ribosome au début de la traduction.
La queue poly-A est ajoutée à l’extrémité 3′ : après clivage du transcrit en aval du signal de polyadénylation (AAUAAA), une enzyme ajoute environ 200 adénines, sans matrice. Elle assure elle aussi stabilité, export et efficacité de la traduction.
Au final, l’ARNm mature s’organise, de 5′ vers 3′ : la coiffe, une région 5′ non traduite (5′-UTR), la région codante (traduite en protéine), une région 3′ non traduite (3′-UTR), puis la queue poly-A. Ses deux extrémités sont ainsi protégées.
3. L’épissage : éliminer les introns

Le gène eucaryote est morcelé : il alterne des exons (conservés dans l’ARNm mature) et des introns (le plus souvent non codants). L’épissage consiste à éliminer les introns et à raccorder les exons entre eux.
Il est réalisé par le spliceosome (ou épissosome), un complexe de petits ARN nucléaires (ARNsn) associés à des protéines. Il reconnaît les bornes des introns selon la règle GU-AG : un intron commence par GU (site donneur, en 5′) et se termine par AG (site accepteur, en 3′).

| Modification | Extrémité / cible | Rôle principal |
|---|---|---|
| Coiffe (m7G) | extrémité 5′ | protection, export, reconnaissance par le ribosome |
| Queue poly-A | extrémité 3′ | protection, export, traduction |
| Épissage | introns / exons | élimination des introns, raccordement des exons |
Ce sont les introns qui sont éliminés et les exons qui sont conservés dans l’ARNm mature — jamais l’inverse. Moyen mnémotechnique : EXons = ce qui est EXprimé / conservé.
4. L’épissage alternatif : un gène, plusieurs protéines

À partir d’un même pré-ARNm, la cellule peut retenir différentes combinaisons d’exons : c’est l’épissage alternatif. Un seul gène peut ainsi donner plusieurs ARNm matures, donc plusieurs protéines. C’est l’une des grandes sources de diversité protéique chez les eucaryotes.
L’ARNm mature, une fois coiffé, polyadénylé et épissé, est exporté par les pores nucléaires vers le cytoplasme, où il servira de modèle à la traduction.
La découverte des gènes morcelés (introns/exons) a valu à Richard Roberts et Phillip Sharp le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1993. L’épissage alternatif explique en partie pourquoi l’humain, avec « seulement » ~20 000 gènes, produit un nombre bien plus grand de protéines.
🧠 À retenir absolument
- Le transcrit primaire (pré-ARNm) est maturé dans le noyau : coiffe 5′, queue poly-A 3′, épissage.
- Coiffe = 7-méthylguanosine (liaison 5′-5′) ; poly-A = ~200 adénines après clivage au signal AAUAAA. Rôles : stabilité, export, traduction.
- Épissage : élimination des introns, raccordement des exons, par le spliceosome (ARNsn + protéines) ; règle GU-AG.
- Épissage alternatif → plusieurs ARNm / protéines à partir d’un même gène (diversité).
- L’ARNm mature est exporté par les pores nucléaires vers le cytoplasme.
❓ Questions fréquentes
Qu’est-ce que la maturation de l’ARN messager ?
C’est l’ensemble des modifications subies dans le noyau par le transcrit primaire (pré-ARNm) avant son export : l’ajout d’une coiffe en 5′, l’ajout d’une queue poly-A en 3′ et l’épissage des introns. À l’issue de ces étapes, on obtient l’ARNm mature.
À quoi sert la coiffe en 5′ ?
La coiffe (une 7-méthylguanosine reliée par une liaison 5′-5′) protège l’ARNm contre les exonucléases, facilite son export vers le cytoplasme et est reconnue par le ribosome lors de l’initiation de la traduction.
À quoi sert la queue poly-A ?
Ajoutée en 3′ après clivage du transcrit en aval du signal AAUAAA, la queue poly-A (environ 200 adénines, ajoutées sans matrice) stabilise l’ARNm, favorise son export et augmente l’efficacité de la traduction.
Quelle différence entre exon et intron ?
Les exons sont les segments conservés dans l’ARNm mature ; les introns, le plus souvent non codants, sont éliminés lors de l’épissage. Astuce : EXon = EXprimé. Le spliceosome reconnaît les bornes des introns selon la règle GU-AG.
Qu’est-ce que l’épissage alternatif ?
C’est la possibilité, à partir d’un même pré-ARNm, de retenir différentes combinaisons d’exons. Un seul gène peut alors produire plusieurs ARNm matures, donc plusieurs protéines : c’est une source majeure de diversité protéique.
🚀 Pour aller plus loin
L’ARNm mature est prêt et exporté : la suite, c’est la traduction (chapitre suivant).
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.